L’art littéraire de traduire les mots d’un autre

11 mai 2018

Parmi les romans que l’on dévore chaque année se retrouvent des œuvres traduites. Comment ont-elles fait pour se rendre jusqu’à nous? Petite rencontre avec Grace O’Connell et Fanny Britt, deux autrices réunies par le roman Foudroyée

Couverture du roman Foudroyée

Foudroyée, roman de Grace O’Connell traduit par Fanny Britt, Éditions du Boréal 2018

Grace O’Connell et Fanny Britt accueillent les médias dans les bureaux de Boréal par une matinée pluvieuse. C’est en équipe qu’elles présentent le roman Foudroyée, un page-turner captivant. La Torontoise Grace O’Connell est en l’autrice et Fanny Britt la traductrice. Bien qu’elles aient cette oeuvre en commun, c’est pourtant la première fois qu’elles se rencontrent en chair et en os.

«J’ai l’impression de rencontrer la mère adoptive de mon enfant!» – Grace

Publié originalement sous le titre Be Ready for the Lightning en 2017, ce roman met en lumière la relation fraternelle particulière de Veda et Conrad. Ce dernier, ayant des excès de colère incontrôlables, poussera sa soeur à s’éloigner de sa ville natale et tenter de (re)vivre à New York, loin des blessures à panser. Le récit tient le lecteur en haleine et le force à dévorer chacune des pages puisqu’il est entrecoupé d’une prise d’otages dans un autobus en plein coeur de la Grosse Pomme, dont Veda est victime. Une oeuvre qui s’interroge sur toutes les formes de violence, qu’elle soit physique, psychologique ou même infligée à soi-même.

L’autrice canadienne l’avoue sans gêne : c’est la violence qui l’a inspirée pour ce deuxième roman – le premier étant Magnified World, malheureusement pas encore traduit en français. «Je suis intéressée par la violence! Mais je ne suis pas une mauvaise personne pour autant!» précise-t-elle en riant. C’est la scène de la prise d’otage qui a été écrite en premier qui l’a menée vers l’histoire de Veda et son frère. «Je voulais découvrir ce que voulait ces personnages.» Fort heureusement pour nous, car leur vie s’avère incroyable.

beready

Be Ready for the Lightning, roman de Grace O’Connell, Penguin Random House Canada 2017

Petite histoire d’une traduction

Il y a plus d’un an et demi, la maison d’édition du Boréal met la main sur les droits de traduction en français du roman Be Ready for the Lightning. Rapidement, les éditeurs Renaud Roussel et Jean Bernier proposent à la dramaturge québécoise Fanny Britt de le traduire. Cette dernière, qui a plutôt l’habitude de traduire des pièces de théâtre ou des livres pour enfants et adolescents, saute à pieds joints dans l’aventure et s’attelle à la tâche de traduire son premier roman pour adultes. Comme le style d’écriture des deux autrices partage plusieurs similarités, le choix de cette traductrice était ici tout désigné.

Bien que le roman comporte beaucoup de dialogues, Fanny Britt a dû s’adapter à la prose de Grace O’Connell. «Je ne voulais pas trahir l’histoire originale, mais je voulais m’assurer que c’était aussi moderne et vivant que ce l’est en anglais. C’était définitivement très délicat comme travail!» Ainsi, une bonne dose de québécismes s’y retrouve, sans toutefois dénaturer l’histoire qui se déroule dans plusieurs grandes métropoles – Vancouver, Montréal et New York.

La traductrice a d’abord écrit un premier jet entre l’été 2017 et la période des Fêtes, à raison d’environ deux pages par jour. «C’est un quota quotidien que je m’impose en traduction pour ne pas perdre en qualité.» Puis, de Noël jusqu’à avril, elle est entrée en période d’édition «plutôt costaude.» Tout au long du parcours, l’autrice a été consultée par les éditeurs – «qui ont eu une implication active» – pour quelques passages précis afin de bien saisir ses propos et ses intentions. Le roman a finalement fait son apparition sur les tablettes le 24 avril dernier.

Deuxième naissance littéraire

Les connaissances du français de Grace sont limitées. Elle savait d’ores et déjà qu’elle ne pourrait apprécier toutes les subtilités du travail de sa traductrice. Cependant, lorsqu’on lui a appris le nom de sa traductrice et qu’elle en a parlé à son entourage, la réaction positive des gens l’a rassurée. «Tout le monde à Toronto me disait combien j’étais chanceuse d’avoir Fanny. Tout le monde l’aimait!» Ainsi, dès le début de cette nouvelle aventure pour son roman, elle sentait que son histoire était entre bonnes mains.

Fanny Britt trouve que Grace O’Connell fait preuve d’un grand acte de foi en laissant une autre personne traduire son livre dans une autre langue. «C’est une très grande responsabilité de traduire un roman et il est évident que le livre perd un peu de son essence durant la traduction» précise Fanny, mais «ça devient un nouveau livre!» ajoute promptement Grace. «J’ai l’impression que le livre vit une espèce de renaissance! Il pourra vivre une nouvelle vie et connaître un nouveau public. C’est très excitant!»

Fanny Britt et Grace O'Connell

Fanny Britt (©Caroline Hayeur) et Grace O’Connell (©Dani Couture)

Alex Beausoleil (55 billets)

Passionnée de culture, Alex croit, tout comme Dostoïevski, que c’est l’art qui sauvera le monde. C’est pourquoi elle prend plaisir à enchaîner les séries télévisées les unes après les autres, visionner les nouveautés cinématographiques, gaver ses oreilles de délicate musique et voyager à rabais grâce à la littérature.

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