Denis Villeneuve : le cinéaste fait place au cinéphile à Cannes

8 mai 2018

Denis Villeneuve © Luis Ricardo Montemayor Cisneros-2015 Lionsgate

Le cinéaste Denis Villeneuve en tournage © Luis Ricardo Montemayor Cisneros/2015 Lionsgate

 

Du 8 au 19 mai, les cinéphiles de la planète auront le regard tourné vers la 71e édition du Festival de Cannes, avides de découvrir la crème du cinéma international. Cette année, deux Québécois ont le privilège de fouler le tapis rouge — tapis normé qu’on espère bien que les femmes pourront fouler chaussées comme elles l’entendent.

D’abord, le Saguenéen Patrick Bouchard fera ses premiers pas sur la Croisette où il présentera à la Quinzaine des réalisateurs son film d’animation Le sujet, projeté en première mondiale à la soirée d’ouverture des Rendez-vous Québec Cinéma cette année. Produit par l’ONF, ce court métrage confirme la vitalité de l’animation au Québec.

 

Dans les coulisses du court métrage Le sujet avec son cinéaste, Patrick Bouchard.

 

Quant au second Québécois, il s’agit de nul autre que le surdoué Denis Villeneuve, l’un des porte-étendard du cinéma québécois dans le monde, qui, en quelques années seulement, a fait sa marque dans le cinéma américain, cumulant déjà les nominations aux Oscars. Et ce n’est pas à titre de concurrent qu’il participe cette fois-ci au festival, mais bien comme membre du jury, présidé cette année par la grande comédienne australienne Cate Blanchett. Il siégera notamment aux côtés de la réalisatrice Ava DuVernay et des actrices Léa Seydoux et Kristen Stewart.

Ayant travaillé sans relâche ces six dernières années, Villeneuve profitera de ce rôle inouï de juge à Cannes pour substituer sa casquette de cinéaste à celle de cinéphile, lui qui ne prend pas assez le temps de voir toutes les œuvres qu’il souhaiterait. « Le moment est vraiment parfait », explique-t-il en entrevue à ICI Radio-Canada Première. « Je suis en développement d’un projet et j’ai un appétit énorme pour regarder des films. Ce sera des vacances cinématographiques; je pourrai apprécier le travail des autres, m’ouvrir à leur regard et être en relation avec de grands auteurs. Ce sera du pur plaisir. »

 

Écouter l’entrevue de Claude Bernatchez avec Denis Villeneuve à Première heure

 

Voilà l’occasion idéale de raviver le souvenir de certaines œuvres de sa prodigieuse filmographie.

 

Un 32 août sur Terre © France Film

Pascale Bussières et Alexis Martin dans Un 32 août sur Terre © France Film

 

Un 32 août sur Terre, 1998

Pascale Bussières et Alexis Martin campent les protagonistes du premier long métrage de Villeneuve, convié à Cannes en 1998 dans la section Un certain regard, un volet de la Sélection officielle qui met de l’avant des films peu conventionnels ou des cinéastes méconnus. On y suit une jeune femme qui, après s’être tirée indemne d’un grave accident, demande à un ami de longue date — qu’elle ignore épris d’elle — de lui faire un enfant.

Les pérégrinations romantico-existentielles du tandem le mèneront jusque dans le désert. Tournée dans le quartier Mile-End à Montréal et à Salt Lake City, l’œuvre à la date irréelle, qui lui confère un ton onirique, a fait partie l’an passé de la section Cannes Classics, consacrée à des films jugés importants ayant été restaurés, dans ce cas-ci par Éléphant : mémoire du cinéma québécois.

 

Polytechnique © Remstar Media Partners

Évelyne Brochu et Karine Vanasse dans Polytechnique © Remstar Media Partners

 

Polytechnique, 2009

Cette œuvre mémorable du cinéma d’ici consacrée à la tragédie de la Polytechnique, où quatorze étudiantes ont péri sous les balles d’un misogyne le 6 décembre 1989, est le premier long métrage du cinéaste depuis Maelström avec Marie-Josée Croze et Jean-Nicolas Verreault en 2000 — il avait entre-temps réalisé le court Next Floor, auréolé du Premier Prix de la Semaine de la critique à Cannes, en 2008.

Avec cette fiction en noir et blanc, produite par Karine Vanasse, qui y incarne également une survivante, Villeneuve scrute avec finesse et respect un événement extrêmement délicat aux yeux de la société québécoise, évitant tous les pièges dans lesquels il pouvait tomber. Mettant aussi en scène Maxim Gaudette dans le rôle de l’assassin, Évelyne Brochu dans celui d’une victime et Sébastien Huberdeau dans celui d’un étudiant impuissant face au drame se perpétrant sous ses yeux, Polytechnique s’est illustré à la Quinzaine des réalisateurs.

 

Incendies © Photo by micro-scope, gracieuseté de Sony Pictures Classics

« Un plus un, ça peux-tu faire un? » : une citation restée dans les annales du cinéma québécois, attribuée au personnage de Simon Marwan (Maxim Gaudette), ici auprès de sa jumelle Jeanne (Mélissa Désormeaux-Poulin), dans Incendies. © micro-scope, gracieuseté de Sony Pictures Classics

 

Incendies, 2010

Le chef-d’œuvre de Villeneuve qui a changé sa carrière à tout jamais. En 2010, cette adaptation éponyme de la pièce acclamée du dramaturge libano-québécois Wajdi Mouawad est nommée dans la prestigieuse catégorie de l’Oscar du meilleur film étranger (suivie en 2011 par Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau, puis par Rebelle de Kim Nguyen l’année suivante — une période de rayonnement mirobolante du cinéma québécois). Incendies triomphe partout sur le globe, raflant les prix dans les festivals internationaux.

Mélissa Désormeaux-Poulin et Maxim Gaudette (qui jouait Marc Lépine dans Polytechnique) prêtent leurs traits aux jumeaux Jeanne et Simon Marwan qui, au trépas de leur mère, se font remettre des lettres destinées à leur père, qu’ils croyaient mort, et à leur frère, dont ils apprennent l’existence. Ces étranges legs de Nawal, interprétée par Lubna Azabal, les entraînent au Moyen-Orient, où ils déterrent le passé de leur mère, à la vie tumultueuse insoupçonnée. Grâce à ce film d’envergure, ouvert sur le monde et bouleversant, le jeune cinéaste se fait ouvrir les portes d’Hollywood.

 

Bande-annonce d’Incendies

 

Sicario © Richard Foreman, Jr. SMPSP

En tête de marche la comédienne Emily Blunt dans Sicario © Richard Foreman, Jr. SMPSP

 

Sicario, 2015

Avec ce drame policier américain, Villeneuve réalise son rêve de voir l’un de ses films sélectionné dans l’insigne compétition officielle cannoise. C’est sans compter ses trois nominations aux Oscars. À la suite de ses films chaudement accueillis Prisoners et Enemy, sortis en 2013 et mettant tous deux en vedette Jake Gyllenhaal, Villeneuve poursuit sa lancée américaine avec ce puissant film noir, auquel ont succédé les remarquables Arrival, maintes fois primé, et Blade Runner 2049 — son rêve de petit gars. Emily Blunt, qui donne la réplique à Josh Brolin et à Benecio Del Toro, incarne dans Sicario une agente spéciale qui se joint à une équipe devant contrer un cartel de drogue meurtrier aux frontières entre les États-Unis et le Mexique.

 

Et vous, quel est votre film favori de Denis Villeneuve?

 

Caroline Bertrand (14 billets)

Musique, cinéma, littérature, télé, théâtre : elle carbure à la culture. Rien de mieux que le journalisme artistique pour faire rayonner les œuvres des artistes. Quand elle n’est pas en train de regarder film ou série ou d’écouter en boucle des albums, elle court ou se déchaîne au spinning.

Vos commentaires

  1. Très heureuse de lire cet hommage à Villeneuve, un de mes cinéastes préférés toute nation confondue. J’ai vu et revu toutes ses œuvres et suit sa carrière depuis ses débuts. Le film qui m’a le plus marqué est sans conteste Incendies, je ne me lasse jamais de le revoir une fois l’an comme un bon livre que l’on aime relire avec les années. Mais le film que j’ai le plus aimé étant Prisoners, un film sombre qui dénote la parfaite direction d’acteurs de Villeneuve et qui m’a accroché avec son intrigue et ses acteurs très bien campés dans des personnages hors normes. J’ai hâte de voir Dune!

    Commentaire de Josette Picard

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