Nos plumes comme des armes: combattre l’intolérance par les mots

19 juin 2017

 

Valery Lemay

Valery Lemay

 

Le 29 janvier 2017, l’impensable est arrivé alors qu’un homme de Québec a ouvert le feu dans une mosquée du quartier Sainte-Foy. Pour Elisabeth Massicolli, une jeune féministe préoccupée par notre climat social marqué par la haine, c’en était trop.

EMassicolli«Depuis l’élection de Trump, mon côté revendicateur est encore plus fort. On pourrait dire que les attentats de Québec ont été la goutte qui a fait déborder le vase. J’étais complètement flabbergastée, j’étais choquée, j’avais peur. Je me suis dit que je ne pouvais plus rester passive, qu’il fallait que je fasse quelque chose pour aider un tant soit peu.» Journaliste dans un grand magazine féminin, Elisabeth a tout de suite su qu’elle mènerait son combat par les mots.

L’idée de créer un recueil de poésie collectif lui est venue tout aussi naturellement. «D’abord, c’est plus accessible qu’un texte d’opinion ou une chronique. Et ce n’est pas tout le monde qui a le goût ou les capacités d’écrire ce genre de long texte. La poésie, c’est comme un cri du cœur, ça part des tripes et c’est la couleur que je voulais donner au projet.»

Étonnamment, Elisabeth s’est retirée d’emblée de la ligne de front de son recueil, préférant offrir une tribune à celles qu’on n’entend que trop rarement. «Les féministes qu’on voit généralement dans l’espace public sont des femmes comme moi, des femmes blanches, un peu cute, qu’on met devant la caméra parce qu’elles font bonne figure. Ce ne sont pourtant pas elles qui vivent les choses les plus difficiles…»

Au moment de choisir ses collaboratrices, Elisabeth s’est donc donné un objectif intransigeant: «je me suis dit que s’il n’y avait pas au moins 60% de femmes racisées dans le recueil, je ne le publierais tout simplement pas». Afin de relever cet ambitieux défi, elle a dû  sortir de son propre réseau, après avoir constaté son homogénéité, et approcher divers groupes de femmes et organisations culturelles.

L’enthousiasme suscité a dépassé ses attentes. «En deux semaines, j’ai reçu une centaine de textes et une quarantaine d’images de la part de femmes de tous les milieux, toutes les origines et toutes les orientations sexuelles. Malgré ces différences, les témoignages avaient tous quelque chose en commun: la colère». Une colère légitime, estime Elisabeth, qui est devenue le fil conducteur du recueil.

Bien qu’elle en ait été l’instigatrice, Elisabeth se tient à une distance respectueuse du recueil et insiste pour laisser la parole aux intervenantes du projet. «Être féministe, c’est être à l’écoute et être conscient de ses privilèges. Ce n’est pas à moi de dénoncer le racisme et la xénophobie, je ne pouvais faire un projet féministe sans faire valoir ces autres voix». Ses ambitions semblent avoir porté fruit, le produit final est réussi et le propos, à point.

Le recueil Nos plumes comme des armes / Our words as weapons (à l’instar de Montréal, il est bilingue) porte les mots et les images de plus de 55 femmes de tous les horizons. Il peut être commandé en ligne sur nosplumescommedesarmes.com au prix de 20$. 100% des profits de sa vente seront remis à  trois organisations québécoises qui combattent l’intolérance: Action Réfugiés Montréal, Le Centre multiethnique de Québec et HELEM Montréal, qui lutte contre l’homophobie au sein de la communauté arabophone de Montréal.

Noémie C. Adrien (11 billets)

Journaliste de formation, Noémie a longtemps œuvré dans la presse art de vivre. Ses nombreux intérêts dans le domaine la rendent aussi à l’aise sur un tapis de yoga que dans un bar à vin. Voyageuse avisée, elle porte un amour particulier à l’Asie qu’elle a visité à plusieurs reprises. Sa devise: vivre comme un touriste chez soi et comme un local à l’étranger.

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