Nos romans étrangers préférés de 2017

10 décembre 2017

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Les romans étrangers nous font voyager et prendre conscience de situations sociales loin de notre quotidien. D’autres fois, ils ne font que raconter une fichue de bonne histoire. Voici nos suggestions des meilleurs romans de 2017 qui proviennent d’ailleurs sur la planète.

Pour connaître les romans d’ici qui ont marqué l’année 2017, c’est par ici.

Cette chose étrange en moi_PamukCette chose étrange en moi – Orhan Pamuk/Traduit du turc par Valérie Gay-Aksoy  (Gallimard)

Qualifié de «grand roman de la Turquie contemporaine» par le magazine Les Inrocks, Cette chose étrange en moi est une ode à l’Istanbul chérie d’Orhan Pamuk. Il présente une fresque impressionnante des transformations urbaines et culturelles qui ont façonné sa ville natale par le truchement du personnage Mevlut Karatas. Ce dernier y est vendeur de boza, une boisson typique du pays. Marchand ambulant menant une vie modeste, il incarne l’un des milliers de visages anonymes de la mégapole stambouliote, mais n’est en aucun cas dénué de rêves. Ce 9e roman de Pamuk, prix Nobel de littérature en 2006, est une leçon de littérature qui élève l’ordinaire et la quotidienneté à quelque chose d’infiniment grand.

 

 

Nos richesses_AdimiNos richesses – Kaouther Adimi (Seuil)

Alger, 1935. Un jeune homme du nom d’Edmond Charlot a pour vocation de faire découvrir les auteurs de la Méditerranée. Il ouvre alors la librairie «Les Vraies richesses» qui sert à la fois de bibliothèque, de maison d’édition, de galerie d’art et qui devient le point de rencontre névralgique des intellectuels de la ville, dont Albert Camus. Avec ce troisième roman, Kaouther Adimi ravive le souvenir de Charlot qui a réellement existé et qui fut le premier éditeur de Camus. Elle tisse avec sobriété (et doigté) un récit qui revisite cette époque à l’orée de grands chamboulements historiques tout en établissant de subtiles correspondances avec le présent. On ne peut que s’attacher à cette petite librairie et aux «véritables richesses» qui s’y cachent.

L'Art de perdre_ZeniterL’art de perdre – Alice Zeniter (Flammarion)

Le roman d’Alice Zeniter s’est retrouvé sur presque toutes les listes des grands prix littéraires français, du Goncourt des collégiens au prix littéraire Le Monde. C’est que cette imposante saga familiale que nous propose l’écrivaine est un tour de force résolument ancré dans l’actualité. Le destin d’une famille entre la France et l’Algérie (ce pays était à l’honneur cette année chez les auteurs étrangers) de 1930 à aujourd’hui est dépeint avec empathie par Zeniter qui libère une parole trop longtemps réduite au silence.

 

 

Underground Railroad_WhiteheadUnderground Railroad – Colson Whitehead /Traduit de l’anglais par Serge Chauvin (Albin Michel)

The New York Times écrivait à propos de Underground Railroad que c’était une lecture essentielle pour comprendre les Américains d’hier et d’aujourd’hui. On ne peut que donner raison au vénérable quotidien. Le roman raconte l’épopée de Cora, une jeune esclave de 16 ans, qui tente de fuir sa condition sous le signe de la violence et de la misère. Pour recouvrer sa liberté, elle devra voyager vers les États du Nord et semer un chasseur d’esclaves qui la traque. Tout au long du récit, Colson Whitehead s’interroge sur les fondements du racisme et construit une métaphore implacable sur les conditions contemporaines des Afro-Américains.

 

Mercy, Mary, Patty_LafonMercy, Mary, Patty – Lola Lafon (Actes Sud)

Après avoir raconté la vie de la gymnaste Nadia Comăneci dans son roman La petite communiste qui ne souriait jamais, voilà que Lola Lafon s’intéresse à une autre figure fascinante du 20e siècle : Patricia Hearst. Petite-fille du magnat de la presse William Randolph Hearst, elle s’est fait enlever par un groupe de révolutionnaires en 1974 contre une rançon à son richissime aïeul. Toutefois Patricia «Patty» Hearst ne tardera pas à embrasser les idéaux de ses geôliers et de joindre les rangs de cette formation marxiste, au grand désarroi de la société américaine qui avance unanimement l’hypothèse d’un lavage de cerveau. D’une écriture incisive, Lafon entremêle politique, origines filiales et identités choisies, ou comment la séquestration peut mener à trouver sa propre liberté.

 

 

 

Souvenirs de la marée basse_ThomasSouvenirs de la marée basse – Chantal Thomas (Seuil)

Lorsque la grande écrivaine française Chantal Thomas sort un livre, il est bien rare que ce dernier soit fade. Souvenirs de la marée basse ne fait pas exception à la règle. Entre le roman et l’essai autobiographique, ce livre retrace les souvenirs d’enfance de l’auteure qui trace à la fois le portrait de sa mère Jackie, femme secrète qui lui a légué le goût de la mer et de la baignade. Énigmatique, voluptueuse et libre, l’insaisissable Jackie étouffe dans ses rôles de mère et d’épouse, et aligne cérémonieusement les longueurs sans jamais se lasser. Chantal Thomas parvient à traduire par l’écriture la mélancolie de sa mère. Un hommage très tendre, très beau. À l’image de la marée basse.

 

 

L'immeuble Christodora_MurphyImmeuble Christodora – Tim Murphy/Traduit de l’anglais par Jérôme Schmidt (Plon)

L’immeuble Christodora situé au cœur de Greenwich Village, à New York, est le théâtre d’une saga sociologique puissante mettant en scène des personnages colorés aux vies en courtepointes. Du couple d’artistes ayant adopté un enfant à ce toxicomane portoricain du nom de Hector en passant par Ava, une fonctionnaire du département sanitaire à la santé mentale fragile, tous ces personnages côtoieront le spectre du SIDA qui planait sur la ville tel un fléau. Si on peut lever le nez sur la traduction franchouillarde, il n’en demeure pas moins que Murphy parvient à dépeindre une fresque impressionnante et juste de l’époque. Avec sensibilité et sans aucune once de complaisance, il relate les affres de la maladie qui a décimé une communauté et traumatisé une génération.

 

 

Les furies_GroffLes furies – Lauren Groff/Traduit de l’anglais par Carine Chichereau (L’Olivier)

Dans ce troisième roman, l’écrivaine américaine Lauren Groff pose un regard noir, violent, sur la vie conjugale. Lancelot, dit Lotto, et Mathilde se sont rencontrés à l’université. Beaux, jeunes, brillants, ambitieux, il n’en fallait pas plus pour qu’une chimie érotique se dessine entre eux et qu’ils se marient peu de temps après. Dix ans passent et Lotto est alors un dramaturge reconnu et Mathilde, dans son ombre, le supporte au quotidien. Le livre, divisé en deux parties, expose tour à tour le point de vue des protagonistes par un effet Rashomon. L’histoire prend bien vite des allures de tragédie grecque. Car si le mariage peut signifier le dénouement d’un conte de fées, il peut également incarner le début d’une macabre épopée. Avec grandiloquence, Groff dépeint des personnages qui se voudraient héroïques et plus grands que nature, mais condamnés par un fatum implacable à la petitesse de la quotidienneté. Psst ! Il s’agit d’un des romans coup de cœur de Barack Obama

 

L'ordre du jour_VuillardL’ordre du jour – Éric Vuillard (Actes Sud)

Un livre qui remporte le prix Goncourt, c’est toujours un événement. Encore plus lorsque son propos résonne avec autant de fracas dans le contexte sociopolitique actuel. C’est le cas de L’ordre du jour d’Éric Vuillard. Court récit historique, il dépeint l’arrivée au pouvoir d’Hitler, les coulisses de l’Anschluss et la connivence indéfectible des grands industriels allemands de l’époque au régime nazi (dont Siemens ou Volkswagen toujours en activité d’ailleurs…). Avec une précision chirurgicale, Vuillard décrit les prémisses de la guerre dans les années 1930, alors que personne n’avait rien vu venir et qu’on sous-estimait les desseins du Führer. Certaines correspondances peuvent même être établies avec l’arrivée au pouvoir d’un certain président des États-Unis… Comme quoi il reste encore des choses à apprendre de la Seconde Guerre mondiale!

 

 

 

Le dimanche des mères_SwiftLe dimanche des mères – Graham Swift/Traduit de l’anglais par Marie-Odile Fortier-Masek (Gallimard)

Dans ce roman d’apprentissage percutant et empreint de sensualité, l’auteur britannique Graham Swift décrit une journée dans la vie de Jane, une jeune femme de chambre lors du dimanche de la fête des mères en 1924. Alors en congé, elle retrouve son amant de longue date dans sa demeure déserte, et ce, pour une dernière fois puisque ce dernier doit épouser sa promise, une riche héritière. Une fois son amant parti, Jane va profiter de la solitude des lieux pour parcourir cette maison, nue, et se rappeler chaque moment de cette journée charnière qui transformera le cours de son existence. Un roman où volupté et amour des mots s’entremêlent, où sensibilité et éclat jonchent cette histoire impeccable.

 

 

 

Pour découvrir ce qui s’est passé dans le domaine culturel au cours de la dernière année, consultez notre rétrospective culturelle chaque jour jusqu’au 26 décembre. 

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Et vous, quel roman étranger avez-vous dévoré cette année?

Rédigé par Ariane Thilbault-Vanasse

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Vos commentaires

  1. L’été infini, de Madame Nielsen! Magnifique.

    Commentaire de Pascale

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