Zoé Boivin: être peintre à l’ère 2.0

28 février 2018

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En un an seulement, Zoé Boivin a su s’imposer en tant que peintre sur la scène artistique montréalaise. Portrait d’une jeune femme qui a pris du temps à se chercher pour mieux se trouver, en tant qu’artiste et en tant que femme.

La dernière année a été tout sauf reposante pour Zoé Boivin. Depuis qu’elle a décidé de s’adonner à temps plein à sa passion, la peinture, elle n’a presque plus déposé son pinceau. Une situation dont est loin de se plaindre la jeune femme de 25 ans qui s’est d’abord dirigée vers le graphisme et les communications.

« J’ai commencé mon cégep en graphisme. Là-bas, j’ai appris les bases de la création d’images. On avait des cours de composition, de couleur… Puis, quand on est arrivé à la création sur ordinateur – qui est la majeure partie du travail, finalement – j’ai décroché. Je ne sentais pas que c’était où je devais aller », raconte Zoé.

« Je me suis alors tournée vers les communications parce que j’avais un intérêt envers l’humain. J’ai étudié dans ce domaine pour le reste de mon cégep et à l’université. Mais je sentais toujours qu’il me manquait quelque chose, relate-t-elle. À travers tout ça, je continuais à faire de l’art, mais seulement pour moi, comme passe-temps. »

Toucan + Poisson

Les toiles Toucan et Poisson

L’effet Dolan

Durant ses études, Zoé s’est mise à travailler comme doublure sur des plateaux de tournage en cinéma et en télévision. « Ça m’a permis d’observer les réalisateurs, la manière dont ils composaient leurs images… J’ai adoré sentir faire partie d’un monde imaginaire », se rappelle-t-elle.

C’est en voyant Xavier Dolan en action, lors du tournage de son dernier film The Death and Life of John F. Donovan, que Zoé nous dit avoir trouvé le courage de suivre sa voie. « Sa passion a vraiment résonné en moi. C’est peut-être le fait de le voir si jeune et si investi dans son travail, avance-t-elle. Quand je l’ai vu travailler, j’ai su que je devais moi aussi faire quelque chose avec mon art. »

Zoé s’est alors créé une page d’artiste sur Facebook et s’est mise à y partager ses dessins et ses peintures. « C’est comme si j’avais finalement vu le lien entre toutes mes expériences : ma formation initiale en création d’images et la communication qui m’aide dans la façon dont je partage mes œuvres, explique-t-elle. Je me suis mise à peindre plus sérieusement et je n’ai pas arrêté depuis! En devenant peintre, j’ai finalement eu l’impression de m’accomplir en tant qu’être humain. »

Meena + Dragon

Les toiles Meena et Dragon

L’instinct de créer

La formation en peinture de Zoé est résolument 2.0. « Je suis assez autodidacte dans ma démarche. Lorsque j’ai décidé de me lancer à temps plein, j’ai regardé beaucoup de livres, de vidéos, rapporte-t-elle. J’ai une approche qu’on qualifie de mixed media, ce qui signifie que j’utilise toutes les matières. Je mets de l’huile, de l’acrylique, de l’aquarelle, des crayons, des marqueurs, des pastels secs, des pastels gras… J’utilise des pinceaux, des spatules et… mes doigts! »

Zoé crée des œuvres abstraites. Comment se déroule son processus de création? « On a tous des émotions qu’on refoule parfois. Quand je peins, j’essaie d’enlever toute la résistance et de laisser libre cours à ce que je ressens. La peinture m’aide à m’arrêter dans mon quotidien et à me recentrer, soutient-elle. On dit que la peinture est le lien entre le subconscient de l’artiste et le monde physique et je reconnais parfois des personnages ou des choses que j’ai vécues dans mes toiles. »

MarocClichés du Maroc croqués par Zoé

Le nouveau marché de l’art

En octobre dernier, Zoé s’est associée à la boutique de décoration Vestibule. Une collaboration qu’on pourrait voir comme une forme de démocratisation de l’art. « Ça a rendu l’art accessible à des gens qui auraient peut-être eu tendance à aller chez IKEA pour habiller leurs murs, estime-t-elle. Je crois que ça leur a fait réaliser qu’une peinture, c’est plus que de la décoration, c’est une énergie, une émotion qu’on fait entrer chez soi ».

Zoé fait partie d’une nouvelle génération d’artistes qui se sont fait connaître via les réseaux sociaux. Une approche qui permet de rejoindre une communauté n’étant pas nécessairement sensibilisée à l’art, un jeune public qui deviendra les clients de demain. « J’ai reçu des commentaires de jeunes me disant qu’avant de voir mes œuvres, ils ne savaient pas qu’ils s’intéressaient à l’art et que depuis qu’ils me suivent, ils vont dans des vernissages… C’est vraiment touchant! », se réjouit-elle.

Lors de notre entretien, Zoé revenait tout juste d’un voyage d’un mois au Maroc lors duquel elle a fait le plein d’énergie et d’inspiration pour une série de toiles commandées pour la boutique de décoration bohème Baba Souk. Lorsqu’on songe aux couleurs vibrantes du Maghreb et à la poésie des peintures de Zoé, on imagine déjà la magie d’une telle collaboration et on a bien hâte d’en voir le fruit.

 

Retrouvez les œuvres de Zoé sur Facebook, Instagram et son site web.

 

Noémie C. Adrien (18 billets)

Journaliste de formation, Noémie a longtemps œuvré dans la presse art de vivre. Ses nombreux intérêts dans le domaine la rendent aussi à l’aise sur un tapis de yoga que dans un bar à vin. Voyageuse avisée, elle porte un amour particulier à l’Asie qu’elle a visité à plusieurs reprises. Sa devise: vivre comme un touriste chez soi et comme un local à l’étranger.

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