Simon Boulerice : la machine à écrire

3 mai 2018

Après s’être intéressée au processus d’écriture et de publication d’un premier et d’un deuxième roman, l’équipe du Blogue ICI ARTV poursuit sa découverte de l’univers littéraire en se penchant cette fois-ci sur le rythme de création des écrivains.

Deux mains posées sur une machine à écrire

Il semble écrire plus vite que son ombre. Quel est son secret? Entretien avec le prolifique auteur Simon Boulerice.

À la question plutôt simple « Combien de livres as-tu publiés jusqu’à présent? » Simon Boulerice y va d’une réponse étonnante : «Je dirais une quarantaine. Je dis toujours ça, mais je dois être rendu à 43 ou 44. C’est ambigu aussi parce que je ne compte pas nécessairement les œuvres collectives…» Cet aveu démontre certainement à quel point cet auteur écrit à un rythme soutenu. Surtout, faut-il se rappeler que le jeune homme de 36 ans n’a été publié pour une première fois qu’en 2009.

Une notion de prolificité

Avec une moyenne de quatre publications par année, on ne peut nier la prolificité de Boulerice; un terme qu’il n’est d’ailleurs pas tout à fait capable d’accepter. « Je ne considère pas que c’est beaucoup [une quarantaine de publications]! L’adjectif prolifique qu’on m’étiquette souvent, je ne trouve pas qu’il me colle à la peau. Ce n’est pas compliqué écrire pour moi. Ce n’est pas douloureux.» S’il est donc naturel pour l’auteur de s’exprimer sur papier, il ajoute rapidement que « ce n’est pas facile non plus! » Mais lorsque Simon Boulerice entend la citation «Parfois la prolificité est inévitable» de Stephen King, il ne peut s’empêcher de penser que l’auteur culte parle de lui. Qu’on lui appose cette étiquette d’auteur prolifique «est aussi probablement inévitable, selon lui. Il y a une envie de prendre parole suite à une rétention qui a duré des années chez moi. Des années à ne pas écrire, mais aussi à ne pas dire [ce qu’il voulait].»

Sollicité par la radio, les salons littéraires et les conférences dans les milieux scolaires, Simon Boulerice est invité à partager ses histoires un peu partout. Il ne se plaint pas de cette variété d’activités – au contraire-, mais comme il a plusieurs projets en tête, il se demande comment et quand il trouvera le temps de les coucher sur papier. Ainsi, lorsqu’il prend le temps de s’installer pour écrire, «tout ce qu’il a stocké», tout son bagage intérieur, sort aisément et prend forme sur son ordinateur. Pas de temps à perdre!

Simon Boulerice

Simon Boulerice (©Marie-Michèle Dion)

La tête pleine d’idée

Compartimentées dans des tiroirs mentaux «étanches», ses diverses idées peuvent parfois mijoter pendant plusieurs années avant de voir le jour. En création, il se «laisse guider par l’énergie du moment et… [ses] dates butoirs. Ça me motive beaucoup. Trop, mais c’est inévitable.»  S’il mène plusieurs projets de front, ceux-ci restent tout de même très précis dans sa tête.  «Rien ne se contamine!» explique-t-il. Détenant une galerie de personnages impressionnante, Simon Boulerice parvient à garder le fil et ne rien mélanger. Une capacité qu’il compare à celle de sa mère qui consomme huit téléromans à la fois et arrive à ne pas confondre les personnages joués par les mêmes comédiens.

À travers les années, sa routine d’écriture s’est transformée. S’il préconisait les séances en soirée auparavant, il avoue ne plus avoir l’énergie pour le faire maintenant, comme il participe à plusieurs activités dans la journée et qu’il aime bien se retrouver dans une salle de théâtre à la nuit tombée. C’est maintenant durant ses déplacements qu’il arrive à créer. «Je ne suis vraiment pas sédentaire dans ma création. Je suis tout le temps dans les transports en commun!» Ainsi, l’autobus, le métro, l’avion et le train lui font aujourd’hui office de bureau. Il a délaissé le crayon pour consigner ses écrits dans un ordinateur portable très léger, qu’il trimballe avec lui. Si ce dernier n’est pas dans son sac et que surgit une idée, il note le tout dans son téléphone. «C’est très nouveau pour moi, mais je trouve ça pratique. C’est beaucoup moins romantique… mais ça fait la job!» ajoute-t-il en riant.

Le doute : un ennemi qu’il ne connaît pas

En regardant la bibliographie de Simon Boulerice, on se questionne sur son rythme particulier d’écriture. Mais on vient aussi à se demander comment se fait-il que tous les auteurs n’écrivent pas à la même vitesse?  «Je ne vais pas dire quelque chose de noble à mon égard, mais je n’ai pas la faculté de douter outre mesure. C’est très gênant dire ça…  et en même temps, c’est fantastique!» Tous les artistes vous le diront : le doute est un frein dans la création. Boulerice bénéficie certainement d’un avantage en n’étant pas (ou peu) soumis à cet obstacle perpétuel. «J’ai tendance à me faire terriblement confiance!» précise-t-il en ricanant. «Je me sens mal de ça, mais en même temps je sens que c’est un atout. Quand je prends une décision, j’ai l’impression que c’est la bonne parce que c’est mon instinct qui me guide là.» Une leçon qui devrait s’appliquer aux créatifs comme à monsieur et madame tout le monde, non?

Certains auteurs, comme Michel Tremblay que Simon cite en exemple, font lire leurs textes à plusieurs lecteurs privilégiés avant la publication. Candidement, il avoue que s’il avait à adopter le même processus que Tremblay a mis en place, en demandant beaucoup de commentaires, il serait tétanisé et verrait qu’il ne peut pas plaire à tous. «Et, je ne veux pas faire plaisir à tout le monde. J’essaie de me faire plaisir en premier lieu. Je me dis que si moi j’aime [ce que j’ai écrit], certainement que d’autres gens vont y adhérer eux aussi.»  Bien conscient qu’il n’est pas à l’abri d’un flop malgré cette formidable capacité à ne pas trop douter, il ajoute : «je désacralise tout dans la vie. Si je fais un flop, ça ne sera qu’un livre parmi les autres. C’est dommage, mais ce sera ça.» Une autre belle leçon de cet être doué pour le bonheur que l’on devrait considérer adopter!

Simon Boulerice souhaite maintenir ce rythme de publication le plus longtemps possible, bien qu’il ne sait pas ce que le futur lui réserve. «Je me sens chargé pour encore très longtemps!» précise-t-il. Fort heureusement pour nous, car on ne saurait se passer bien longtemps de sa plume brillante, colorée et poétique.

5 titres de Simon Boulerice à découvrir

La couverture du roman L'enfant mascaraL’enfant mascara (Leméac)

Bien qu’il considère la question pratiquement impossible à répondre, Simon Boulerice croit que le roman L’enfant mascara est une bonne oeuvre pour découvrir son style. Dans ce court roman jeunesse (que même les adultes liront sans gêne), le lecteur est témoin d’une histoire d’amour à sens unique. Inspiré d’un meurtre transphobe qui s’est produit aux États-Unis, l’auteur rend hommage à Larry/Laeticia, cet être auquel on a arraché la vie pour une question de différence.

 

 

 

 

La couverture du livre La maison sonore

La maison sonore (Québec Amérique)

C’est une drôle d’histoire qui a mené Simon Boulerice a rédiger cette histoire. Petit, il a reproduit sur un mur du sous-sol de la maison familiale Les Glâneuses de Millet. Sans gêne, il signera son nom au bas de la murale. Plus tard, alors déménagé depuis longtemps, il reçoit un message de la nouvelle propriétaire de la demeure qui vient de le voir dans son téléviseur. Elle l’invitera à visiter la maison de son enfance à nouveau. Il découvrira que cette dame, peintre de profession, s’était amusée depuis à peindre «son» oeuvre. Un sympathique album, magnifiquement illustré par Arassay Hilario Reyer, qui met les sons et les bruits au premier plan.

 

 

La couverture du roman Le dernier qui sort éteint la lumièreLe dernier qui sort éteint la lumière (Québec Amérique)

Les jumeaux Arnold et Alia ont deux papas : Papou et Poupa. S’ils savent que Marraine Sandrine les a portés, de qui tiennent-ils leurs gênes? Pour leur treizième anniversaire, ils découvriront, au fil de treize lettres, qui est leur père biologique. Une famille atypique qui se révèle somme toute aussi normale que les autres. (Il est à noter que ce titre est une adaptation de la pièce de théâtre Tout ce que vous n’avez pas vu à la télé écrite par l’auteur en 2013.)

 

 

 

 

Edgar Paillettes (Québec Amérique)La couverture du roman Edgar Paillettes

Lauréat du Prix Jeunesse des libraires du Québec en 2014 dans la catégorie Québec 6 à 11 ans, ce roman met en scène Henri Payette, un grand frère vivant dans l’ombre de son cadet Edgar. Ce dernier est aux dires de sa mère «un poème visuel», il est flamboyant, différent; il est autiste. Un récit rigolo et émouvant.

 

 

 

 

 

moncoeur

Mon coeur pédale (La Pastèque)

La poésie de Simon Boulerice se transpose merveilleusement bien dans la bande dessinée. Accompagnée des douces illustrations pastel d’Émilie Leduc, on ne peut que tomber sous le charme du petit Simon qui vivra un été mouvementé avec le retour de Chantal, sa tante préférée. Un livre bijou!

 

 

 

 

 

Et vous, quel titre de Simon Boulerice avez-vous particulièrement apprécié?