Courir après le magique : un portrait du poète Baron Marc-André Lévesque

20 juillet 2017

Dans une marmite en fonte, lors d’une nuit sans lune, mélangez une pincée de la sagesse de Dumbledore, deux bonnes poignées du don de conteur de Fred Pellerin et toute la folie d’un explorateur en quête du plus magnifique des dragons et vous obtiendrez un poème de Baron Marc-André Lévesque. Magique, tout simplement. C’est ainsi qu’on peut définir sans peine l’univers ludique du poète que nous avons rencontré.

Visage lunaire, petites lunettes bien rondes, moustache finement dessinée et… chemise à motifs de licornes. Tel pourrait être l’accoutrement typique d’un baron en 2017 à Montréal. Du moins, c’est ainsi que se présente l’autoproclamé Baron Marc-André Lévesque. «Baron je trouvais que ça sonnait bien, explique-t-il. J’ai googlé pour voir combien ça coûtait un titre de noblesse sur Internet. C’est genre 5000$… Je ne l’ai pas acheté finalement, mais je me suis donné le titre sur Facebook, d’abord pour le fun, puis ensuite comme nom d’auteur quand j’ai commencé à écrire. Parce que Marc-André Lévesque c’est comme une Guylaine Tremblay ou un Guy Lafleur, il y en a 50 000.»

Crédit photo: Les Libraires

Et le baron est plutôt unique en son genre. Son premier recueil paru aux éditions de l’Écrou en 2015, Chasse aux licornes, est une expédition poétique au coeur du fantastique, où dragons, licornes, dieux de l’Olympe, peines et grandes amours se côtoient. On sent l’influence d’Harry Potter et les références de la culture populaire que partage une génération. Une manière pour le poète de déconstruire l’idée d’une poésie hermétique qui agit comme «une sorte de clôture» pour ceux qui y sont moins familiers. Et aussi parce que le baron voue une affection particulière aux dragons. Quand il en parle, il s’emballe : «Initialement, je voyais le dragon comme un cheat code, un genre de lézard vraiment vraiment cool. Hey, le dragon il vole, il crache du feu, il est immense et dangereux ! Le lézard il est tout petit et fragile. Et il y en a dans toutes les cultures des formes de dragons. Il y en a même dans les Pokemons. C’est magique, c’est enfantin c’est ludique. Ça tasse la poésie du sérieux parce que la poésie « sérieuse » je la comprends mal.»

Crédit photo: Thomas ChristophersonCrédit photo: Thomas Christopherson

Rares sont les poètes qui se sont penchés sur l’intimité des bêtes mythologiques. Comme l’a mentionné Marc-André lors de notre entretien, Victor Hugo ne s’est sans doute jamais demandé à quoi ressemblait le quotidien des dragons et Anne Hébert ne s’est peut-être jamais interrogée sur l’intimité des licornes. Pour écrire son recueil, on peut dire que le baron a fait ses devoirs.

Aborder la poésie par le fantastique, c’est aussi une façon de la désacraliser et d’établir un lien de connivence avec le lectorat : «Les dieux de l’Olympe, c’est du domaine du sacré officiellement, mais je les introduis comme des bonbons, en transformant leur nature initiale. Je ne suis pas le seul à le faire. Daphné B. par exemple, s’inscrit dans la même veine.» Si on emprunte un chapeau universitaire, on peut ajouter que le courant des cultural studies a contribué à légitimer et à redonner les lettres de noblesse à la culture populaire. En d’autres mots, poésie, théâtre, cinéma d’auteur et Pokemons, même combat ! Cela s’accompagne également d’une grande part d’amusement pour l’auteur. «C’est donc le fun de faire un poème intimiste en faisant des références à des affaires vraiment pop qui n’ont aucun rapport avec notre sujet à la base, renchérit celui qui est aussi guide de musée à ses heures. Ça permet au lecteur de comprendre quand même les dynamiques, parce qu’on a des codes, des références communes. Ça relie le quotidien, l’intime, l’individuel à l’universel.»

Crédit photo: Thomas ChristophersonCrédit photo: Thomas Christopherson

Originaire de Gatineau d’une mère franco-ontarienne et d’un père brayon du Madaouaska au Nouveau-Brunswick, Marc-André Lévesque a grandi parmi une fratrie de trois frères. Mais il était le moins tannant tient-il à spécifier. Petit, il était terrifié à l’idée de désobéir, de dépasser les limites. Paradoxal pour un poète qui se targue de «colorier hors des lignes» dans ses poèmes ? «Justement, aujourd’hui je trouve ça amusant parce qu’enfant j’en avais peur. Un moment donné je suis à vélo, j’ai 7 ans. Et je vais trop loin, je dépasse le dépanneur du coin, ce qui était interdit. Je rentre à la maison en pleurant parce que j’avais dépassé les limites et que j’allais sûrement avoir une punition.» Toutefois, il s’est permis de les dépasser sans vergogne quelques années plus tard en lisant son premier roman : L’île aux trésors de Robert Louis Stevenson, graal du roman d’aventures qui inspire Marc-André encore aujourd’hui. «L’aventure, ça fait partie de mon imaginaire, tout peut arriver.»

Et quelle aventure que de chasser des licornes ! «Dans le recueil, ça consiste en une activité dangereuse. C’est courir après le magique, c’est courir après l’incroyable, l’impossible. J’aime ça mêler qu’est-ce qui se peut avec qu’est-ce qui se peut pas. Parce que ça fait rêver et qu’il y a une véritable liberté reliée à ça.»

Crédit photo: Thomas ChristophersonCrédit photo: Thomas Christopherson

SOIRÉES POÉTIQUES ET AUTRES FACÉTIES

Celui qui se définit par ailleurs à 26 ans comme un late bloomer de la poésie, malgré des études de scénarisation et de littérature, n’en écrit que depuis sept ans environ. «Au secondaire la prof de secondaire 2 nous a fait écrire des poèmes qui riment. J’en ai écrit dans ce temps-là, mais c’est mauvais, comme tout le monde.»

Aujourd’hui, le poète est très impliqué su sein des soirées de poésie de Montréal et il observe une grande effervescence chez les jeunes auteurs : «Il y a un gros paquet d’affaires qui se passent en même temps et que j’ai de la misère à suivre. Beaucoup de jeunes aiment la poésie, en parlent, en écrivent et en lisent énormément. Je dois dire que depuis le dernier 3-4 ans il y a plus de nouveaux visages sur la scène poétique qui organisent des soirées.»

Car la spectature poétique passe aussi par la scène et le baron, en excellent conteur, y excelle. «Le slam, tu déclames pendant trois minutes ton texte, pas d’instruments, pas d’accessoires. Tu regardes toutes les choses possibles à faire en trois minutes et tu te construis un territoire, mais qui demeure tout de même restreint. C’est comme en poésie. On enfreint un territoire restreint. J’aime ça me promener et explorer et me demander ce qui va arriver. Ça rejoint l’idée de l’exploration, ça rejoint L’Île au trésor

Pour vous familiariser avec les soirées poétiques montréalaises,  le baron vous convie à celles-ci :

Vaincre la nuit est une soirée de lecture de textes (poésie, journaux intimes, courts récits, etc) qui, sous la forme d’un micro ouvert, se déroule un lundi par mois au Quai des brumes.

La petite nyctale emprunte le même principe que l’événement Vaincre la nuit, mais cette soirée se déroule quant à elle au Major Tom tous les premiers dimanches du mois.

Le bistro ouvert consiste en un laboratoire mensuel de lecture de textes, inédits ou empruntés. Aucune inscription requise, les costumes sont les bienvenus. L’événement a lieu le deuxième dimanche de chaque mois au Bistro de Paris.

 

 

Ariane Thibault-Vanasse (6 billets)

Amoureuse des livres depuis toujours, cinéphile aguerrie et (trop) grande téléphage, Ariane est définitivement tombée dans la marmite de la culture quand elle était petite. Entre un tête à tête en compagnie d’Annie Ernaux ou une balade à Central Park avec Woody Allen, elle choisirait… des cours d’arts martiaux donnés par Marc Arcand. Comme elle préférait regarder la télévision plutôt que jouer dehors (au grand dam de sa mère), c’est normal qu’elle se soit lancée dans l’écriture d’un mémoire sur Série noire au lieu de joindre une équipe de soccer. Elle est présentement recherchiste à l’émission Plus on est de fous, plus on lit! à la Première chaîne de Radio-Canada.

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