Les invasions barbares, de Denys Arcand, remportait l’Oscar en 2004

24 février 2019


Rémy Girard et Marie-Josée Croze dans une scène des Invasions barbares 
© 2003 Miramax Films

Le 29 février 2004, le cinéaste Denys Arcand créait un précédent dans l’histoire du cinéma canadien en remportant l’Oscar du meilleur film en langue étrangère pour Les invasions barbares.

Depuis que le Canada propose des films dans la course, sept ont été retenus dans cette prestigieuse catégorie, qui permet à des œuvres et à des cinéastes de rayonner par-delà les frontières de leur pays.

Au lendemain de la 91e cérémonie des Oscars, où étaient nommés les courts métrages québécois Marguerite, de Marianne Farley, et Fauve, de Jérémy Comte, nous en profitons pour revenir sur les plus récentes œuvres d’ici s’étant hissées dans le classement final.

2004 : Les invasions barbares, de Denys Arcand 

Le réalisateur du film La chute de l’empire américain, paru en 2018, n’en était pas à sa première nomination dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère, ayant été retenu en 1987 et en 1990 respectivement pour Le déclin de l’empire américain et Jésus de Montréal.

Mais c’est en 2004 que le cinéaste vétéran foule la scène du Kodak Theatre d’Hollywood aux côtés de la productrice Denise Robert, sa conjointe, pour recevoir sa statuette des mains de l’actrice sud-africaine Charlize Theron. « On est si reconnaissants que The Lord of the Rings ne concourt pas dans cette catégorie », dit alors Mme Robert à la blague.

Les invasions barbares suit les dernières semaines de Rémy, que l’on a connu 17 ans auparavant dans Le déclin, maintenant quinquagénaire et atteint d’un cancer incurable. Son fils, Sébastien, campé par Stéphane Rousseau, brillant homme d’affaires vivant à Londres, revient au chevet de son père mourant, auprès de qui se succèdent des êtres chers : ex-conjointes, ex-maîtresses et amis.

Une héroïnomane, incarnée par Marie-Josée Croze, primée à Cannes notamment pour ce rôle, aidera Rémy, qui n’en a plus pour longtemps, à soulager sa douleur. À la satire politique — système de santé, milieu syndical… — se mêle l’émouvant portrait d’une relation père-fils ravivée par l’imminence de la mort.

Le film s’est par ailleurs fait précurseur d’un virulent débat de société : l’aide médicale à mourir. En abordant l’euthanasie, sujet alors plutôt tabou, le cinéaste a transmis sa vision de l’enjeu — décider du moment de sa propre mort — avant qu’il ne soit mis de l’avant sur la scène politique avec le programme Mourir dans la dignité.

Arcand tenait alors un propos audacieux. « Quand j’ai écrit ça, j’écrivais ma mort rêvée », a-t-il d’ailleurs affirmé à Alain Crevier en entrevue à Second regard,sur les ondes de Radio-Canada, le « refus d’accepter que les gens soient entièrement responsables d’eux-mêmes » étant pour lui « les résidus d’une pensée médiévale ».

« Les lois qui s’en viennent ne sont pas coercitives. Si vous voulez vous rendre jusqu’à votre dernier souffle, libre à vous de le faire. Si, moi, j’ai une autre idée, vous ne pouvez pas m’en empêcher. J’ai assisté à plusieurs morts, et non, ça ne m’a rien appris. Sinon que les gens dans bien des cas mouraient dans des souffrances épouvantables. Et que je ne voyais pas de raisons de prolonger ces souffrances-là, comme la médecine voulait le faire. » 

Denys Arcand, en entrevue à Second regard, à ICI Télé en 2015

2007 : Water, de Deepa Mehta

Water, qui clôt la trilogie amorcée avec Fire, en 1996, constitue le premier film canadien dans une autre langue que le français à avoir figuré dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère.

Tourné en hindi, il aborde le désespoir de veuves indiennes durant les années 1930. La cinéaste a dû interrompre son tournage en Inde à la suite d’un tollé de nationalistes hindous, qui ont menacé l’équipe et ravagé le plateau, et ne l’a repris que cinq ans plus tard, au Sri Lanka.

« J’étais tellement fâchée à la suite de ces événements, et je ne voulais pas que ma colère nuise à Water, a expliqué Deepa Mehta à CBC Arts. J’ai dû me distancer de cette colère avant de pouvoir retourner au film. »

Lauréat : La vie des autres, de Florian Henckel von Donnersmarck (Allemagne)

2011 : Incendies, de Denis Villeneuve 

Inspirée de la pièce de théâtre Incendies, de Wajdi Mouawad, cette œuvre a lancé la carrière américaine de Denis Villeneuve — Prisoners, Enemy, Sicario, Arrival, Blade Runner 2049 et Dune, en production —, tout en propulsant le cinéma québécois sur la scène internationale. Le cinéaste d’Un 32 août sur terre s’est ainsi retrouvé en compétition contre le Mexicain Alejandro Gonzalez Iñarritu (pour Biutiful), dont il est « l’un des plus grands fans ».

Incendies lui a notamment valu les prix Genie et Jutra (maintenant les prix Écrans canadiens et prix Iris, décernés au Gala Québec Cinéma) du meilleur film et du meilleur scénario (adapté, dans le cas des Genie). 

À la suite du décès de leur mère, qui avait subitement cessé de parler, les jumeaux Jeanne et Simon Marwan (Mélissa Désormeaux-Poulin et Maxim Gaudette) sont mandatés pour retrouver leur frère et leur père, dont ils ignoraient l’existence même. Entre Montréal et un Liban rongé par la violence, ils découvriront le passé tragique et houleux de Nawal, incarnée par Lubna Azabal, récompensée pour ce rôle de mère courage porteuse d’un terrible secret — 1 + 1 = 1.

Lauréat : In a Better World, de Susanne Bier (Danemark)

2012 : Monsieur Lazhar, de Philippe Falardeau 

Philippe Falardeau a remporté le prix du meilleur film canadien au Festival international du film de Toronto pour cette œuvre basée sur la pièce de théâtre Bashir Lazhar, d’Évelyne de la Chenelière.  Fellag y interprète un sans-papiers d’origine algérienne qui remplace au pied levé une enseignante du primaire qui s’est enlevé la vie.

Par la relation que noue l’enseignant (improvisé) au passé déchirant avec deux de ses élèves — Sophie Nélisse brille d’ailleurs dans le rôle d’Alice, une enfant particulièrement allumée et mature, qui l’a révélée à l’international —, on observe comment ils peuvent s’influencer et apprendre les uns des autres.

Après avoir amorcé une carrière américaine avec The Good Lie et Chuck, l’auteur de Congorama tournera cette année My Salinger Year, qui mettra en vedette Sigourney Weaver. 

Lauréat : Une séparation,d’Asghar Farhadi (Iran)

2013 : Rebelle, de Kim Nguyen 

En plus de valoir à Rachel Mwanza l’Ours d’argent de la meilleure actrice à Berlin, cette œuvre a complètement changé la vie de cette enfant de la rue de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, alors âgée de 9 ans. En lui confiant le rôle principal, le cinéaste du Marais lui a permis de s’affranchir définitivement de la rue, d’aller à l’école et d’apprendre à lire et à écrire.

La jeune Congolaise incarne Komona, contrainte par ses ravisseurs, des guérilleros avides de violence qui en feront une machine à tuer en Afrique subsaharienne, d’abattre ses propres parents. Entrelaçant réalisme et onirisme, le récit est narré par la protagoniste qui, à 14 ans, relate à son enfant à naître son passé d’enfant-soldate ainsi que son histoire d’amour avec un enfant-soldat albinos de 15 ans.

Rachel Mwanza est aujourd’hui en tête d’affiche de Troisièmes noces, du Belge David Lambert.

Lauréat : Amour, de Michael Haneke (Autriche)