Les spectacles d’arts de la scène qui ont marqué 2018

5 décembre 2018

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Qu’elles aient été brûlées par des acteurs, des danseurs ou des humoristes, les planches du Québec ont reçu cette année de nombreuses performances on ne peut plus louables. Parmi elles, certaines ont abordé avec intelligence des thématiques délicates telles que le racisme et le sexisme, et c’est entre autres pour cela que nous leur levons aujourd’hui notre chapeau.

 

Huff, La Petite Licorne

Le public se trouve sans mots. L’interprétation crue, troublante, mais surtout réussie du comédien issu des Premières Nations Cliff Cardinal assomme les spectateurs, chez lesquels se dégage un sentiment mêlé de malaise, d’empathie et de honte. Pendant un peu plus d’une heure, l’artiste solo campe plus de 12 personnages empreints de souffrance : violence, drogue, agressions sexuelles, etc. Huff incarne un véritable mal nécessaire, c’est une œuvre qui atteste de la réalité autochtone canadienne effroyable, souvent mal connue et, paradoxalement, si près de nous. Interprétée en anglais, la pièce, traduite en français par l’auteur dramatique Étienne Lepage, est présentée avec sous-titres.

Cliff Cardinal dans Huff / Crédit : Jamie Williams

 

La meute, La Licorne

Encore une fois, le Théâtre La Licorne nous plonge dans des zones émotives intenses. Cette fois-ci, c’est la pièce La meute, signée par la comédienne de renom Catherine-Anne Toupin, qui nous transporte au cœur d’un univers marqué par l’hostilité. Au rythme de répliques coup-de-poing, elle lève le voile sur la violence omniprésente dans notre société, qui, selon elle, s’est décuplée avec l’influence des trolls sur le web. L’intrigue au cœur de la trame narrative nous empêche malheureusement de révéler maints détails. Sachez toutefois que devant l’important engouement pour ce spectacle, d’autres représentations sont prévues pour l’année 2019.

Lise Roy, Guillaume Cyr et Catherine-Anne Toupin dans La meute / Crédit : Suzane O’Neill

 

Alors de Roman Frayssinet, Olympia

Il a seulement 24 ans. Pourtant, cet humoriste fait déjà tout un tabac ici, mais également en France, d’où il est originaire. Diplômé de la promotion 2015 de l’École nationale de l’humour, il a présenté cet automne à l’Olympia Alors, un spectacle solo qui a rapidement affiché complet. Avec sa couleur bien à lui, alliant humour absurde et intelligence, il sait amuser le public tout en le faisant réfléchir. Son numéro à propos des différences entre Paris et Montréal séduit particulièrement les spectateurs. L’authenticité de Roman Frayssinet se décèle néanmoins dans sa maturité singulière qui l’amène à aborder des thèmes pesants comme la spiritualité, ainsi que de multiples questions existentielles.

 

Youngnesse, La Chapelle

Sur les scènes du Québec cette année, l’intensité était au cœur des différentes programmations. Il faut dire que l’actualité ne nous a pas lâchés en la matière. Poursuite du mouvement #MoiAussi, fusillades et discours haineux spécialement aux États-Unis : la rage semble s’être propagée partout. Une chose est sûre, un sentiment d’indignation a pris d’assaut la compagnie interdisciplinaire queer et féministe de Montréal Projet Hybris, qui a créé Youngnesse, un spectacle à propos de la fougue politique chez la jeunesse. L’idée a pris forme à la suite du mouvement étudiant de 2012. Après des mois de protestation, les initiateurs de cette œuvre alliant danse, théâtre, musique et arts visuels se sont interrogés sur la pertinence des actions collectives menées par les jeunes générations. Une représentation bilingue saisissante qui s’inscrit parfaitement dans l’air du temps.

Youngnesse / Crédit : Keven Lee

 

L’assemblée, Espace Go

La compagnie Porte Parole, qui a notamment produit l’excellente pièce J’aime Hydro, propose cette année L’assemblée, un théâtre documentaire s’intéressant au féminisme et aux accommodements raisonnables. Pour créer cette œuvre de près de deux heures, Porte Parole a organisé des rencontres entre des femmes de différents horizons, et dont les idéologies divergent, pour parler de sujets chauds. À la lueur de ces discussions, parfois enflammées, des personnages ont été imaginés afin de transposer sur scène ces échanges. Si les dialogues se passent beaucoup sur les réseaux sociaux de nos jours, cette représentation rappelle l’importance des discussions en personne.

Pascale BussièresL’assemblée / Crédit :Maxime Côté

 

Mûr d’Alexandre Forest, Monument-National

Au reflet de cette rétrospective des arts de la scène, il semble que les jeunes créateurs se soient particulièrement démarqués dans le paysage culturel au cours des 12 derniers mois. Sans équivoque, la « nouvelle » génération d’auteurs se compose de plusieurs artistes talentueux, capables d’attaquer des sujets audacieux avec intelligence. C’est d’ailleurs le cas de l’humoriste Alexandre Forest, qui, dans son spectacle solo Mûr, aborde des thématiques liées à la maladie mentale. Lui-même touché par des troubles d’anxiété généralisée et de dépression, il aborde dans son spectacle d’une heure ses épisodes de crise ainsi que sa consommation de médicaments. Alors que l’anxiété touche un nombre record de jeunes adultes, mais que le sujet demeure tabou, l’humoriste de 25 ans participe assurément à la dissolution des préjugés, d’autant plus que les numéros présentés sont très drôles.

Alexandre Forest dans Mûr

 

Hôtel-Dieu, Théâtre Périscope

Le collectif Nous sommes ici a présenté, l’hiver dernier, la pièce Hôtel-Dieu, un théâtre documentaire mis en scène par Alexandre Fecteau. Ce triptyque aborde en trois temps la souffrance, le deuil et les rituels. Sur scène, des experts – infirmière, chorégraphe, étudiant, etc. – témoignent du passage dans leur vie de la douleur ou de la mort. Aucun d’entre eux ne pratique le métier de comédien, ce qui rend la représentation spécialement touchante. Avec une grande humanité, Hôtel-Dieu raconte notamment l’histoire d’une infirmière aux soins palliatifs qui a accompagné de nombreux patients en fin de vie, et celle d’une danseuse qui a dû interrompre sa carrière à la suite d’un diagnostic de sclérose en plaques. Sans équivoque, ce docu-théâtre se dévoile comme une véritable leçon de résilience.

Hôtel-Dieu / Crédit : David Mendoza

 

Beating par Virginie Brunelle, Théâtre Maisonneuve

Malgré sa jeune trentaine, la réputation de la chorégraphe Virginie Brunelle n’est déjà plus à faire. Membre de la compagnie Danse Danse, elle s’est associée aux danseurs de Gauthier Danse pour sa plus récente création, Beating. Elle raconte s’être inspirée des pulsations cardiaques des amoureux, qui, une fois en face l’un de l’autre, peuvent se synchroniser. Cette représentation en trois temps compte, de surcroît, un touchant hommage à Louise Lecavalier.

 

Rédigé par Laurence Godcharles

 

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Et vous, quel spectacle a marqué votre année 2018?

Pour découvrir ce qui s’est passé dans le domaine culturel au cours de la dernière année, consultez notre rétrospective culturelle chaque jour jusqu’au 26 décembre.

 

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Vos commentaires

  1. Abonnée au Rideau Vert, j’ai particulièrement apprécié Les Fées ont soif.
    Excellent jeu ses actrices et excellente mise en scène.
    Un plus avec la musique.

    Commentaire de Lise Roy
  2. J’ai eu un gros wow pour le docu-théâtre J’aime Hydro .
    La pièce Bienveillance de Fanny Britt pour la réflexion que ce texte suscite et Une bête sur la lune de Richard Kalinoski, en ces temps où l’immigration anime bien des discussions. Ces deux pièces étaient offertes au théâtre de la Bordée à Québec.

    Commentaire de Alice Desrochers

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