L’effet Dominos jusqu’à Cannes

21 mars 2018

Dans la série web Dominos, la réalisatrice Zoé Pelchat illustre les multiples conséquences d’un traumatisme personnel. Deux frères sont affectés par un même drame, et doivent essayer de domestiquer le quotidien à nouveau, alors que celui-ci est devenu une bête paralysante.

La série a été remarquée plutôt rapidement: Dominos est en nomination dans la Compétition Canneséries Digital, et le gagnant sera annoncé le 11 avril. À suivre, donc.

Greg Beaudin, aka Snail Kid dans les Dead Obies, joue Toto, le grand frère d’Adib (Benjamin Roy). Toto essaie de se relever après un drame. Il reçoit le soutien moral plus ou moins habile de son ami Fred, interprété par un Émile Schneider particulièrement en forme, qui crève l’écran à chaque apparition.

Un personnage chéri par la réalisatrice

Dominos 3

«Dans Dragonball, y a le démon Picollo» explique Zoé Pelchat, en racontant le processus qui a mené à Fred. «Lui, c’est comme si Dieu s’était séparé en partie gentille et partie méchante. Et Picollo c’est la partie méchante. Le personnage de Fred c’est comme si t’avais pris une version vraiment fucké d’Émile. C’est comme une version Picollo.»

La référence cinématographique d’Émile Schneider s’éloigne du manga, mais adopte des termes similaires.

«Je ne peux pas cacher que y a une inspiration de certains personnages mythiques de film de racaille, dont La Haine de Mathieu Kassovitz» avoue-t-il.  «Je ne peux pas nier qu’y a des petites notes de Vince dans Fred. C’est un beau cadeau parce que ça faisait longtemps que je voulais aller dans ces eaux-là, de liberté de canailleries.»

Propositions et improvisations

Capture d’écran 2018-03-20 à 07.06.04

Zoé Pelchat carbure au feedback généré par ses acteurs, qu’elle a choisis en fonction de leurs vibes respectives, avant même d’écrire les personnages. Elle adore recevoir des propositions, et Émile Schneider a l’habitude de faire «du travail de table», comme il dit, pour mieux cerner des personnages.

«Les acteurs ont fait énormément de propositions pour leurs rôles» note la réalisatrice. «Parmi les scènes que j’aime le plus, beaucoup viennent de propositions des acteurs.» Comme celle d’une première rencontre dans un parc, improvisée par Schneider, par exemple.

«Au niveau des dialogues, elle nous a offert une liberté, mais ça demande une vision claire de son univers» raconte l’acteur. «On essaie de ne pas sentir que c’est de l’impro, on pourrait croire que c’est du dialogue maîtrisé, et cette zone-là m’intéresse.»

Un personnage éclaté et nuancé

Dominos 2

«Je voulais un personnage vraiment attachant et détestable. Et complètement égoïste» explique Zoé Pelchat.  «Il est juste dans la satisfaction immédiate et dans l’assouvissement de ses besoins en tout temps.» Émile Schneider renchérit: «On a tous un Fred dans son entourage, qui charme, qui a du chien, mais qui veut tirer la couverture. Si j’avais mal tourné, j’aurais pu aller dans ces eaux-là.»

Mais Schneider a bien tourné, incarnant avec brio un personnage excentrique, une lumière éclatante, aveuglante, chaleureuse, dans un univers aux textures si familières, au jeu particulièrement juste, et où la réalité se raconte à l’écran comme on parle à un ami.

 

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