En avant la musicienne!

6 février 2017

Sans mettre de bémol et sans jouer de pipeau, trois musiciennes américaines marquantes ont choisi de souligner leur parcours et de partager leurs expériences à travers un mémoire, y traduisant leur ressenti et y reflétant leurs opinions. Ces musiciennes accomplies ont su tracer la voie pour d’autres rêvant comme elles de musique et de scène.

Voici trois suggestions de lecture prenant toutes la forme d’autobiographies, qui, en prime, nous en apprennent davantage sur des époques bien distinctes de la culture américaine.

Just Kids, Patti Smith : une vie (modeste) à faire rêver

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Patti Smith y relate sa vie en général et son amitié profonde avec le photographe Robert Mapplethorpe en particulier. Véritable pièce d’anthologie, l’oeuvre permet de découvrir de l’intérieur un pan de l’époque de la beat generation et la frénésie entourant le Chelsea Hotel, où les inséparables amis ont vécu, y fréquentant Andy Warhol et sa fameuse Factory, ou encore une certaine Janis Joplin. La ville de New York, berceau d’une culture artistique des plus riches, devient un personnage en soi dans le récit.

D’abord amoureux puis amis, le duo tire le diable par la queue, vivant de petits boulots, habitant un appartement des plus modestes, témoin de crimes juste au pied de l’escalier. Mais ils ont l’un et l’autre, et surtout toute leur liberté. Entre ces murs décorés par les collages osés de Robert, Patti découvre lentement son attirance pour la scène, son goût pour la musique.

Il s’agit d’une lecture un brin voyeuse qui fait surtout rêver, rêver de cette époque bouillonnante où tout semblait possible, sous la plume juste assez poétique de Patti Smith, artiste engagée toujours active.

 

 

« Pour mon vingt et unième anniversaire, Robert m’a offert un tambourin : sur la peau de chèvre, il avait tatoué des signes astrologiques (…). (…), il avait noté quelques vers nous dépeignant comme la gitane et le fou, l’un qui créait le silence, l’autre qui écoutait de près le silence. Dans le tourbillon strident de nos vies, ces rôles devaient s’inverser à maintes reprises. »

Girl in a Band, Kim Gordon : la réalité, de but en blanc

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Membre fondatrice du groupe Sonic Youth, Kim Gordon dépeint les années 1970 et 1980, de son passage à l’âge adulte aux mouvements alternatifs qui prennent de l’ampleur, en passant par les aléas de la vie avec un frère aux prises avec un trouble de santé mentale et les hauts et les bas de la maternité. Avant de fouler les plus grandes scènes du monde avec son populaire quatuor, Gordon raconte, avec franchise, réalisme et humilité, le chemin parcouru et les détours empruntés.

Très vite consciente de son corps et de son apparence sur une scène, elle sait ce qu’elle dégage et ce qu’elle inspire aux spectateurs et aux gens du milieu. Sautant d’une époque à l’autre, avec des retours en arrière et des projections dans le futur, Gordon dévoile des détails de ses vies personnelle et professionnelle, qu’elle ponctue d’anecdotes et d’impressions sur le féminisme des dernières années.

Ce récit d’une femme à la fois forte et humble crée une autobiographie qui flirte avec l’essai, méritant toute l’attention de ceux et celles qui souhaitent saisir les bouleversements, petits et grands, de cette époque charnière de la musique américaine.

 

« Je voulais m’approcher le plus possible de ce que [les hommes] ressentaient lorsqu’ils se retrouvaient ensemble sur scène – tâcher de mettre des mots sur cette chose invisible. (…), c’est pour ça que j’ai intégré un groupe : pour entrer dans cette dynamique masculine, ne plus être à l’extérieur à les observer par une vitre fermée, mais me trouver à l’intérieur, avec eux. »

 

Hunger Makes Me a Modern Girl, Carrie Brownstein : le punk ou la perte des illusions

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Carrie Browstein, musicienne, actrice et chroniqueuse, évolue au cours des années 1990 et 2000. Femme de son temps, elle traverse l’adolescence influencée par celles qui l’ont précédée et reconnaissante des portes ouvertes à grands coups de pieds. Elle s’attarde bien entendu sur son groupe punk Sleater-Kinney, mais elle partage aussi tout un pan de sa plus jeune vie. Plusieurs pages du livre se consacrent à sa relation trouble avec sa mère et à son besoin d’attention, qui se transforme rapidement en un désir de plaire.

Ici, la côte Ouest est à l’honneur, et le sentiment d’appartenance aux États de Washington ou encore de l’Oregon transparaît dans le récit. Et comme l’indique le titre, la conscience du corps est aussi un fil conducteur chez Brownstein. Actrice du mouvement féministe Riot Grrrl, elle a déjà été élevée au rôle d’icône de sa génération, dénonçant le racisme ou la violence faite aux femmes, et remettant en question les genres et les sexes, entre autres.

Plongeant davantage dans la tête de l’artiste, qui se livre elle-même plus qu’elle ne raconte les autres, ce dernier mémoire montre une femme qui met humblement son ego de côté à travers un ouvrage éloquent.

« In the early years of Sleater-Kinney, (…) [a musician] came up to me, complimented my guitar playing, and told me she loved the band. I was relieved that the music had done exactly what I had always wanted it to do, which was turn me into someone else. »

Entre la jeunesse et la sagesse, Anna et Jane McGarrigle : le Québec des années 60

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Une suggestion de lecture en boni avec l’autobiographie (familiale cette fois) des sœurs McGarrigle écrite en l’honneur de la regrettée Kate. Les tantes de Rufus et Martha Wainwright ont voulu relater leur enfance dans les Laurentides ainsi que l’effervescence des années 1960 au Québec. Une visite privilégiée dans l’intimité de cette famille de musiciens, dont la réputation n’est plus à faire.

 

 

 

 

 

 

 

 

Et vous, avez-vous déjà lu de bonnes autobiographies musicales?