Les galeries d’art de Montréal: Yves Laroche

17 août 2017

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Photo : Alexis Paradis

Nichée entre le Mile-End et la Petite-Italie, la galerie d’art privée Yves Laroche participe activement au foisonnement artistique de Montréal. L’espace vaste, lumineux et moderne de cette véritable institution se consacre aux artistes à la fois contemporains et marginalisés.
Depuis longtemps passionné d’art et fin collectionneur, Yves Laroche, d’abord éditeur, diversifie sa pratique au profit de l’art visuel au tournant des années 1990. En effet, à force de côtoyer cet homme coloré, affable et érudit, les artistes souhaitent qu’il les représente, au moment même où il devient également une référence auprès des collectionneurs. M. Laroche érige alors les murs de sa galerie éponyme au cœur du Vieux-Montréal. Las du côté touristique du Vieux-Port, le galeriste choisit plus tard de quitter les berges et de s’installer plus au nord, dans la Petite-Patrie. Son dévolu se jette alors sur un local en triptyque où s’installent aussi deux autres collègues, créant ainsi ensemble le complexe Laroche-Lacerte-Poulin, trois galeries situées côte à côte et reliées par l’intérieur.

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Alexis Paradis-Lemieux et Marie-Eve Laroche de la Galerie Yves Laroche devant la série de Ron English.

Si une pièce commune à Laroche et Lacerte renferme des œuvres de grands maîtres canadiens tels que Riopelle et Leduc, la galerie Yves Laroche s’est dotée d’un mandat tout autre, soit celui de valoriser des artistes peut-être moins académisés mais toujours authentiques, qui ont de la personnalité et un grand talent. Alexis Paradis-Lemieux, directeur adjoint, élabore : « On explore plusieurs avenues et différents courants, car l’art marginal pourrait se décliner en diverses mouvances. » Le pop surréalisme, le lowbrow, l’art de rue ou encore la bande dessinée se partagent donc les murs immaculés de cette galerie du boulevard Saint-Laurent.

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Cervidea Tableau Dormant de Roa, 48″ x 96½ » x 2″, Aérosol et émail sur bois trouvé, 2015.

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Bronxizm de Cope2, 48″ x 60″, technique mixte sur toile, 2016.

Ici, les œuvres sont accrochées au gré des envies et des inspirations du directeur et de son adjoint. En ce moment, entre autres, la sculpture d’une fillette étrange nous accueille dès notre arrivée, nous dévisageant de ses yeux globuleux. Puis, une série de l’artiste-peintre Ron English, composée de six lapins tous dotés d’un troisième œil, attire vite notre attention. Et à gauche règne une rare et massive peinture sur bois du muraliste Roa, dont le travail peut aussi être admiré dans les rues de Montréal. Mais l’œuvre la plus précieuse aux yeux d’Yves Laroche est ironiquement confinée à l’extérieur des murs de la galerie, de par sa grande dimension. Le tableau War by Numbers de Shepard Fairey figure en effet à l’entrée de la tour de la Bourse de Montréal… et ça vaut le détour!

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Crittergirl de Dave Cooper, 35″ x 29″ x 30″, bronze, 2014.

Pour paraphraser son propriétaire, la galerie Yves Laroche se situe complètement à gauche de l’art contemporain à la mode. Si elle est le chef de file en art plus marginal et en street art à Montréal, elle tient à rayonner encore davantage à l’international. Voilà pourquoi M. Laroche arpente les foires d’art et les ventes aux enchères partout dans le monde. L’Art Toronto ainsi que l’Art Basel de Miami, entre autres, sont des passages obligés pour le Montréalais. En plus de travailler avec ses deux voisins galeristes, ce dernier a développé un partenariat avec une galerie de New York (ou plutôt de l’autre rive du fleuve Hudson) dotée d’un mandat semblable au sien. En effet, Jonathan LeVine Projects, un espace artistique situé à Jersey City, partage le même créneau et expose des artistes similaires. Toujours connectés, Laroche et LeVine travaillent donc de pair et s’échangent parfois des œuvres.

Evol_Prora_StandardProra d’EVOL, 28″x 37 ½ », Aérosol sur carton trouvé, 2015.
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Close Together de Paul Insect, 28½ » x 21″, Sérigraphie 10 couleur sur papier, 2011.

Pour Alexis Paradis-Lemieux, professionnel des arts visuels (et photographe!) au printemps de sa carrière, fréquenter un mentor tel qu’Yves Laroche est inespéré. Depuis longtemps, ce philanthrope encourage les jeunes artistes marginaux, non seulement en achetant leurs œuvres, mais en leur commandant des collections exclusives pour sa galerie et en finançant leurs ateliers de création. Le directeur adjoint se confie : « C’est une personne authentique et jeune de cœur. Il est avant tout collectionneur, puis ensuite marchand. Il aimerait déléguer certaines tâches à sa fille Marie-Eve et à moi, afin de tranquillement ralentir. Mais il travaille encore six jours par semaine, et il est toujours le premier arrivé et le dernier parti. Il ne prendra jamais vraiment sa retraite, je crois. L’art, sa galerie, c’est ce qui l’anime et le garde en vie. »

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Chien de François Bourdeau, sculpture en bois.

La galerie Yves Laroche est située au 6355, boulevard Saint-Laurent, entre les rues Bellechasse et Beaubien. Et si vous passez par la tour de la Bourse, au 800, rue du Square-Victoria, n’oubliez surtout pas d’aller jeter un coup d’œil à l’œuvre de Shepard Fairey!