Du design et des enfantillages

3 février 2017

Je suis designer graphique et papa d’une petite fille. Lors d’une visite dans un marché de Noël montréalais, mon coup de coeur fut la rencontre de jolis petits objets de bois minimalistes qui m’ont ramené directement en enfance. Voici la petite histoire de la compagnie des Enfantillages, un projet de parents designers qui fabriquent du bonheur pour les petits et les grands enfants.

couple

Comment a débuté ce projet de conception de jouets ?

C’est arrivé un peu par hasard. C’est un projet qui est né d’une envie de création, d’exploration et de fabrication d’objets et qui a naturellement pris l’allure de jouets pour enfants. Nous sommes Christian Laforge et Geneviève Lugaz, un couple de designers graphiques qui apprivoisent depuis 7 ans notre quotidien de parents avec ses matins trop tôt, ses jouets éparpillés et sa trame sonore de fous rires. Cette nouvelle réalité, jointe à l’envie de bricoler et de travailler davantage avec de la matière, nous a inspirés et poussés à créer et lancer en juin 2014, notre première collection d’objets pour enfants : des Enfantillages.

Comment créez-vous et fabriquez-vous ces petits chefs-d’oeuvre ?

On crée de façon très naturelle et intuitive. Parfois, l’inspiration vient de notre quotidien. D’autres fois, il faut la chercher davantage. Ensuite, la conception du jouet est intimement liée aux défis de fabrication qui lui est rattachée, puis autour des nombreuses restrictions et législations entourant la sécurité des jouets. Pour le reste, nos journées sont remplies de brins de scies et de sablage, de couture et de tricot, de peinture et d’assemblage, de jeu, de couleur et de bonheur !

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Mon objet préféré de votre boutique est vos petits bâtons de hockey vêtus d’un bas de laine. D’où est née cette belle idée ?

Geneviève : Ma mère s’était procuré une vieille machine à tricoter, et on passait nos fins de semaine à l’apprivoiser en testant mille et un projets de tricot. Au même moment, mon fils découvrait le mini-hockey et y jouait souvent dans le passage à la maison. L’idée est née d’elle-même, un dimanche après-midi, où je tenais des tests de tricots à la main et que Christian faisait des passes à notre fiston.

Le bois est l’un de vos matériaux de prédilection. Parlez-moi de votre amour du bois et des défis que représente la conception avec ce matériau.

On a choisi le bois pour sa durabilité et son esthétisme, par défi et par curiosité. Et aussi un peu par nostalgie. Nous avions encore sous la main de vieux jouets de nos grands-parents. Dans un monde où tout tourne en accéléré et où l’éphémère est valorisé, c’était inspirant de s’imaginer créer des jouets qui pourraient durer et faire le bonheur de plus d’un enfant ou de plus d’une famille. Et le bois y est tout indiqué.

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Y a-t-il autour de vous de jeunes testeurs enthousiastes qui évaluent vos objets avec des WOUACH et des WOW ?

Nos enfants sont évidemment nos premiers testeurs. On collabore aussi à l’occasion avec des amis et des garderies pour tester, améliorer des idées et s’assurer de suggérer l’âge adéquat.

Comment réussit-on à compétitionner avec les jouets de plastiques complexes que les enfants voient partout ? Comment les attirer vers des objets de bois plus minimalistes ?

Il y a assurément un phénomène social qui pousse les enfants à être attirés par les jouets qui leur sont proposés massivement. Mais, un jouet n’a pas obligatoirement à faire de la lumière, du bruit, ou être à l’effigie d’un personnage adoré pour leur plaire. Les enfants sont encore émerveillés par ce qui les entoure et de simples choses peuvent capter leur intérêt. Une boîte de carton et quelques cailloux leur ouvrent un monde de possibilités. Nous évoluons en tant que designers graphiques depuis 10 ans dans un univers visuel en toute simplicité. Nous concevons des jouets avec un design plus minimaliste parce que c’est le type de design qui nous parle d’abord et avant tout. Nous croyons profondément que cette simplicité aide à stimuler l’imaginaire des petits. Ceci dit, nous croyons que tout jouet peut aider l’enfant à s’épanouir et c’est à travers le jeu et surtout à travers le plaisir de jouer que l’enfant apprend à développer toutes ses habilités. Le jouet est donc d’abord et avant tout un objet de jeu avec lequel il doit prendre du plaisir à jouer.

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Vous réinventez plusieurs grands classiques avec soin et bon goût. Quels sont vos objets les plus populaires ?

Les plus populaires sont sûrement les bâtons de hockey et les lance-pompons. Je crois qu’ils sont très appréciés parce qu’ils touchent le coeur d’enfant des grands. Ce sont aussi des jouets avec lesquels les parents prennent plaisir à jouer avec leurs enfants et ç’est très inspirant de penser que nos jouets peuvent leur servir à se fabriquer des «moments-souvenirs-de-bonheur» ensemble.

Recevez-vous des anecdotes, des histoires de grands-parents et des dessins d’enfants qui vous révèlent leur bonheur de jouer avec vos créations ?

Oui, et c’est assurément une des raisons principales pour laquelle nous mettons autant d’énergie et de bonheur à la continuité de ce projet. Les réseaux sociaux sont formidables pour cela. On a la chance de voir nos jouets avoir une place de choix dans différents univers. On a aussi de touchants témoignages lors de nos événements. C’est magique de savoir qu’un de nos hochets servira à annoncer une grossesse à un nouveau papa, ou qu’un de nos jeux de mémoire réunira une petite fillette et son arrière-grand-mère à la mémoire fragile.

HOCHET

Retrouvons maintenant notre coeur d’enfant. Lorsque vous étiez tout jeune, quel était votre jouet préféré ?

Christian : J’ai de beaux souvenirs avec mon grand-père à jouer en duo à quatrepattes avec des petites briques rouges de construction. Et je m’ennuie de ma visionneuse View-Master.
 
Geneviève : Quand j’étais petite, il y avait une petite maison dans ma maison. Elle était juste assez rose et juste assez grande. Elle n’était pas parfaite, mais c’était ma mère et moi qui l’avions faite. Ça nous avait occupés durant une bonne année. Une bonne année de souvenirs bricolés, petite journée par petite journée.

 

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Pour en savoir plus, des Enfantillages et sa boutique en ligne sont présents sur Facebook, Twitter et Instagram.

 

Patrick Dupuis (17 billets)

La nuit tombée, Patrick rêve qu’il habite une maison d’architecte signée Pierre Thibault quelque part entre Montréal, Tokyo et Frelighsburg. Il s’imagine partager un thé Darjeeling en discutant avec le réalisateur Wes Anderson, le designer Jony Ive, le photographe Anton Corbijn et l’ex-étoile du tennis Andre Agassi. D’ici à ce que le marchand de rêves lui livre toute la marchandise, il est designer graphique, motion designer et concepteur-réalisateur pour ICI ARTV.

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