Replongez en enfance avec l’illustratrice Élise Gravel

22 mars 2018

Son trait de crayon est simple, enfantin, ouvert au ridicule, à l’imperfection et à l’erreur. C’est ainsi qu’elle aime décrire son style. En entrevue, découvrez ce qui se cache derrière les personnages et petites créatures aux yeux globuleux de l’illustratrice Élise Gravel.

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Rappelez-vous d’un souvenir de jeunesse qui a pu avoir une influence sur votre choix de devenir illustratrice.

Dessiner avec mon père. Il aimait faire des collages, des projets artistiques avec moi, et comme il ne se prenait pas au sérieux comme artiste visuel, ça me permettait de relaxer avec mes propres dessins. On dessinait pour le fun, et non pas pour «être bons en dessin».

À quoi ressemblent votre atelier de création et votre table à dessin?

J’ai deux ateliers : un bureau avec un ordinateur et une tablette graphique, et un autre avec plein de peinture, de pinceaux, de pâte à modeler et de crayons. J’utilise ces deux tables surtout pour éviter de me retrouver avec de la gouache dans mon clavier! J’ai aussi un divan où je peux lire et relaxer, et une bibliothèque pleine de livres pour enfants que je trouve inspirants.

Quel est le contexte, l’ambiance, l’atmosphère ou la routine propices à votre création?

Je fais un peu de jogging et de méditation avant de commencer chaque journée de création. Pour le reste, je dois être dans un environnement calme, sans musique ou avec quelque chose de très doux : je suis très facilement déconcentrée! Habituellement, je prends un thé en travaillant, et parfois, je suis accompagnée de mon chat qui dort dans son panier. Mes meilleures idées m’arrivent souvent juste avant de m’endormir ou en prenant des marches.

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Charlie, l’une de tes fidèles lectrices de 8 ans se pose les deux questions suivantes: j’aime beaucoup les monstres que tu inventes. Pourquoi aimes-tu les monstres?

Parce que quand on dessine un monstre, on a le droit de faire ce qu’on veut! C’est relaxant. Personne ne va me dire «ton monstre est laid», puisque tous les monstres sont laids et beaux à la fois. Et puis, j’aime tout ce qui est différent, tout ce qui est bizarre ou unique. Les monstres sont tous différents, bizarres et uniques!

Charlie: Il m’arrive d’écrire de petites histoires comme toi. Parle-moi du tout premier livre que tu as créé.

Quand je suis sortie de l’école en graphisme, je n’avais pas de clients encore, j’étais inconnue et débutante. Alors j’ai rencontré des illustrateurs professionnels qui m’ont dit : «Développe ton style! Les clients aiment embaucher des illustrateurs qui ont des styles bien définis». Comme je n’avais pas encore de style, j’ai dû travailler là-dessus. Je me suis inventé des clients qui n’existaient pas et j’ai fait des affiches pour eux. Ça me permettait de me pratiquer à dessiner. Pour rendre le travail plus amusant, j’ai inventé des clients rigolos et des produits bizarres qui n’existent pas. Quand j’ai eu une vingtaine d’affiches, je les ai posées sur le plancher de ma chambre et en les regardant, je me suis dit: «Il me semble que ça ferait un drôle de livre pour enfants». J’ai donc fait des photocopies de mon livre et j’ai envoyé tout ça aux Éditions les 400 coups. Puis j’ai attendu, et attendu longtemps! Puis un jour, surprise! L’éditrice m’a dit qu’elle adorait mon projet d’affiches drôles et a décidé d’en faire un livre avec! Ce livre, c’est le Catalogue des Gaspilleurs.

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Entrer dans votre univers, c’est littéralement replonger dans l’enfance et son regard tendre et naïf sur le monde qui l’entoure. Avec leurs émotions brutes, les monstres inventés et leurs aventures rocambolesques. Est-ce qu’Élise Gravel est encore une petite fille?

Bien sûr! Mais je pense que tout le monde est encore un enfant à l’intérieur. Il y a des adultes qui ne laissent pas beaucoup de place à cet enfant-là, et d’autres qui lui en laissent plus. Moi, ma petite fille intérieure, c’est mon amie. Elle est drôle, elle me donne plein d’idées! Et des fois, elle a peur, elle est triste et elle me rappelle que je dois prendre soin de moi et me dorloter.

Vous noircissez et colorez les pages de vos cahiers de croquis de quasiment toutes les espèces du monde. Assiste-t-on à la révision en règle de l’encyclopédie du règne animal et végétal?

On assiste surtout à un désir de dessiner quelque chose de différent chaque jour, et de préférence, quelque chose avec de gros yeux globuleux. Quand je ne sais plus quel animal dessiner, je dessine des plantes et je leur ajoute des yeux. Quand j’aurai fait le tour des plantes, ce sera au tour des bottes de cowboy, des pizzas ou des cailloux de se retrouver avec des yeux. L’important est dans les yeux.

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Vous faites une belle place à la typographie dans vos illustrations. Elle ajoute beaucoup de force et de caractère aux dessins. Parlez-moi du plaisir à créer de la typographie à la main.

J’ai toujours aimé la typographie manuelle. Je trouve ça beau, et je trouve que de l’intégrer dans mes dessins aide mes messages à mieux passer. Les mots et les images ensemble, c’est ma recette préférée pour un message bien clair.

Vous offrez des affiches téléchargeables aux enseignants et aux parents pour favoriser la confiance en soi des jeunes filles et garçons. Parlez-moi de l’importance de ce projet pour vous.

J’ai envie que tout le monde soit heureux, que tout le monde se sente libre d’être soi-même, et s’accepter comme on est, ça s’apprend dès l’enfance. C’est plus difficile quand on grandit. Alors je fais ce que je peux pour aider les enfants à grandir en s’aimant avec leurs différences et en acceptant les autres avec leurs différences aussi. J’aimerais que mes filles grandissent dans un monde où les gens sont plus tolérants, plus ouverts, plus heureux.

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Parlez-moi d’une œuvre de vos pairs que vous affectionnez particulièrement ou qui vous a marquée.

J’ai beaucoup aimé les livres de Roald Dahl quand j’étais petite. J’aimais que les enfants dans ces livres soient aux prises avec de vrais méchants et qu’ils se débrouillent pour régler leurs problèmes quand même. Et en plus, les livres étaient drôles, légers, pas épeurants pour vrai.

Quels sont les artistes qui vous inspirent?

Roald Dahl, Pénélope Bagieu, Anouk Ricard, Kate Beaton, j’en ai des tonnes! En fait, j’admire tous les artistes qui peuvent faire aimer la lecture aux gens.

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Quelle importance accordez-vous à la rencontre avec vos lecteurs et lectrices lors des événements publics tels que les salons du livre?

J’adore ça! Ça fait du bien de rencontrer mes lecteurs en « vrai ». Ça m’encourage, ça me ressource, ça me donne envie de faire plus de livres. J’aimerais avoir beaucoup plus de temps pour rencontrer mes fans, mais c’est difficile parce qu’il faudrait que je fasse moins de livres. Tout un dilemme.

Quels sont les projets futurs qui sommeillent dans la tête d’Élise Gravel?

J’ai toujours «quarante-douze» projets en tête pour la suite. Il y en a qui se réalisent, et d’autres non, mais je ne suis jamais à court d’idées. Mon rêve le plus fou? Ralentir, relaxer, moins travailler!

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©Élise Gravel

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Patrick Dupuis (26 billets)

La nuit tombée, Patrick rêve qu’il habite une maison d’architecte signée Pierre Thibault quelque part entre Montréal, Tokyo et Frelighsburg. Il s’imagine partager un thé Darjeeling en discutant avec le réalisateur Wes Anderson, le designer Jony Ive, le photographe Anton Corbijn et l’ex-étoile du tennis Andre Agassi. D’ici à ce que le marchand de rêves lui livre toute la marchandise, il est designer graphique, motion designer et concepteur-réalisateur pour ICI ARTV.

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