Le vidéoclip, l’art d’illustrer la musique

19 juillet 2018

Le vidéoclip a une histoire très riche. Jamais largement diffusé en salle, il s’est inséré dans le quotidien des gens par le petit écran et se trouve abondamment aujourd’hui sur le web. Voici un portrait de cet art fascinant qui a traversé les décennies en arborant les plus belles couleurs de la culture.

Du plan-séquence à la culture populaire

Si toutes les chansons populaires aujourd’hui ont une vidéo associée, ça n’a pas toujours été le cas. Le 1er août 1981, la chaîne MTV a lancé sa première programmation et a créé un engouement envers le vidéoclip, cet art d’imager la musique. C’est à ce moment que s’est inscrite cette pratique dans la culture populaire.

Il faut noter que les vidéoclips remontent toutefois au début des années 1900. Il s’agissait à l’époque de phonoscènes, des performances artistiques tournées en plan-séquence avec une bande son synchronisée. Ces captations permettaient alors à l’art de voyager et d’être diffusé un peu partout sans que l’interprète ne soit présent. À l’époque, c’était une réelle révolution dans la diffusion de la culture.

La pratique a ensuite évolué et est devenue un outil promotionnel très fort. Le groupe culte Les Beatles l’avait bien compris et cherchait toujours à imager sa musique. La volonté de toujours offrir davantage à son public a donné naissance aux films musicaux Help! et A Hard Day’s Night. À l’époque, on se servait majoritairement du vidéoclip à des fins de promotion, et c’était surtout des prestations filmées.

Thriller, une première mondiale

Les vidéoclips cinématographiques mettant en scène de petites histoires complètes sont apparus plus tard. Si plusieurs avaient testé les possibilités dans les années précédentes, c’est la sortie de Thriller, de Michael Jackson qui a révolutionné le genre. Avec 14 minutes de vidéo pour un seul titre, c’est un court-métrage complet que nous a offert le réalisateur John Landis.

Le clip est sorti le 2 décembre 1983 sur les ondes de MTV. C’était la première fois qu’on utilisait l’expression « première mondiale » pour une œuvre du genre. Vrai coup d’éclat médiatique, sa sortie a grandement contribué à lancer l’album homonyme à l’international. Loin d’être le seul à innover pendant cette période, il est impossible de ne pas mentionner Prince qui a aussi grandement fait  évoluer l’art d’imager la musique.

Un genre qui évolue et s’adapte

Depuis les Michael Jackson, Beatles, et Prince de ce monde, le cinéma fait partie intégrante de l’évolution du vidéoclip. Pensons à Beyoncé qui, en 2016, nous a offert le long-métrage de Lemonade présenté sur HBO. Le vidéoclip est un bel amalgame de différents arts permettant d’aller dans diverses zones de création. Pour certains réalisateurs, il s’agit d’une occasion unique de créer librement quelque chose de court et parfois expérimental.

Que ce soit une histoire complète présentée avec comme prétexte la chanson de l’artiste ou simplement une oeuvre visuelle détachée de la pièce, le vidéoclip se réinvente continuellement. Outre le cinéma, il représentait également une énorme vitrine à la danse, qui apparaissait de plus en plus dans nos petits écrans. Depuis la création des phonoscènes, le vidéoclip a beaucoup évolué dans les années 80 et 90 grâce à la télévision. À travers celle-ci, il a poursuivi sa mission de démocratiser la culture avec des chaînes comme MTV, MuchMusic et MusiquePlus qui sont devenues très populaires.

Aujourd’hui, le genre s’adapte encore aux nouvelles tendances et retrouve un nouveau souffle sur le web. On voit l’apparition de clips interactifs ainsi que de plateformes de diffusion massives telles que YouTube et Vimeo. Elles permettent à la musique de voyager encore plus loin puisque les utilisateurs de partout dans le monde ont accès au contenu publié.

Pour égayer votre journée et parce qu’on a tous droit au bonheur, voici un choix éditorial de certains vidéoclips qui méritent d’être connus :

Tame Impala : Un amalgame de techniques pour une réalisation complète
The Less I Know the Better

Faites un retour à l’école secondaire et suivez l’histoire d’un jeune joueur de basket amoureux d’une meneuse de claque.  Détrompez-vous tout de suite, la romance d’adolescence révèle rapidement un mensonge. En effet,  on s’aperçoit que la jeune fille entretient une liaison secrète avec la mascotte de l’école. Le tout prend place sur un fond de voyage technicolor avec une réalisation sans tabou et très réussie.

Le montage varié, les effets spéciaux, les couleurs… tout fonctionne bien pour être captivant du début à la fin. C’est le groupe de réalisateurs espagnols CANADA qui signe cette œuvre aux genres variés. L’utilisation de la rotoscopie pour ajouter des décors dessinés à la main est très efficace et ajoute une sensation 90 de très bon goût. Autre mention spéciale à la direction photo, qui donne à chaque scène son ambiance et sa couleur particulière. Impossible de nier que la lumière dans la scène où le protagoniste suit le gorille dans le corridor de l’école est magnifique (de 4 :28 à 4 :50).

Tout d’abord choisie en tant que « Staff pick » (choix de l’équipe) sur Vimeo, la vidéo a ensuite été couronnée meilleure de l’année en 2016 par la plateforme de diffusion.

Childish Gambino : L’art d’illustrer, mais aussi de revendiquer
This Is America

Bien plus qu’un outil promotionnel, le vidéoclip sert aussi aujourd’hui à faire de la revendication. Childish Gambino s’en est d’ailleurs servi à cet effet avec le succès This Is America. Soyez avertis de la sensibilité des images alors que le propos est illustré de façon très crue. Dans la vidéo, il y a une très forte utilisation des symboles pour dénoncer la violence armée qui sévit aux États-Unis.

Lancé lors de la populaire émission Saturday Night Live, le coup d’éclat médiatique était bien calculé. Dans cette suite de plans-séquences extrêmement bien réalisés, rien n’est laissé au hasard. Chaque image et élément de la composition sert à appuyer le message.

Polo et Pan : Comme un dimanche au soleil
Cœur croisé

Sorti ce printemps pour faire la promotion de l’album Caravelle, le vidéoclip de Cœur Croisé de Polo et Pan nous plonge en pleine canicule. Dans une électro pop qui sent le soleil et la plage, retrouvez les années 60 le temps d’une fête d’après-midi où la classe et les bonnes manières côtoient les références sexuelles de bon goût.

On ne peut qu’admirer la composition rigoureuse de chaque scène qu’on doit absolument revoir quelques fois pour en saisir la totalité. Les acteurs colorés jouent parfaitement leur rôle mondain et sensuel, nous donnant envie de participer à cette fête démesurée. Finalement, c’est impossible de rester de glace devant ces chorégraphies parfaitement exécutées sous le regard très esthétique du réalisateur Pablo Maestres.

Indochine : Un cinéma d’images fortes et provocatrices
College Boy

C’est en 2013 qu’Indochine nous a offert ce quasi court-métrage signé Xavier Dolan. Très provocateur par ses symboles ostentatoires et sa violence explicite, le clip a fait beaucoup de vagues. Il s’agit d’une dénonciation à l’intimidation, qui ne fait pas dans la demi-mesure. On suit un jeune élève qui sera violenté publiquement jusque dans la cour d’école.

La finale est également très forte alors que le protagoniste est crucifié sous le regard aveugle de ses camarades de classe. Dans un tout autre univers que la vidéo d’Hello, d’Adèle, que le réalisateur a aussi signé, c’est du Dolan, déjà bien en maîtrise de ses images et de leur pouvoir de marquer l’imaginaire. Comme quoi au Québec aussi le vidéoclip a de l’audace.

 

Sony Carpentier (1 billets)

Sony aime croire que sa vie est un vidéoclip, il passe ses journées avec de la musique dans les oreilles et une salle de cinéma dans la tête. Diplômé en télévision et en journalisme, ses références artistiques sont aussi éclatées que ses intérêts. Créatif hyperactif, il survit à un horaire constamment chargé grâce au café et termine des séries en quelques jours sans aucun remords parce qu’au final, on a tous droit au bonheur.

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