Faire œuvre utile : assouvir ses pleurs par l’art

25 octobre 2018

L’animatrice de l’émission Faire oeuvre utile, Émilie Perreault.

La journaliste culturelle Émilie Perreault a touché le cœur de milliers de lecteurs par la publication l’automne dernier de Faire œuvre utile, son livre à succès. Si la lecture de cet ouvrage vous a humecté les yeux, la série télévisuelle éponyme, elle, fera sans contredit jaillir des larmes sur votre visage. Dès le 26 octobre, découvrez l’univers de 20 personnes dont le cours de la vie, souvent tragique, a été transformé par une toile, un roman, une chanson, une émission ou un spectacle.

« L’art, à défaut de changer le monde, peut littéralement changer une vie », souligne Émilie Perreault, qui sera à la barre de l’émission. Après avoir vu le premier épisode, nul ne peut douter de la véracité de ses dires.      

Le récit initial de la série met en scène Annick, dont le conjoint est assassiné, et ce, une semaine avant son accouchement. Les circonstances relèvent de l’inhumanité. À l’écran, on accède à l’intimité de cette femme, qui, d’une force remarquable, retrace les sombres épreuves de sa vie. Sans repères, dépourvue d’espoirs, mais aussi de foi, c’est dans un tableau de Marc Séguin qu’elle déniche un brin d’espérance.

Cette histoire d’abord dépeinte à l’écrit était déjà excessivement émouvante. Cependant, une fois transposée en images, l’intensité émotive se décuple. Dans les silences d’Annick, ses regards et sa posture, on dénote la sincérité de son récit. Il semble que l’art puisse véritablement assouvir les pleurs.

« On a clairement une dimension spirituelle à combler », croit Émilie Perreault. Et selon elle, l’art permet de satisfaire ce besoin, du moins en partie. Chose certaine, les œuvres culturelles mises de l’avant dans la série ont permis aux vingt protagonistes de s’épanouir, voire de trouver un sens à leur vie alors qu’elle en était dénuée.

L’animatrice Émilie Perreault s’entretient avec l’artiste Marc Séguin.

Ce qui différencie l’émission du recueil est avant tout la rencontre entre l’artiste et la personne touchée, absente dans le livre. Cette réunion nous permet de réaliser que très peu d’artisans priorisent « l’art pour l’art », celui créé sans égard à la réaction du public. Émilie Perreault se rappelle du tournage avec Robert Lepage. Contre toutes attentes, le metteur en scène avait été excessivement ému par l’impact de sa pièce 887 sur le deuil d’une femme.

« On sous-estime l’effet de l’art dans nos vies, ajoute-t-elle. […] Encore bien des gens disent que les artistes sont des pelleteux de nuages. Avec cette série, je montre concrètement qu’ils servent à quelque chose, qu’on en a besoin ». Au cours de la saison comprenant 10 épisodes d’une heure, la journaliste nous fera découvrir huit histoires tirées du livre, en plus de douze autres inédites.

L’auteure Kim Thúy rencontre Hélène, une femme dont la vie a changé après la lecture de Mãn.

Pour l’auteure, il s’avérait toutefois essentiel de démontrer que les manifestations artistiques ne permettent pas exclusivement de mettre un baume sur les blessures. Elles sont aussi la trame de beaux récits, comme ceux d’amour. « Va à un mariage sans musique, ce sera plate longtemps », dit-elle en riant. La rencontre entre une certaine Hélène et l’écrivaine Kim Thúy, présentée au deuxième épisode, garantit d’ailleurs de faire battre le cœur des amoureux désillusionnés. Une belle histoire qui oui décrochera certainement des pleurs, mais plutôt des larmes de joie.

L’art pour tous

Elle souhaite, par l’entremise de cette série télé, démocratiser l’accès à la culture. « Nous pouvons tous nous reconnaître en eux », affirme-t-elle. D’après Émilie Perreault, pour apprécier une œuvre, nous ne devons pas appartenir à une élite ni détenir de fines connaissances en la matière.

« Tu ne peux pas quantifier une émotion. Tu peux dire qu’une œuvre d’art est plus travaillée qu’une autre, mais ce n’est pas l’intérêt de l’émission », explique l’animatrice. Si Annick a été touchée par une toile de Marc Séguin, Martin, lui, le sera par une chanson d’Ingrid St-Pierre au cours du premier épisode. Outre ces artistes, Faire œuvre utile montrera notamment l’impact que les œuvres de Mariana Mazza, de Robert Lepage, de Patrice Michaud et de François Pérusse ont eu sur des personnes.

 

Laurence Godcharles (5 billets)

Laurence aurait d'abord voulu être comédienne. Au cégep, elle s'inscrit en théâtre et bifurque vers les lettres avant la rentrée. Se languissant de la scène, elle remonte sur les planches où elle improvise tant bien que mal pendant quelques années. S'en suivent ensuite l'humour et maintenant la musique. Elle demeurera sans doute une artiste de l'ombre. Mais, à travers ses écrits, elle ne délaissera jamais sa passion pour les arts.

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