Paperole: l’art de la papeterie contemporaine

24 septembre 2018

JACINTHE-PILOTE-ARTISTE-A-DECOUVRIR
©Michel Bérard

Les paperoles de Proust sont des annotations que l’auteur ajoutait entre les pages de ses livres et un peu partout, au gré de ses inspirations, pour corriger ses textes tout au long de son processus créatif. Contraction des mots « papier » et « parole », Paperole est le nom tout désigné pour l’entreprise de la designer graphique et directrice artistique Jacinthe Pilote. Découvrez la fascinante histoire de sa maison d’édition spécialisée en papeterie contemporaine, en accessoires et en conception de t-shirts.

Parlez-moi d’un souvenir de jeunesse qui a pu avoir une influence sur votre choix de travailler dans le monde des arts et du design.

Lorsque j’étais petite, mon papa m’emmenait souvent au musée et j’adorais ça; j’ai toujours été attirée par les arts visuels. Enfant, je dessinais et je bricolais tout le temps, et un jour, je me suis mise à faire des cartes de vœux et des cahiers de notes, et mes parents ont libéré une pièce de la maison pour que j’y fasse mon atelier, que j’ai appelé Les ateliers plume en vol. L’été, pendant que les autres enfants vendaient du jus d’orange, je faisais des kiosques pour vendre mes cartes. J’avais même dessiné mon logo de compagnie et fait imprimer des cartes professionnelles. Dernièrement, j’ai retrouvé mon tout premier carnet de commandes. On peut donc dire que j’ai de nombreuses années d’expérience dans la vente de cartes.

30122368_10156657085953352_375412415_oBoutique ©Paperole

Vous êtes la fondatrice et directrice créative derrière Paperole. Racontez-moi comment est née la maison d’édition.

J’ai toujours aimé la correspondance écrite; je conserve toutes les cartes et lettres que je reçois. Il y a quelques années, une bonne amie à moi est déménagée à San Francisco et elle m’a envoyé de très belles cartes postales de là-bas. J’ai voulu à mon tour lui envoyer des cartes de Montréal, mais à cette époque, je ne trouvais rien d’intéressant à lui faire parvenir. L’idée de créer une collection sur Montréal, en collaboration avec des illustrateurs et designers graphiques, a commencé à germer dans ma tête, car j’aime collaborer avec d’autres créatifs. À l’époque, je faisais le design graphique des affiches du Souk @ sat en collaboration avec des illustrateurs, et une année, j’ai décidé de lancer une petite collection. En voyant l’enthousiasme que suscitait la première collection, j’ai voulu faire d’autres collections, et en 2013, j’ai décidé de créer une maison d’édition spécialisée dans la papeterie illustrée, Paperole.


Carte postale illustrée par Delphine Meier ©Paperole

Pourquoi avoir choisi le mot « paperole » pour votre papeterie?                                           

Mon fils Rafael est moitié canadien et moitié français, donc je voulais trouver un projet que je pourrais éventuellement exporter en France. Je cherchais quelque chose d’assez précis; je tenais à trouver un mot français qui fonctionnait aussi bien en anglais, un mot inventé et poétique. J’ai cherché longtemps, et un jour, je suis tombée sur « paperole » et j’ai eu un coup de foudre. D’un point de vue littéraire, le mot « paperole » aurait été inventé par Céleste, la gouvernante de Marcel Proust.

En plus de Paperole, vous dirigez un studio de design multidisciplinaire. Parlez-moi un peu de votre studio de création.

J’ai fait des études en arts plastiques et ensuite un baccalauréat en design graphique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Par la suite, j’ai fait des études en cinéma à l’Université de Montréal. Le studio Pilote, c’est la combinaison de toutes ces disciplines; de là son côté multidisciplinaire. Je suis designer graphique et directrice artistique de formation, et mes études en cinéma m’ont donné envie de raconter des histoires. Les créations que je préfère sont celles qui mettent en lumière tous ces aspects, comme celles que je fais avec le studio Daily tous les jours.


Projet Daily tous les jours, illustration par Cécile Gariépy, direction artistique par Jacinthe Pilote ©Studio Pilote

Cette année, une première boutique a ouvert ses portes au 351, avenue Duluth Est, à Montréal. Parlez-moi de ce nouveau commerce.

Paperole a ouvert ses portes au public en avril dernier. C’est un endroit hybride entre une boutique, un atelier et une galerie. Nous y exposons les œuvres éditées par Paperole, mais aussi le travail de nos collaborateurs, ainsi qu’une sélection de certains coups de cœur, papeterie et autres objets d’ici et d’ailleurs. Paperole a toujours été au cœur de collaborations et cet espace continuera d’adopter cette vision. Le concept est particulier, car Paperole partage l’espace de la boutique avec l’entreprise État de style, qui se spécialise dans la mode. Il y a donc beaucoup de découvertes intéressantes à faire dans un même espace.

Paperole est une magnifique vitrine du talent des illustrateurs. Comment choisissez-vous les artistes qui font la collection Paperole?

La ligne directrice de Paperole est généralement plutôt graphique, positive et colorée. Je cherche donc des illustrateurs qui pourront bien s’inscrire dans cette démarche pour donner plus de cohérence à l’ensemble des collections. Je cherche des illustrateurs qui se démarquent par leur style singulier, qui travaillent bien en équipe, qui aiment échanger des idées et qui sont ouverts d’esprit. J’aime travailler avec des gens talentueux, généreux et humbles.


Illustration par Francis Léveillée ©Paperole

Certaines des créations de Paperole font partie du catalogue Code Souvenir Montréal. Quelle importance accordez-vous à faire partie de cette liste sélecte?

Code Souvenir Montréal promeut des designers locaux. C’est un catalogue nécessaire, qui aide entre autres à sensibiliser les entreprises à offrir des cadeaux corporatifs conçus et fabriqués à Montréal. C’est une très belle vitrine pour les designers et une belle initiative du Bureau de design de la Ville de Montréal. N’oublions pas que Montréal est une ville UNESCO de design.

À quoi ressemble votre lieu de création?

Nous avons installé le studio en arrière de la boutique, donc nous faisons tout au même endroit : création, entreposage et distribution. Ma table de travail est souvent bordélique, car je fais toujours plusieurs choses en même temps.

Quelle atmosphère vous aide à trouver vos meilleures idées?

Quand je suis en période de conception, je dois absolument m’isoler et rester seule pour me concentrer, donc je travaille souvent de la maison, dans un silence absolu. Étrangement, je dois vous avouer que j’aime beaucoup travailler dans mon lit avec mon portable.

Affichette illustrée par Studio les canailles ©Paperole

Dans cette ère technologique et du virtuel, le geste de donner ou d’envoyer une carte à un proche demeure aujourd’hui un geste fort et symbolique. Croyez-vous que vos cartes rendent les gens heureux?

Les cartes font toujours le bonheur de quelqu’un et avec raison! J’adore regarder les gens prendre le temps de choisir une carte. Ils veulent trouver la bonne carte et le bon sujet pour la bonne personne, et quand ils trouvent ce qu’ils cherchent, je vois apparaître un sourire; ils sont très fiers. Le but ultime est de faire plaisir à l’autre; quel beau geste altruiste!

Parlez-moi d’une œuvre de vos pairs que vous affectionnez particulièrement.

Il y a tant de gens dont j’admire le travail. Spontanément, je pense à Patsy Van Roost, surnommée « la fée du Mile End ». Quelle femme inspirante et pleine d’humanisme! Dernièrement, j’ai aussi été marquée par le documentaire Claude n’est pas mort, un film touchant réalisé par Bruno Boulianne. Il raconte l’histoire de Claude Dolbec, cet homme qui a calligraphié tant de belles vitrines à Montréal, plus particulièrement sur « la Main ». C’est certain que comme designer graphique, ça me touche beaucoup.


Carte de voeux illustrée par Justyna Stasik ©Paperole

Quel est le projet fou qui fait encore rêver Jacinthe Pilote et Paperole?

Il n’y a pas de projet trop fou. Tout le monde est apte à réaliser ses rêves, il faut simplement y mettre de l’énergie et persister, y croire. Mes projets ne sont pas très fous. Je crois que je suis somme toute assez terre à terre. En ce moment, j’aurais envie de fabriquer des crayons, des gommes à effacer et des étuis à crayons. J’aurais envie de travailler avec des designers industriels et faire des objets en 3D. Et un jour, j’aimerais ouvrir une boutique Paperole dans une ville étrangère.


Vitrine de la boutique ©Paperole

Quel serait votre meilleur conseil à donner à un jeune artiste ou à une jeune créatrice?

Il y a toutes sortes d’artistes. Certains sont techniquement très forts, et d’autres, qui le sont peut-être moins, sont parfois conceptuellement supérieurs. Il ne faut pas se comparer, il faut trouver sa voix et, surtout, concernant le dessin, il faut en faire beaucoup pour développer son style, voire en faire de manière un peu boulimique. Il faut pratiquer tous les jours, constamment. L’illustrateur Benoit Tardif, par exemple, me racontait que tous les matins, avant de commencer le travail, il fait des exercices. Il ne parlait pas de push-up, mais plutôt d’exercices de dessins. Il s’amuse par exemple à dessiner des villes. En gros, il dessine tout le temps. À un certain moment, le dessin, c’est comme les autres disciplines, tu t’améliores à force de t’y appliquer et ton style se développe.

30070146_10156657092533352_1547150311_o©Michel Bérard

Pour en savoir plus sur Paperole.

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Patrick Dupuis (29 billets)

La nuit tombée, Patrick rêve qu’il habite une maison d’architecte signée Pierre Thibault quelque part entre Montréal, Tokyo et Frelighsburg. Il s’imagine partager un thé Darjeeling en discutant avec le réalisateur Wes Anderson, le designer Jony Ive, le photographe Anton Corbijn et l’ex-étoile du tennis Andre Agassi. D’ici à ce que le marchand de rêves lui livre toute la marchandise, il est designer graphique, motion designer et concepteur-réalisateur pour ICI ARTV.

Vos commentaires

  1. Tràs bon article sur Mme. Jacinthe Pilote es son entreprise Paperole.J’aime son côté avantgardiste pour le choix des illustrations qui servent pour des cartes postales, des cartes de voeux, des chandails, des tasses et bien d’autres produits. Les illustrations sont choisies juducieusement et se démarquent des illustrations que l’on retrouve chez ses concurrents. Les photos de Michel Bérard, par leur qualité rehaussent ce blogue et nous donnent le goût de visiter cette petite boutique sur Duluth. Il aurait été bon de mentionner aussi que les gens peuvent se procurer ces articles en ligne sur le site web de l’entreprise.

    Commentaire de michel bazinet

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