France Beaudoin en quelques mots

13 août 2018

 

France Beaudoin et son style d’animation, à la fois affables et affirmés, ont su séduire les Québécois depuis une quinzaine d’années. Dans sa toute nouvelle émission, Pour emporter, l’animatrice se donne le défi de décortiquer ses invités en se servant des mots qui ont fait d’eux ce qu’ils sont aujourd’hui : passages de romans, paroles de chansons, scènes de films, dictons… On l’a soumise au même exercice, alors qu’elle s’est prêtée au jeu de se mettre à la place de l’invité.

 

Quelle serait ta définition dans le dictionnaire?

Quelqu’un qui a toujours essayé de jongler avec les différents rôles de sa vie, quelqu’un qui a essayé de ne pas s’en faire, de dédramatiser, de « faire avec »… tout en ayant beaucoup de plaisir!

 

Selon toi, quel est le livre que tout le monde devrait avoir lu?

C’est sûr que La vie devant soi, de Romain Gary, est un livre incontournable. Il est d’ailleurs tout le temps nommé, et ce, pour une bonne raison. Il est encore plus important quand on pense à ce qu’on vit actuellement, au « vivre-ensemble »… C’est un livre qui m’a énormément marquée.

 

Quels sont les mots qui t’ont formée?

Joie de vivre : J’éprouve une profonde joie de vivre et quand je regarde mes enfants, je la reconnais en eux et je vois que je la leur ai transmise. Dans une situation difficile, je vais brailler un bon coup, mais rapidement, la joie va revenir. Plus je vieillis, plus je réalise que c’est une vraie chance d’avoir le bonheur facile.

Voix : Un jour, on m’a dit que je n’avais pas la voix pour faire de la radio, qu’il me manquait quelque chose. Je suis restée accrochée à cette phrase-là. Il serait temps que je m’en dissocie, j’ai quand même 48 ans!

Famille : J’ai été vraiment chanceuse pour ce qui est de la base que mes parents m’ont donnée. Puis, mes enfants sont venus mettre de l’équilibre et de la joie dans ma vie, ils m’ont « groundée ». C’est peut-être cliché de dire ça, mais ma famille est vraiment mon roc.

Musique : J’en traîne partout. J’en traîne encore ici sur le plateau de Pour emporter! [L’interprète Antoine Gratton accompagne chacune de ses entrevues au piano.] Pour moi, quand tu pars la musique, la moitié des problèmes viennent de se régler.

 

De qui admires-tu les mots?

Les mots d’Alexandre Jardin ont longtemps été écrits sur les murs de notre salle de bain. C’était une page complète du roman Le Zubial, qui traduit exactement ma manière de penser.

 

J’ai récemment lu un essai de Rafaële Germain sur la mémoire que j’ai beaucoup aimé. Elle y dit une phrase qui m’a fait particulièrement réfléchir sur l’exposition qu’on trouve sur les médias sociaux : « L’idée me vient aujourd’hui qu’il est possible de s’entourer de trop de fenêtres. Peut-être aussi avons-nous simplement oublié les vertus du rideau? »

 

En revanche, qui devrait apprendre à se taire?

Une couple de politiciens… Ou peut-être qu’il faudrait leur donner des writers! En fait, c’est tous ceux qui n’osent pas parler franchement qui devraient apprendre à se taire. Prendre trois, quatre détours pour dire quelque chose, ça n’aboutit à rien, à part faire perdre le temps de tout le monde.

 

Es-tu plus avec ou sans filtre?

J’ai de moins en moins de filtre. Avant, il y avait une partie de moi qui ne voulait pas déplaire et une autre qui ne voyait pas l’intérêt à ce que les autres entendent ce que j’avais à dire… Je n’ai pas la prétention de penser que ce que j’ai à dire est plus important maintenant, mais je l’assume plus. S’il y a un sous-entendu, un malaise ou un non-dit, je vais nommer l’éléphant dans la pièce assez rapidement! Et ça, ça surprend les gens.

 

Sur le plateau de l’émission, qui est tournée au Centre des sciences de Montréal

 

Quel mot refuses-tu de dire?

« Impossible ». L’aboutissant ne sera peut-être pas le but fixé au départ, mais je crois énormément à la démarche qui va nous amener quelque part et au plaisir qu’on va avoir à essayer d’atteindre ce but-là. Je ne pourrai jamais travailler avec quelqu’un qui répète constamment que certaines choses sont impossibles. Pour moi, c’est un vrai moteur quand on dit que quelque chose est impossible; je carbure à ça!

 

Qu’aimerais-tu qu’on emporte de ton émission?

Je vois l’émission comme un buffet où chacun prend ce qui fait son affaire et repart avec quelque chose qui l’a interpellé, touché ou questionné. Pas de conclusion, pas de vérités, pas de leçons, pas de morales. J’aimerais que ça donne le goût aux gens d’aller prendre des mots un peu partout : dans des documentaires, dans des livres, dans des films… D’écrire des mots à quelqu’un, de laisser des mots… Que ça leur donne le goût de prendre des chances.