VINO, magicien d’art numérique

17 septembre 2018

Lundi matin, 9 h. De la musique jazz joue en sourdine dans un espace où l’odeur de peinture côtoie diverses œuvres inachevées. Si l’on m’avait dit qu’un atelier d’arts numériques comportait un banc de scie et une pièce de peinture, je n’y aurais pas cru. J’imaginais plutôt des bureaux avec des ordinateurs et des écrans géants. Un peu plus loin, quelques sofas sont aménagés, c’est à cet endroit que je me suis assis avec l’artiste numérique Vincent Noël pour comprendre son travail et son art.

VINO, dans son atelier d'art numérique

VINO, c’est son nom d’artiste et de VJ. Le vidéojockey, appelé VJ pour faire plus court, a une pratique artistique impliquant le mixage d’images en temps réel. À la manière d’un DJ avec la musique, le VJ mixe avec son ordinateur des visuels projetés dans la pièce au rythme de l’ambiance. La pratique, assez récente si l’on pense aux technologies qu’elle implique, est en pleine expansion.

Un art encore méconnu

« Le VJing, on doit l’expliquer à tout le monde parce que personne ne connaît vraiment ça. J’aime simplifier, nous créons l’ambiance visuelle d’une soirée. Je finis toujours par montrer des images de ce que je fais pour qu’ils comprennent bien. »

Selon Vincent, une fois que les gens comprennent qu’un VJ est derrière les images projetées, le défi suivant, c’est de leur faire comprendre qu’il ne s’agit pas que d’appuyer sur play et de revenir à la fin de la soirée. Les images sont mixées en direct selon l’ambiance en suivant la musique et la foule. Un bon VJ s’adapte et improvise selon les variations de rythme.

Extraits de la performance du groupe Busty and the bass au Festival d’été de Québec.
Sur scène, les projections interactives créée et mixée par VINO, éclairage par Simon Plante.

On compte, d’après lui, deux types de pratiques. D’abord, il y a les mixeurs vidéo, qui vont prendre leur matériel sur Internet pour le mixer pendant des soirées. Ensuite, il y a les VJ qui sont, comme Vincent, des artistes numériques qui créent leur contenu de A à Z. Ils produisent des visuels originaux, ce qui exige beaucoup plus de temps de création, pouvant même aller jusqu’à plusieurs semaines pour créer un ensemble complet. Certains artistes vont tourner de la vidéo, alors que d’autres vont générer des images entièrement par ordinateur.

Pour une expérience encore plus immersive, quelques VJ sont également des programmeurs et travaillent pour que plusieurs facteurs extérieurs influencent leurs visuels. Entre autres, il est possible d’utiliser les fréquences de la musique qui joue pour qu’elles influent sur les images projetées en temps réel. Dans une soirée, Vincent me raconte qu’il a déjà installé un détecteur de mouvements sur le bras de l’artiste à l’avant-scène pour que ses mouvements influencent les projections. Chaque fois qu’il agitait le bras, les images derrière s’animaient davantage. Ce sont plusieurs moyens utilisés pour créer un spectacle qui s’adapte, ça devient alors très intéressant pour la foule.

Être un artiste, c’est avoir sa signature, passer des messages

Comme tout artiste, chaque VJ a son style, ses couleurs. Alors que certains peuvent s’inspirer de grands courants artistiques tels que le pop art, d’autres vont puiser leur inspiration de la culture populaire actuelle. En ce qui concerne VINO, il aime s’inspirer de l’art contemporain pour créer des visuels très colorés. Même s’il est encore à faire sa place dans cet univers, cinq ans après ses débuts, il considère qu’il a trouvé sa signature.

« Moi, j’aime raconter des histoires, même si personne ne va vraiment comprendre de quoi il s’agit. C’est ça, la beauté de la chose. (Rires) À Chromatic, il y a deux ans, je racontais la découverte du feu par l’homme de Cro-Magnon. Son esprit devenait tout chamboulé par cette découverte, et les couleurs partaient de tous les côtés dans mes projections. Même si personne ne capte vraiment le récit, dans la création, ça m’aide de voir ça de façon narrative. Ces temps-ci, je travaille sur des plongeurs et je leur invente des histoires pour m’aider. »

Quand l’art devient tangible

Si l’odeur de peinture et de bois est bien présente dans l’atelier, c’est parce qu’on y construit souvent des installations interactives. Pour certaines œuvres, il est possible de construire d’immenses structures pour y intégrer des écrans, des caméras, ou pour y projeter des images. C’est de cette façon que l’art numérique réussit à s’intégrer dans le réel, par des structures concrètes. Peu importe le canevas, pour Vincent, l’objectif reste de trouver de nouvelles façons de fasciner les gens.

« Ça reste un spectacle, il faut que ce soit éclatant. L’art numérique doit surprendre. Le but, c’est de créer quelque chose où la personne pourra interagir avec l’art et se sentir puissante de le faire. Qu’elle sente qu’elle a un impact réel et énorme sur l’œuvre. À ce moment-là, ça devient un spectacle, tu viens d’épater quelqu’un. Un de mes professeurs en médias interactifs de l’Université du Québec à Montréal m’avait dit quelque chose de marquant : l’art numérique, c’est la nouvelle magie. La magie, c’est quelque chose qui émerveille, mais qu’on ne peut pas s’expliquer. Dans ce que je fais, tous les trucs sont là, mais les gens ne comprennent pas, c’est ce qui est épatant. »

De la magie, Vincent n’a pas fini d’en faire. Le jour de notre rencontre, c’était le premier de sa carrière de travailleur autonome et il était déjà plongé dans plusieurs productions, dont un projet pour le festival de mode et design. Le jeudi 6 septembre, il a remporté la bourse Euterke remise par la SAT, le Piknic Électronik, l’Igloofest, Elektra et Moog Audio. Cette dernière est remise à un duo de la relève DJ/VJ après un affrontement de trois finalistes, devant public, lors d’une soirée organisée. Grâce à ce prix, vous aurez la chance de voir VINO performer lors de l’Igloofest cette année. D’ici là, vous pouvez suivre son travail sur son compte Instagram et sur sa page Facebook. Qui sait, peut-être que, la prochaine fois où vous serez témoin de magie, vous penserez au magicien derrière l’œuvre.

 

Sony Carpentier (2 billets)

Sony aime croire que sa vie est un vidéoclip, il passe ses journées avec de la musique dans les oreilles et une salle de cinéma dans la tête. Diplômé en télévision et en journalisme, ses références artistiques sont aussi éclatées que ses intérêts. Créatif hyperactif, il survit à un horaire constamment chargé grâce au café et termine des séries en quelques jours sans aucun remords parce qu’au final, on a tous droit au bonheur.

Vos commentaires

  1. WoW ….bonne continuité….tu épates ….super ,!, » » »
    Félicitations!

    Commentaire de Lullu

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