De la plume à l’écran: 10 adaptations cinématographiques de fictions québécoises

12 septembre 2017

Qu’ont en commun Anne Hébert, Félix Leclerc, Sophie Bienvenu et Patrick Senécal? Ils ont tous vu leur oeuvre littéraire faire un saut au cinéma. Et ils ne sont pas les seuls! En cette rentrée culturelle, les exemples de romans qui font l’objet d’une adaptation cinématographique sont foisonnants. Même si le passage d’une oeuvre au grand écran peut rendre certains lecteurs sceptiques ou amers, il reste que c’est une occasion en or de donner une seconde vie à une histoire et à des personnages chéris. Nous vous proposons donc une liste d’adaptations cinématographiques de fictions québécoises (à venir ou qui ont déjà acquis leur lettre de noblesse), permettant de découvrir (ou de redécouvrir) des œuvres phares de notre littérature.

Et au pire on se mariera, Sophie Bienvenu (La Mèche, 2011)

Le roman adapté par Léa Pool fait grand bruit par les temps qui courent en prévision de sa sortie ce vendredi 15 septembre. Premier roman de Sophie Bienvenu, Et au pire on se mariera est narré par la jeune Aïcha 13 ans qui, laissée à elle même dans le quartier Centre-Sud de Montréal se confie sur ses amitiés avec les prostitués travestis, sur sa relation conflictuelle avec sa mère monoparentale, mais surtout sur sa passion dévorante pour Baz, un garçon beaucoup plus vieux qu’elle. Le livre est une immersion grandiose dans la tête d’une adolescente en quête de tendresse et qui vieillit beaucoup trop vite. Les premiers échos de l’adaptation cinématographique laissent présager un respect de l’atmosphère unique du roman. À confirmer dès ce vendredi au cinéma!

La petite fille qui aimait trop les allumettes, Gaétan Soucy (Boréal, 1998)

Chef-d’œuvre de la littérature québécoise paru il y a bientôt 20 ans, ce roman de Gaétan Soucy décédé en 2013 étonne encore aujourd’hui par la richesse du jeu de langage. Deux jeunes adolescents qui vivent reclus dans un riche domaine en marge d’un village se réveillent au matin et découvrent leur père pendu dans sa chambre. L’histoire narrée par l’un d’eux explore les lourds secrets de cette famille construite sur les fondements de la violence et qui semble dénuée de tout amour. La petite fille qui aimait trop les allumettes est aussi une fable sur l’éveil à la sexualité, sur l’endoctrinement religieux et surtout est un hommage à la langue. Le film adapté par Simon Lavoie (à qui l’on doit d’ailleurs l’adaptation du roman Le Torrent d’Anne Hébert) a été présenté le 11 septembre en première mondiale au TIFF et sortira sur les écrans le 3 novembre.

 

Pieds nus dans l’aube, Félix Leclerc (Fidès 1947)

L’adaptation cinématographique du roman de Félix Leclerc par son fils, Francis Leclerc, est un des événements culturels incontournables de cet automne. Il est difficile de décrire le livre d’une plus belle façon que le quatrième de couverture : « [Pieds nus dans l’aube] est une chronique des jours heureux. Un roman où souffle le vent du large, écrit avec le bonheur et la santé d’un peintre qui brosse en chantant la fresque de son enfance ». Il s’agit d’un épisode de l’enfance de Félix Leclerc se déroulant à La Tuque en 1927 que se remémore le poète dans ce premier roman.

Kamouraska, Anne Hébert (Seuil, 1970)

L’œuvre magistrale d’Anne Hébert vit aussi bien sur papier que sur grand écran. Elle a d’ailleurs été scénariste pour l’adaptation de son roman Les Fous de Bassan au cinéma par Yves Simoneau en 1987 et pour Kamouraska de Claude Jutra en 1973. Le livre évoque les souvenirs d’Élisabeth d’Aulnières qui repense à son mariage désastreux et violent avec Antoine Tassy, titulaire de la seigneurie de Kamouraska, et à sa rencontre avec le beau et ténébreux Dr Nelson. Cette liaison passionnelle qui mènera inévitablement au pire. Inspiré d’évènements qui se sont déroulés en 1839, Kamouraska est une plongée angoissante dans l’univers poétique onirique et cauchemardesque d’Anne Hébert.

Paul à Québec, Michel Rabagliatti (La Pastèque, 2009)

Attention, à vos mouchoirs! Même si la bonne bouille de Paul, personnage incontournable du paysage de la bande dessinée québécoise créé par Michel Rabagliati, est présente pour nous réconforter, Paul à Québec arrache tout de même les larmes tant le propos touche le lectorat en plein cœur. Paul nous fait découvrir sa belle-famille et nous présente Rolland, son beau-père qui est atteint d’un cancer de la prostate qu’il a voulu garder secret. Il s’agit d’un récit émouvant sur les liens familiaux forts et courageux quant à la maladie, mais surtout sur la beauté de la vie au quotidien en compagnie des gens qu’on aime. Le film a été adapté en 2015 par François Bouvier avec François Létourneau dans le rôle-titre. Très beau film, la boîte de mouchoirs est également requise.

Bashir Lazhar, Évelyne de la Chenelière (Leméac, 2010)

On se rappelle du long-métrage, Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau paru en 2011 qui s’était forgé une place dans la catégorie « meilleur film étranger » à la cérémonie des Oscars en 2012. Or, ce film est une adaptation de la pièce Bashir Lazhar de la dramaturge Évelyne de la Chenelière. Écrite en 2010, la pièce consiste en un long monologue d’un immigrant nouvellement arrivé au Québec qui remplace au pied levé une enseignante dans une école primaire qui vient de se suicider. Bashir Lazhar est d’ailleurs montée à nouveau cet automne au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui et présentée à partir du 19 septembre.

5150, rue des Ormes, Patrick Senécal (Guy St-Jean éditeur, 1994)

Patrick Senécal, le Stephen King québécois, a vu ses romans se faire transposer au cinéma trois fois. 5150, rue des Ormes est la seconde adaptation cinématographique de l’œuvre du maître de l’horreur après Sur le seuil (Éric Tessier, 2003) et avant Les Sept jours du talion (Éric Canuel, 2010). Après un accident de vélo étant survenu dans la rue des Ormes, rue d’apparence tranquille et sans histoire, Yannick Bérubé se fait séquestrer par un psychopathe régi par un sens de la justice douteux. Pour s’en sortir, le jeune homme devra affronter son geôlier aux échecs et remporter la partie.

Borderline, Marie-Sissi Labrèche (Boréal, 2000)

Le film Borderline réaliser en 2008 par Lyne Charlebois est l’adaptation de deux romans autobiographiques de Marie-Sissi Labrèche : La brèche (2008) et Borderline (2000). L’auteure y raconte son trouble de la personnalité limite (borderline) ainsi que les aléas entourant la cohabitation avec sa mère, également aux prises avec des problèmes de santé mentale. L’écriture crue de Marie-Sissi, mais également remplie de tendresse, porte cette histoire singulière. On ne peut que s’attacher à son héroïne qui joue sans cesse avec les extrêmes, sans se gêner de franchir toutes les limites inimaginables. Jusqu’à ce qu’elle trouve son point d’ancrage, son phare, qui va enfin la freiner dans ses excès.

Le sexe des étoiles, Monique Proulx (Québec-Amérique, 1987)

Ce roman avant-gardiste nous convie au sein du quotidien de trois personnages : une recherchiste en quête d’amour, un écrivain victime du syndrome de la page blanche et une fillette dégourdie passionnée d’astronomie. Ils ont en commun l’apparition dans leur vie de Marie-Pierre, une transsexuelle qui les fera s’interroger sur l’immanentisme des genres. Monique Proulx a également scénarisé son histoire pour la caméra de la réalisatrice Paule Baillargeon en 1993.

 

Le plongeur, Stéphane Larue (Le Quartanier, 2016)

C’était LE livre de 2016. Un premier roman de surcroît. Stéphane Larue a créé une petite commotion avec cette histoire haletante d’un narrateur qui devient plongeur dans le milieu effréné de la cuisine et qui fait face à des problèmes de dépendance aux jeux de hasard. Un récit initiatique qui fera l’objet d’une adaptation au cinéma par Francis Leclerc (encore lui!).

 

Et vous, quel roman/BD/pièce de théâtre aimeriez-vous voir adapté au cinéma ?