Festival MURAL: colorer Montréal une façade à la fois

9 juin 2017

En cinq ans seulement, le festival MURAL s’est hissé au rang des incontournables montréalais, au même titre que les attractions estivales les plus connues. André Bathalon, l’un des fondateurs du festival, nous raconte comment ses partenaires (Yan Cordeau, Alexis Froissart et Nicolas Munn Rico) et lui ont réussi à faire de Montréal une référence mondiale en matière d’art public.

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«MURAL s’inspire d’autres manifestations du genre à travers la planète, notamment le quartier de Wynwood, à Miami, qu’on a visité pour la première fois en 2009.» En invitant des artistes muralistes à peindre ses murs, ce quartier à l’origine malfamé et anonyme est rapidement devenu une plate-forme créative courue et connue mondialement.

À l’époque, les quatre hommes coproduisaient des murales à l’étranger: «On allait dans des villes pour prêter main-forte à des muralistes ou on invitait des artistes montréalais à aller peindre ailleurs.» Après quelques voyages du genre, ils se sont mis à envisager la possibilité d’importer le concept chez eux en créant un événement à la fois destiné aux artistes locaux et internationaux. «Une célébration de la créativité qui serait non seulement agréable temporellement, mais qui viendrait créer un lègue artistique dans le décor montréalais.»

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Murale réalisée par Grems (2016, France) située près du 3451 Boul. St-Laurent (©Isabel Soto)

Montréal, avec ses nombreux quartiers aux façades vierges, est un canevas au potentiel incroyable. Pourquoi avoir choisi de s’établir aux abords de la Main? «On a eu une oreille extrêmement attentive de la part du directeur général de la Société de développement du boulevard Saint-Laurent, Glenn Castanheira. Anciennement propriétaire du Coco Rico, il avait, à l’époque, demandé à l’artiste Fluke du collectif A’shop de peindre une murale sur le côté de la rôtisserie.» M. Castanheira a tout de suite vu l’impact de l’intégration d’une œuvre d’art sur un commerce. «Ça attire les gens, ça crée un sentiment d’appartenance… Ça représente aussi un bon point de repère géographique.»

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Murale réalisée par Felipe Pantone (2016, Espagne) située près du 3527 Boul St-Laurent  (©Halopigg)

Alors que l’art urbain est aujourd’hui reconnu dans la communauté artistique et l’opinion publique, André et ses partenaires ont dû effectuer un important travail d’éducation dans la première année du projet. «Les gens étaient plutôt perplexes, ils ne voyaient pas la différence entre graffiti, art urbain et muralisme. C’était difficile de leur faire comprendre la vision qu’on avait en tête et de les convaincre.»

MASER ©Rachel Machalani

Murale réalisée par MASER située à la station de métro Saint-Laurent (©Rachel Machalani)

Après le succès de la première édition de MURAL, la réponse est toutefois devenue plus positive. Un changement de perception qu’on doit aussi à l’essor des réseaux sociaux, estime André. «Ils ont grandement contribué à démocratiser l’art de rue en faisant connaître des artistes qui créaient jadis dans l’anonymat. Une œuvre qui se trouve dans une ruelle peu passante peut désormais être vue par des millions de personnes dans le monde entier grâce à une seule publication en ligne. Ça a vraiment changé les règles du jeu.»

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Murale réalisée par Five Eight (2016, Canada) située au 17 rue Saint Cuthbert (©Halopigg)

André a peine à réaliser tout le chemin parcouru depuis 2013. «La courbe d’apprentissage a été phénoménale. On est passé de 5 à 60 employés. On n’avait jamais fait de festival avant, on était simplement passionné et on a appris sur le tas. Je crois que c’est ce qui rend ce qu’on fait si authentique. Les budgets ont augmenté, la notoriété et les attentes aussi! Aujourd’hui, des gens viennent d’aussi loin que Hong Kong et l’Australie pour assister à MURAL. Notre objectif était de faire connaître le terreau de création hyper fertile de Montréal, c’est donc mission accomplie.»

Ne soyez pas surpris de voir apparaître des chapitres de MURAL ailleurs au Canada et dans le monde dans les prochaines années, les membres de l’équipe s’affairent actuellement à faire rayonner le concept plus largement. «On espère que dans 5 ans, MURAL Montréal sera connu comme étant le premier d’une longue série de chapitres créatifs! » Un défi certainement à la hauteur de leur talent.

 

FESTIVAL MURAL

8 au 18 juin 2017

muralfestival.com

Noémie C. Adrien (5 billets)

Journaliste de formation, Noémie a longtemps œuvré dans la presse art de vivre. Ses nombreux intérêts dans le domaine la rendent aussi à l’aise sur un tapis de yoga que dans un bar à vin. Voyageuse avisée, elle porte un amour particulier à l’Asie du Sud-Est qu’elle a visité à plusieurs reprises. Sa devise : vivre comme un touriste chez soi et comme un local à l’étranger. Elle est responsable de la production du contenu web d’ICI ARTV et ICI EXPLORA.

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