ARTISTE À DÉCOUVRIR : Emmanuelle Walker, illustratrice

4 octobre 2017

Feuilleter le porte-folio de l’illustratrice Emmanuelle Walker, c’est plonger dans un univers aux couleurs éclatantes où le plaisir, la légèreté et les vacances nous font oublier les jours de pluie de Londres, la ville où elle crée ses oeuvres. En entrevue, l’artiste visuelle nous dévoile ses inspirations et la place que prend l’art dans sa vie. Vivement que l’été se poursuive jusqu’en février !

ToplessTopless ©Emmanuelle Walker

Racontez-nous un souvenir de jeunesse ayant eu un impact sur votre choix de carrière.

Lorsque j’étais petite, mes parents passaient beaucoup de temps attablés dans des restaurants et bistrots avec la famille et les amis, et ça pouvait durer des heures. On nous donnait à moi, ma soeur et ma cousine des crayons et des feuilles et cela nous tenait occupées tout l’après-midi. Je crois que l’envie de dessiner est restée chez moi comme un besoin, comme celui de manger ou de boire des verres avec les copains.

Dans vos propres mots, décrivez-moi votre style artistique.

Je dirais que mon style est : fin, détaillé, voire pinailleur, organisé et bien aligné, long et mince, parfois sexy, parfois animalier, toujours fruité ou feuillu, mais jamais vraiment violet.

Fruity patternFruity Patterns ©Emmanuelle Walker

Quels sont le contexte et l’atmosphère propices à votre création?

Pour la première phase d’un projet qui est surtout créative, je préfère être dans un environnement où il y a des gens qui discutent, qui passent, qui attendent le métro ou le bus. Me promener en ville, dans un parc ou au musée me met dans une sorte de transe imaginative. Lorsque l’idée est là et que je sais ou je m’en vais, il me faut ensuite un milieu calme : devant mon ordinateur avec le moins de personnes autour de moi et surtout avec mes gros écouteurs coupe-son qui m’enveloppent dans une bulle magique de productivité. Je complémente le tout d’un podcast de This American Life, du gros rap de Memphis, de la musique classique ou de la pop cheesy, et ce parfois même en boucle.

Vous êtes née en Suisse, puis avez grandi à Montréal et étudiée dans l’une des meilleures écoles d’animation en France. Pourquoi avoir décidé d’aller poursuivre votre création à Londres?

Quand je vivais à Paris, j’étais venue passer quelques week-ends à Londres, et chaque fois j’avais adoré les gens, l’espace, les grands parcs verts, le côté social et l’humour. Et comme le milieu de l’animation y est aussi très intéressant, j’ai tenté l’aventure. J’étais d’abord venue un mois pour voir si la vie londonienne me plaisait vraiment et rencontrer des gens du milieu. J’ai trouvé un boulot en cinq jours et c’est comme ça que tout a commencé !

LancômeLancôme ©Emmanuelle Walker

Quels artistes ou créateurs vous inspirent?

C’est toujours une question difficile, car je crois que je suis plus inspirée par les choses qui m’entourent, les gens que je rencontre, les moments et les balades plutôt que par d’autres créatifs. Mais si je devais en énumérer quelques-uns, alors je dirais dans le désordre : David Hockney, James Turrell, Yumiko Higuchi, Miranda July, George Hardie, l’art amérindien, India Mahdavi, Andy Goldsworth, Holbein, Hedi Slimane, Pentti Sammallahti, Calder, Pedro Almodovar, Gregg Araki, Bridget Riley, Joseph Albers et Verneer Panton. Et en beaucoup moins sérieux, les sites web Consume Consume et Brown Cardigan, et la chaîne YouTube How To Basic.

En regardant votre projet d’animation sur les enchères d’oeuvres d’art Christie’s, je me suis posé la question suivante : quelle est la place de l’art dans votre vie?

L’art prend une place plutôt importante dans ma vie effectivement, je passe le plus clair de mes temps libres dans les galeries et les musées. Londres étant l’endroit rêvé pour cela! Alors lorsqu’on m’a proposé de réaliser ces films pour Christie’s, j’étais aux anges !

Vous possédez un talent indéniable pour l’illustration de textures. Parlez-moi de cette partie de votre création.

J’ai toujours adoré les motifs. Je suis fascinée par la répétition en général; dans le milieu naturel, dans la construction, les hasards qui alignent les objets de la vie, les fractales, etc. Je suis de plus en plus émerveillée par les petites choses que la nature a si bien faites comme l’arrangement des plumes sur le corps d’un oiseau-mouche, la structure des feuilles d’une plante, les balcons alignés d’un bâtiment de style brutaliste, etc.

Est-ce que le même plaisir de créer une illustration que de la transformer en animation?

Non, ce n’est pas le même plaisir. Et cela ne prend pas le même temps non plus. L’une et l’autre font travailler deux parties de cerveau bien différentes. Je crois que je ne pourrais pas uniquement animer ou uniquement illustrer. Ce sont deux exercices extrêmement complémentaires et m’aident à balancer les plaisirs.

Parlez-moi d’une illustration de l’un de vos pairs que vous affectionnez.

Je dirais l’une des sérigraphies de la série Flous de mon amie, Mathilde Ollitraut-Bernard. Cela fait quatre ans que je rêve de m’offrir un de ses tirages. Visuellement, son style est à l’extrême opposé du mien et c’est pour cela que ça me plaît autant.

Parmi vos oeuvres, on retrouve des illustrations d’oiseaux, de chiens dans des voitures et d’animaux de la ferme. Y’a pas de doute, les animaux semblent vous donner beaucoup de plaisir à dessiner. Je me trompe ?

Il y a quelques années, c’était des filles longues et dénudées puis le tourbillon s’est transformé le jour de la sortie de mon livre Beautiful Birds où on ne m’appelait plus que pour des oiseaux, des oiseaux, et encore des oiseaux. Ensuite, le tourbillon s’est modifié encore et encore et désormais je suis à la barre de l’arche de Noé! J’essaie tant bien que mal de ne pas rester dans le même sillon du catalogue Walker. En espérant vous surprendre avec mon défilé Automne-Hiver 2019 !

Pour un projet personnel, vous vous êtes donné le défi de dessiner 365 femmes que vous croisiez sur dans les rues de Londres. Êtes-vous prête à tout moment à dégainer votre crayon et votre calepin comme l’arme de l’agent 007?

J’avoue que mon tourbillon essaie de me traîner vers d’autres projets en ce moment. Je suis donc coincée autour du dessin numéro 70 sur 365. Mais je continue à faire des petits croquis rapides pour me souvenir des tenues des filles que je croise tous les jours. Et effectivement, quand je n’ai pas de calepin, je fais une photo mentale avec mon micro appareil-photo mental 007 et le dessine dans un carnet au plus vite!

Quels sont les prochains projets qui sommeillent dans la tête d’Emmanuelle Walker?

Il y en a beaucoup trop. Il faudrait que je vive sur Pluton où les années durent 248 fois plus longtemps. Mais plus concrètement sur terre et pour l’instant, je travaille sur un petit film orange. Je ne peux en dire plus pour le moment, mais n’hésitez pas à suivre mon compte Instagram pour de petites images du processus. J’ai aussi quelques idées de nouveaux livres qui sont encore au stade embryonnaire. Peut-être une nouvelle direction visuelle également? Mystère.

Screen Shot 2017-10-04 at 6.48.52 AM©Emmanuelle Walker

Pour en savoir plus sur Emmanuelle Walker
Site officiel
Instagram

 

Patrick Dupuis (17 billets)

La nuit tombée, Patrick rêve qu’il habite une maison d’architecte signée Pierre Thibault quelque part entre Montréal, Tokyo et Frelighsburg. Il s’imagine partager un thé Darjeeling en discutant avec le réalisateur Wes Anderson, le designer Jony Ive, le photographe Anton Corbijn et l’ex-étoile du tennis Andre Agassi. D’ici à ce que le marchand de rêves lui livre toute la marchandise, il est designer graphique, motion designer et concepteur-réalisateur pour ICI ARTV.

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