Picasso et ses muses

20 octobre 2018

Antonio Banderas incarne Pablo Picasso dans la série Génie.

On dit que derrière chaque grand homme se cache une femme. Un dicton qui ne pourrait être plus vrai dans le cas de Pablo Picasso, dont les nombreuses flammes ont embrasé sa vie et son art. Nathalie Bondil, directrice générale et conservatrice en chef du Musée des Beaux-Arts, est fine connaisseuse du peintre espagnol. Son premier contact avec lui remonte à l’enfance, quand elle a fait la visite du Musée Picasso, à Antibes, avec ses parents. Elle nous raconte avoir été impressionnée par la splendeur de la toile La Joie de vivre. « Un tableau exceptionnel; un Picasso solaire et méditerranéen », se rappelle-t-elle.

Comme beaucoup d’artistes, Picasso ne pouvait démêler sa vie personnelle de sa vie artistique, puisque l’une nourrissait l’autre; il avait tout simplement besoin d’aimer pour être inspiré. « Je ne peux pas vivre sans amour. S’il n’y avait plus un seul humain, j’aimerais une plante, un bouton de porte », disait-il. Le rapport de Picasso aux femmes était complexe, admet Mme Bondil. « C’était comme un soleil, il vous réchauffait de loin et vous brûlait de près. Il a cultivé une passion tellement intense et ardente pour ses muses qu’il les a un peu carbonisées. »

La Joie de vivre (1946)

On n’avait toutefois pas ici affaire à un Casanova qui collectionnait les aventures d’une nuit, à l’instar d’autres peintres comme Rodin ou encore Klimt, précise Mme Bondil. Picasso vivait plutôt en passant d’une grande histoire à une autre. « Des femmes aimées qu’il possédait, qui l’inspiraient et qui ont, chaque fois, marqué ses périodes avec leur propre style, avec leur propre palette de couleurs ». Afin de nous présenter ces dernières, Mme Bondil en a dressé l’inventaire.

On compte d’abord Fernande Olivier, un amour de jeunesse, morte de la tuberculose durant la guerre, puis Olga Koklova, une ballerine russe qui a permis à Picasso d’accéder à un certain niveau de bourgeoise et d’élégance, ensuite, Marie-Thérèse Walter, une beauté de 30 ans sa cadette qui a réveillé son démon du midi, et Dora Maar, une photographe surréaliste qui a amené Picasso à s’engager politiquement auprès du Parti communiste, ainsi que Françoise Gilot, qui lui a donné deux enfants, lui faisant ainsi connaître les joies de la paternité, et enfin Jacqueline Roque, son accompagnatrice des vieux jours, si dévouée qu’elle l’appelait « Monseigneur ».

Pablo Picasso et Françoise Gilot, incarnée par Clémence Poésy

En plus de retracer la vie de Picasso depuis l’enfance, la nouvelle série Génie – diffusée sur ICI ARTV les samedis à 22h – mettra en lumière ces six femmes incontournables. « Pour Picasso, l’amour, l’acte sexuel et la création étaient mêlés; la puissance créatrice et la puissance sexuelle ne faisaient qu’une », soutient Mme Bondil. Voilà pourquoi il est impossible de dissocier ses muses de son œuvre; chacune d’entre elles y ayant laissé sa trace de manière indélébile.

Picasso était un iconoclaste exceptionnel qui a bousculé toutes les frontières du monde de l’art, quelles qu’elles soient. « Il avait une assurance telle qu’il se donnait le droit de faire de l’art avec ce qu’il voulait. Cocteau disait d’ailleurs de lui que c’était un chiffonnier de génie. Il n’y a aucun support qu’il n’ait pas touché, que ce soit la sculpture, la gravure, la peinture; ce sont des techniques qu’il a complètement réinventées, insiste Mme Bondil. C’était un révolutionnaire. »