Les galeries d’art de Montréal: La Centrale

19 juillet 2017

IMG_5562

Ayant pignon sur rue boulevard Saint-Laurent, la galerie d’art féministe La Centrale s’intègre aux pionnières de Montréal, née il y a plus de 40 ans, en 1974. D’abord café-boutique devenu lieu d’exposition, La Centrale a eu plusieurs adresses : Greene, Saint-Dominique, Sherbrooke, Sainte-Catherine, pour finalement aboutir sur la Main, en 2004. Différentes coordonnées, même mandat : offrir un lieu de rencontre, d’échange, d’exposition et de diffusion pour les artistes féministes.

Si ce centre d’artistes autogéré et non hiérarchique n’était consacré qu’aux femmes par le passé, il a suivi les vagues, sachant s’adapter aux différents contextes sociopolitiques, élément essentiel de sa structure. Virginie Jourdain, coordonnatrice des expositions, précise : « Ça nous paraissait caduc de laisser la galerie fermée à une partie de notre communauté, qui n’est pas nécessairement composée de personnes qui s’identifient comme femmes. Il fallait réévaluer notre mandat et le réaxer. L’exclusivité féminine était un outil pertinent pour les années 70, mais plus maintenant parce qu’il génère des formes d’exclusion qui sont absolument contraires à nos valeurs. On a donc fait ce mouvement pour une inclusivité totale. Homme, femme, cisgenre ou trans, toute personne féministe est bienvenue à s’impliquer et à présenter son travail à La Centrale. »

IMG_5583

Ce désir d’inclusion va encore plus loin depuis quelques années, avec la création d’un comité qui se penche sur la réalité et les besoins des personnes racisées, marginalisées ou encore à mobilité réduite. Témoins des conséquences de l’austérité imposée par le gouvernement actuel, La Centrale et ses 70 membres en sont venus à la conclusion qu’ils souhaitaient en faire davantage pour les personnes au statut parfois plus précaire. La coordonnatrice à la programmation, Véronique Boilard, explique : « Les membres voulaient qu’on les écoute et qu’on prenne conscience de nos privilèges. On a mis sur pied un comité de travail qui aborde les questions d’inclusivité. On trouve des moyens pour questionner le racisme systémique, dans notre propre organisme ou dans le monde des arts en général, et on organise des événements liés à ces questionnements. Entre autres, le film Récits migratoires de Sophie Bissonnette a été projeté, et Amandine Gay a fait une présentation de la traduction du Black Feminism en contexte francophone. »

La Centrale est donc un modèle à suivre pour plusieurs galeries, ici et ailleurs dans le monde. Fréquemment consulté au sujet de son expérience dans le milieu artistique ou encore sur son mode de gestion non hiérarchique, ce centre d’artistes du Plateau se fait un point d’honneur d’à la fois rendre hommage au travail des femmes qui l’ont créé et de toujours s’actualiser dans un contexte social en évolution constante.
IMG_5569

Côté expo, le mois de juillet, comme à son habitude, est consacré à un artiste qui combine à sa guise une résidence et/ou une exposition, flirtant ainsi avec la performance. Cette expérimentation, ce développement de prises de position et cette évolution de la pratique créent et permettent une interaction des plus intéressantes avec le public. Cette année, KESSO et son projet Mémoires à décharger ont investi les murs de La Centrale. Avec des morceaux de tissus récupérés, tous porteurs d’une charge émotionnelle plus ou moins grande, elle déchire, assemble et amoncelle, produisant ainsi plusieurs tableaux auxquels elle amalgame le dessin. Au milieu de ce patchwork, KESSO s’observe interagir avec ses propres souvenirs et traumatismes.
Léviathan tombe en amour, d’Élise Provencher, sera exposé dans la vitrine de La Centrale au mois d’août. La finissante à la maîtrise allie photographie et sculpture grand format. Pour la rentrée, place à l’artiste Jen Fisher et à ses vidéos! S’inspirant d’une expérience scientifique menée par la NASA, elle propose une œuvre qui oscille entre réalité et fiction. Et en octobre, hommage à la BD et aux fanzines, éléments fondamentaux de la culture féministe et queer, à travers le travail de six bédéistes d’ici et d’ailleurs.

Alors, Virginie Jourdain lance l’invitation : «Tout le monde est invité et bienvenu à venir s’impliquer et voir les expos. Et c’est gratuit!» «C’est une belle communauté, ajoute Véronique Boilard, il y a beaucoup d’entraide et de solidarité, ici.»

La Centrale se trouve au 4296, boulevard Saint-Laurent, à l’angle de la rue Marie-Anne.

Crédits photos: Alex Beausoleil