Festival La Noce – Philippe Brach : une deuxième édition bien « ouatée »

1 juillet 2018

© Image tirée de la page Facebook du festival La Noce 

 

Comme le dit l’auteur-compositeur-interprète Philippe Brach, porte-parole hors pair du festival d’arts et de musique La Noce, qui brave les frontières pour faire rayonner le festival, un an d’amour s’est écoulé depuis la première Noce. Sans révéler de punchs, l’inénarrable Brach nous promet une Noce de coton – son doux petit nom cette année – « très ouatée » du 5 au 7 juillet, à la Zone portuaire de Chicoutimi, au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

 

L’auteur-compositeur-interprète Philippe Brach © Christian Blais

 

Natif de la région, Brach s’est uni à Éric Harvey et Frédéric Poulin, de l’agence de gérance Ambiances Ambiguës, également originaires du coin, ainsi qu’à Pier-Philippe Rioux pour mettre au monde ce festival à l’ambiance frivole. Qu’on célèbre une union ou pas – car les « mariages » à 10 piasses sont de retour –, La Noce fait place à la fête et au rassemblement. Une nouvelle célébration de la culture qui durera, espérons-le, pour toujours. Nous avons jasé de l’aventure avec son dévoué porte-parole, ravi de contribuer à la scène culturelle du Saguenay.

 

Deuxième vague d’annonces de la programmation de La Noce de coton

 

Vous avez une programmation de feu; ça doit vouloir dire que le premier festival s’est bien passé?

Oui, on a eu un bon bassin de gens. Mais, je te dirais que le fait que Karkwa ait accepté de jouer au festival, ça nous a fait franchir une étape, [à partir] de laquelle on ne pouvait plus reculer. Il fallait être conséquents à tous les points de vue. On a grossi la production, prolongé le festival. On n’aurait pas gravi cet échelon si Karkwa n’avait pas été là. Ç’a occasionné plein de démarches qu’on n’avait pas prévues. Il y a un beau risque – et c’est important, le risque.

 

C’est le festival qui a approché Karkwa?

En fait, c’est moi. Mettons que j’ai fait tout ce qu’un bon programmeur de festival ne doit pas faire s’il veut garder son job. J’ai appelé les membres presque un par un pour leur demander de venir, en essayant de les convaincre. Les gars savent ce que ça implique de démarrer un festival et ils y sont sensibles.

Ils ne participent pas pour amorcer une série de shows, mais pour pousser la culture en région. Ils en proviennent eux-mêmes, alors ils savent que d’y offrir de la culture, ce n’est pas toujours simple. C’est tout à leur honneur, et ça nous rend ben de bonne humeur. Ça nous permet de vendre des passeports, de pousser une programmation un peu plus marginale, de présenter des groupes moins connus que les gens risquent d’aimer lorsqu’ils les auront sous les yeux.

 

Comment s’est faite la grande demande pour que tu sois porte-parole?

C’est venu très naturellement. Éric et Frédéric, deux expatriés du Saguenay qui ont eu l’idée du festival, n’en cherchaient pas. Ils m’ont appelé pas mal à l’avance pour me demander de faire partie de la programmation. Je les connaissais de l’industrie musicale, et parce qu’on vient du même coin, mais on n’avait jamais travaillé ensemble.

J’ai trouvé le festival tellement pertinent que j’ai voulu m’impliquer dans le conseil d’administration et avoir un peu les mains sur le volant avec eux. J’ai donc proposé d’être porte-parole et de profiter de ma tribune pour attirer le regard sur le festival, sans être payé, question d’économiser, et de travailler sur la promotion jusqu’à ce que la machine soit huilée afin de pouvoir par la suite me concentrer sur la programmation et le CA sans avoir à me consacrer à la visibilité médiatique.

 

 

Tes vidéos de promo déjantées font de l’excellent travail.

J’ai beaucoup de plaisir à les faire, et elles attirent pas mal d’attention médiatique. Le but, c’est de démarrer la patente, de bâtir un bassin de festivaliers fidèles, de nous imposer, et là, j’aurai accompli mon travail. Je pourrai ensuite faire plus de gestion comme organisateur.

 

L’organisation d’événements culturels, est-ce une fibre qui vibre en toi?

On peut dire que j’ai une fibre entrepreneuriale, mais elle présente de grosses faiblesses; il y a des choses que je délègue ou que je n’apprends pas volontairement. Je prends bien ce que je veux prendre. Je n’aurais pas les capacités de porter un festival sur mes épaules, impossible. À La Noce, j’apprends constamment, ce qui est une bonne chose.

 

À la base, es-tu un tripeux de festivals?

Pas tant, en fait. Je me sens mal dans une foule, ça ne me fait pas triper pantoute. C’est donc rare que j’y assiste, mais je les vis sur scène. J’adore l’ambiance des festivals! On passe souvent l’année sur la route, seul avec notre projet et notre équipe. Pendant les festivals, on est entouré d’artistes en coulisses, on se promène, on communique, on côtoie toujours plus d’un band. Cette effervescence me stimule!

 


Vidéo promotionnelle de la première édition de La Noce, en 2017

 

Qu’est-ce qui te plaît dans la thématique nuptiale?

C’est une idée facile à décliner, riche dans l’imaginaire collectif. On aime se faire dicter une direction artistique claire chaque année. On n’a pas à se casser la tête pour tenter de se renouveler d’année en année; on s’impose un thème et on compose avec. Et c’est l’fun! Cette année, c’est La Noce de coton, la prochaine, La Noce de cuir. « Cuir », c’est riche en déclinaisons; on peut faire toutes sortes d’activités sur le site. On envisage « fromage » pour la quatrième année – là, je pense qu’on va pédaler.

 

Quelqu’un te dit : « Il y a déjà tellement de festivals de musique au Québec », que réponds-tu?

Tant qu’il y aura du monde devant la scène, ce sera la preuve de leur pertinence. Le buzz des festivals, ça fait partie de notre mode de vie. Après un hiver de sept, huit mois, on sort en malade tout l’été, puis on retourne en dedans. Si on ajoutait un festival à Montréal, je dirais qu’il y en a pas mal, mais, au Saguenay, c’est pas si pire. Il y a le Festival international des rythmes du monde en août à Chicoutimi, Jonquière en Musique deux semaines en juillet, et La Noce est au début juillet; on ne se pile pas sur les pieds.

Le Saguenay est assez gros pour recevoir quelques festivals par année. Il y a aussi Regard, le festival du court métrage, en hiver. Tous ces festivals sont pertinents, et La Noce offre une programmation qui ne se retrouve dans aucun autre. Pour l’instant, 75 % des passeports vendus [le sont à des gens] de l’extérieur de la région; c’est donc aussi bénéfique pour l’économie régionale.

 

La Noce valorise assurément la culture en région.

On souhaite ultimement pousser le volet local plus loin en présentant plus de commerces, d’artisans et d’organismes culturels régionaux. On voudrait aussi que le CA, éventuellement, soit surtout composé de gens qui viennent de la région. On a un sentiment d’appartenance, on est crinqués, mais les principaux intéressés sont ceux qui vivent en région et qui essaient de travailler en culture, ce qui est plus dur.

 

S’il y avait un tour Philippe Brach à Chicoutimi, comme il y a un tour Sex and the City à New York, on verrait quoi?

Je n’ai pas câlissé grand-chose de mon adolescence – ça fait partie des raisons pour lesquelles je me suis investi dans le festival. J’ai souvent fumé des bats dans un char en ne sachant pas quoi faire ou en déambulant dans la Zone portuaire. On se rejoignait beaucoup en gang, chez quelqu’un; il n’y a pas vraiment d’endroits où on allait tout le temps. Mon tour serait assez beige et plate. Mais, ce n’est pas à cause du Saguenay, c’est à cause de moi! Les villes autour de Chicoutimi – Saint-Fulgence ou Sainte-Rose-du-Nord –, tout ce qui est un peu à l’écart des grands centres au Saguenay–Lac-Saint-Jean vaut la peine d’être vu.

 

Le Noce propose aussi un volet écoresponsable. 

On collabore avec l’organisation Eurêko, une gang du Saguenay. Un festival, ça reste un événement de masse et de consommation qui génère beaucoup de déchets. On n’est pas 100 % dans la démarche environnementale, mais on a la volonté de pousser fort là-dessus. Il y aura toujours du travail à faire, au fil des années. Ça occasionne beaucoup de marde, un festival, on ne s’en cachera pas. On essaie de réduire le plus possible notre empreinte [écologique] et de promouvoir une culture écoresponsable.

 

Invité d’honneur cette année, Serge Brideau, du groupe Les Hôtesses d’Hilaire, vous propose quelques capsules-infos sur le festival afin de vous y pointer bien renseigné∙e!

 

Quelques artistes qui se produisent à La Noce en 5 questions