Alain Provost : Des prix qui valent de l’art

1 février 2018

En entrevue, découvrez le parcours fascinant et le talent hors du commun de l’artiste visuel Alain Provost. Il nous parle de ses projets, de ses inspirations et de ce qui est pour lui un catalyseur à la création.

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Parlez-nous de vos souvenirs de jeunesse qui ont eu un impact sur votre envie de devenir artiste visuel.

À la petite école, mes dessins se distinguaient à travers les concours. Et comme plusieurs jeunes de ma génération, ma première exposition fut à la Caisse Populaire. En parallèle avec cet engouement pour le dessin, le goût des sciences naturelles devenait omniprésent. À 18 ans, je créais le centre d’interprétation de la nature des Chutes Wilson de Saint-Jérôme avec une production colossale d’illustrations explicatives sur les animaux et les phénomènes naturels du site. Vers la fin de mes études en aménagement de la faune, Benoit Bouchard (qui deviendra ministre aux Communications) a été le premier à me parler du métier de designer graphique.

Mais la personne qui a vraiment orienté ma vie professionnelle est Guy Lapierre. Poète, peintre et acteur, il me laisse entrer dans un monde fascinant rempli d’imagination et de romantisme. Avec lui, j’ai fait la connaissance des grands paroliers qui chantent avec leurs tripes, du théâtre expérimental, de la peinture et de la justesse des dessins de Jean Cocteau. Il m’a parlé de rigueur et du sens à apporter à la création. Il m’a aussi expliqué la nécessité de développer notre esprit critique et de ne pas craindre de traduire en tableau notre sensibilité.

Fort de ses conseils, j’ai dessiné tous les jours pendant 3 mois. Je fis une exposition solo de dessins dans un style des jeux de lignes de Cocteau. Après deux ans sur le marché du travail en océanographie, je tente ma chance en Communications graphiques à l’Université Laval sans y avoir les prérequis et contre toute attente, je suis accepté.

asiatiqueAsiatique ©Alain Provost

Vous avez créé de nombreuses ouvertures télé qui se sont illustrées. Racontez-nous le défi créatif que représente ce type de projet.

J’ai été motion designer et concepteur-réalisateur de génériques d’ouverture télé pendant près de 22 ans. Ces années ont été les plus prolifiques et gratifiantes de ma carrière. C’était la grande époque des vidéoclips. Le premier que j’ai fait a été celui pour l’album Mitsou, El mundo, dans le cadre des Beaux Dimanches.

Mon approche cinématographique (plutôt que purement graphique) comportait trois objectifs: séduire le téléspectateur, le convaincre de laisser son derrière assis confortablement dans son fauteuil et le décourager de changer de poste. En tenant compte de la nature propre des émissions et afin de toucher la corde sensible du téléspectateur, je développais des scénarios sous la forme de tableau et d’histoires à la fois captivantes, touchantes et parfois provocantes. La facture visuelle était également un défi primordial: y fallait que ce soit beau!

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©Radio-Canada

Vous avez reçu de nombreux prix et distinctions. En quoi ces reconnaissances ont influencé votre carrière?

Tout au long de ma carrière, des personnes aux qualités exceptionnelles m’ont fait confiance en m’offrant de beaux projets. Cela m’a permis de me dépasser et d’apprivoiser les responsabilités inhérentes à ce métier. Effectivement mes créations ont mérité en outre cinq Prix Gémeaux, plusieurs reconnaissances internationales et près de cinquante prix prestigieux. En 2002 et 2003 à Los Angeles, on me décerne le prix «Quantel Artiste de l’année pour l’Amérique du Nord». Je remporte également le prix tant convoité, celui de tous les continents, remis de la main des présentateurs d’Entertainment Tonight devant quelques milliers de personnes. J’étais aux anges!

turin avec ligne©Radio-Canada

Pendant de nombreuses années, vous avez été au cœur de la création graphique de nombreux Jeux olympiques diffusés à Radio-Canada. Parlez-nous de ces projets d’envergure.

Afin de minimiser les coûts de production, le président de Radio-Canada décide qu’une seule équipe dirigerait la création graphique des Jeux olympiques. Le designer Michel Mercier et moi avons présenté notre concept et gagné le pitch en devançant l’équipe de création de CBC et une agence privée de Toronto. Nous venions de donner le coup d’envoi à nos aventures olympiques tout en faisant rayonner l’expertise des talents de chez nous. Nous avons donc eu la responsabilité de la direction artistique et de l’ensemble de la création visuelle de quatre Jeux olympiques (Salt Lake 2002, Athènes 2004, Turin 2006 et Pékin 2008).

Nous devions définir le concept, dessiner les storyboards, travailler conjointement avec différents départements, s’occuper des auditions avec les agences de casting, réaliser et diriger les tournages en studio et exécuter le motion design. Afin d’inciter le téléspectateur à suivre la couverture des jeux, nous misions sur des scénarios percutants, spectaculaires et riches en émotion. Nous voulions que les athlètes évoluent dans un décor imaginaire avec des mises en situation grandioses mettant l’emphase sur la démesure de l’exploit et dans un contexte de dépassement humain si fort qu’ils en deviennent les vrais dieux du stade.

pekin2 avec ligne©Radio-Canada

Depuis quelques années, vous avez débuté une carrière d’artiste peintre. Décrivez-nous votre style et votre démarche artistique.

Je suis un artiste visuel contemporain figuratif. L’étude du visage et de l’expression corporelle sont le centre de mes intérêts. J’aime la démesure des portraits de grands formats qui est une bonne façon de s’introduire dans la complexité de l’âme de mes personnages. Les textures et les fragments qui se détachent des corps déconstruisent mes sujets en les rendant uniques et les font vivre de différentes façons. Mon travail se veut une sublimation de l’expression humaine dans toute sa grandeur et a pour but de faire rejaillir la vulnérabilité et le vécu de l’être; autrement dit, le poids de notre existence.

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Alain Provost et l’oeuvre Éros

Quelles sont vos sources d’inspiration?

Plus jeune j’étais fasciné par la manière de s’approprier la perspective de Bosch, de Dali et d’Escher. Aujourd’hui je me découvre avec Klimt pour ses oeuvres mélancoliques, Neilly Françoise pour sa façon sculpturale d’appliquer la peinture, Gottfried Helnwein pour la translucidité de la peau de ses portraits, Lita Cabellut pour ses personnages qui nous donnent l’impression d’être en porcelaine et Stikki Peaches pour son engagement et l’anarchie de ses œuvres.

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Light Woman (gros plan) ©Alain Provost

 

Vous pratiquez encore aujourd’hui des activités sportives, dont le kitesurf et le vélo de montagne. Est-ce que de ces activités hautes en adrénaline ont un impact sur votre démarche artistique?

Je suis passionné de ces sports intenses parce j’aime conjuguer avec les éléments de la nature. Ils m’offrent un sentiment de liberté et me permettent de faire le plein d’énergie. C’est un catalyseur qui lubrifie l’esprit et me prédispose à la création. Pour maintenir la motivation et la discipline de ma vie professionnelle, ces activités sont essentielles. C’est comme une récompense après une bonne journée de travail. L’acte de créer est un peu comme se lancer dans le vide. Il y a cette même poussée d’adrénaline que je ressens lorsque je file à toute allure sur un vélo ou en kitesurf. Quand on est concentré, on contrôle nos moindres gestes et tout devient fluide. Pour la création, c’est l’inspiration qui nous guide et c’est vraiment exaltant. On accouche d’une création intime qui nous ressemble et c’est très addictif.

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Zebra ©Alain Provost

Considérez-vous la création visuelle pour la télévision comme de l’art?

Il fut un temps où le portrait d’une personne relevait du grand art. Aujourd’hui, un artiste construit un énorme chien en forme de ballons et cela devient une œuvre d’art inabordable. Je crois que la perception de l’art se métamorphose avec les époques. Et c’est bien ainsi. La télévision est un média de divertissement et d’information à large diffusion. Elle ne repose pas seulement sur des stratagèmes de marketing et elle n’est pas non plus dénuée de toute âme créative. Capter l’attention du téléspectateur, le séduire et le fidéliser sont des objectifs essentiels pour les créateurs visuels. Certains le font avec peu d’innovation et sans éclat artistique et selon moi, dans ce contexte, ce n’est pas de l’art. D’autres par contre font appel à une démarche intérieure hors du commun, créent des visuels exceptionnels, développent des scénarios riches en émotions et sont dotés d’une grande sensibilité.

new faceNew Face ©Alain Provost

En terminant, quels rêves et projets sommeillent dans la tête d’Alain Provost?

La Galerie Blanche qui me représente m’offre l’opportunité d’exposer ma prochaine production à la foire de Londres en Angleterre. Pour 2018, je veux voyager, m’immiscer davantage dans le milieu des arts, rencontrer des artistes et m’offrir une ambiance de création plus relax, plus saine et plus divertissante.

atelier1 cropAlain Provost et les oeuvres Asiatique et Miss Lunette

Pour en savoir plus sur Alain Provost
Galerie Blanche
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Patrick Dupuis (22 billets)

La nuit tombée, Patrick rêve qu’il habite une maison d’architecte signée Pierre Thibault quelque part entre Montréal, Tokyo et Frelighsburg. Il s’imagine partager un thé Darjeeling en discutant avec le réalisateur Wes Anderson, le designer Jony Ive, le photographe Anton Corbijn et l’ex-étoile du tennis Andre Agassi. D’ici à ce que le marchand de rêves lui livre toute la marchandise, il est designer graphique, motion designer et concepteur-réalisateur pour ICI ARTV.

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