Arts vivants : nos coups de coeur de 2016

22 décembre 2016

Danse, cirque, théâtre, alouette! Voici quelques spectacles qui nous ont fait rêver, réfléchir, rire ou pleurer dans les douze mois qui viennent de s’écouler.

Pour découvrir tous les coups de coeur culturels 2016 de l’équipe et des têtes d’affiche d’ICI ARTV, consultez notre rétrospective culturelle chaque jour jusqu’au 24 décembre.

Des arbres (La Licorne)

Une réflexion sur le couple, le désir de reproduction, la surconsommation et les diktats de la société, avec en filigrane la menace des changements climatiques. Un texte qui se débite dans l’urgence, porté avec force et justesse par Maxime Denommée et Sophie Cadieux. Les joutes verbales et les échanges s’enchaînent à un rythme étourdissant, mettant de plus en plus en lumière la névrose de ces protagonistes privilégiés. La finale fort émouvante ne laisse subsister que peu d’espoir sur l’avenir de l’humanité et nous invite à réévaluer nos priorités et notre mode de vie. À la fin de la pièce, une fois qu’on a repris notre souffle, on a eu envie de lire le script de Duncan MacMillan (dans une excellente traduction de Benjamin Pradet) pour bien en saisir chaque nuance.

887 (TNM)

La nouvelle création de Robert Lepage était sans conteste l’événement théâtral de l’année, et elle mérite amplement chaque éloge qui en a été fait. Seul sur scène pendant deux heures, l’incroyable créateur qu’est Lepage explore la thématique de la mémoire à l’heure du numérique, plongeant dans ses souvenirs, son histoire personnelle se mêlant habilement au passé socio-politique du Québec. Ce one-man-show ne doit pas qu’au talent de l’interprète, mais également à l’art inégalé de sa compagnie Ex-Machina, qui a conçu expressément pour l’oeuvre un ingénieux décor qui donne presque l’impression d’être magique.

Pôle Sud, documentaires scéniques (Espace Libre)

L’Espace Libre s’est récemment donné le mandat de faire corps avec le Centre-Sud, et ses habitants avec des «spectacles de quartier» et c’est dans cette optique que s’inscrit cette pièce singulière. On y fait la connaissance d’une myriade de vrais habitants de ce quartier populaire, dont on raconte par ailleurs l’histoire non dénuée de drame. L’audace du projet : inviter les véritables protagonistes sur scène, où ils miment leur propre quotidien alors qu’on les entend se raconter en entrevue audio pré-enregistrée. La sensibilité documentaire d’Anaïs Barbeau-Lavalette et Émile Proux-Cloutier nous entraîne au-delà des apparences, rendant soudain la banalité extraordinaire.

Tartuffe (TNM)

Denis Marleau et Stéphanie Jasmin refont l’exercice accompli il y a quelques années avec la pièce Les Femmes savantes et transposent à nouveau une pièce de Molière au 20e siècle, en l’occurrence Tartuffe, qui s’incarne cette fois en pleine Révolution tranquille. L’universalité et l’intemporalité de l’oeuvre du plus célèbre homme de théâtre français est une fois de plus démontrée sans équivoque. C’est le formidable comédien Emmanuel Schwartz qui incarne le rôle-titre et il est difficile de détourner les yeux de lui tant sa présence sur scène est incroyable. Quel interprète!

Fuck You! You Fucking Perv! (La Licorne)

Une courte pièce qui fait l’effet d’un coup de poing au visage en osant aborder des thématiques difficiles : la maladie mentale et les abus sexuels. Leslie Baker, l’auteure du texte, est seule sur scène pendant 55 minutes de performance déconcertante. Elle interprète la pièce en anglais, mais les surtitres en français (traduits par Fanny Britt) s’intègrent bien au décor et y ajoutent une dimension fort intéressante. On en sort secoué, pantois, impressionné.

Howie le Rookie (Salle Jean-Claude-Germain du Théâtre d’Aujourd’hui, Festival Fringe)

Le Fringe est un festival merveilleux où on découvre des petits bijoux qui échapperaient sinon à nos yeux (pour vraiment pas cher, en plus). Cette pièce de Mark O’Rowe, traduite par Olivier Choinière et interprétée brillamment par Jocelyn Lebeau et Tommy Lavallée, était excellente dans sa «trashitude» non dénuée d’émotion, nous entraînant dans les bas-fonds de Dublin sur fond de sang, de sueurs et de morsures de punaises de lit.

Encore une fois, si vous permettez (Duceppe)

Guylaine Tremblay a enfilé de grands souliers en 2016, car pour plusieurs, le personnage de Nana ne pouvait qu’être tenu par Rita Lafontaine. Mission accomplie pour notre Guylaine nationale qui a offert un nouveau départ à ce personnage maternel mythique. Cette formidable pièce, mise en scène par Michel Poirier,  est en fait une véritable ode à la maman! La mère qui est sur scène ressemble étrangement à la nôtre. Sont-elles toutes faites sur le même modèle? Si la pièce entière nous a fait du bien, la finale nous a jetés par terre. Un grand moment d’émotion magnifiquement et simplement rendu.

Réversible (Tohu!)

La compagnie Les 7 doigts de la main réinvente le cirque à chaque spectacle! Réversible, mis en scène par Gypsy Snider, la cofondatrice de la compagnie, n’échappe pas à la règle. Ici, huit artistes font leurs acrobaties dans un monde exempt d’influences extérieures. Une oeuvre plus douce qu’à l’habitude, où la musique et la danse prennent une place plus importante que le cirque.

À la douleur que j’ai (Usine C)

Présenté du 23 au 26 novembre, ce spectacle de danse de la chorégraphe Virginie Brunelle évoque la douleur provoquée par les ruptures amoureuses et les deuils amicaux ou familiaux. Nous avons été hypnotisés par cette succession de vignettes énergiques et évocatrices. Les danseurs demeuraient sur scène entre leurs chorégraphies pour regarder celles des autres, un choix scénographique particulier rappelant l’omniprésence du regard d’autrui. Un spectacle bouleversant, qui nous a même fait verser une petite larme.

Yo, Carmen (Salle Wilfrid-Pelletier à la Place des Arts)

Âgée de 50 ans, la danseuse étoile María Pagés nous en a mis plein les yeux et les oreilles avec ce flamboyant spectacle de flamenco qui revisite le célèbre opéra Carmen de Bizet. Accompagnée de sa troupe, la María Pagés Compañía, elle nous a offert une ode pour toutes les femmes du monde qu’elle souhaite voir libres de tout préjugé. Les grands amateurs de flamenco que nous sommes étions émus de voir cette grande figure emblématique mondiale au summum de son art!

Quel spectacle vous a ému cette année?

ICI ARTV (240 billets)

L'équipe éditoriale d'ARTV rédige des billets liés à la programmation de la chaîne, mais également des billets à plusieurs mains, sur différents sujets.

Vos commentaires

  1. « Pour » de Daina Ashbee, présenté, en début de saison, par le théâtre La Chapelle. Ce rendez-vous de printemps reporté en était d’autant plus attendu. Vedette montante de la scène chorégraphique montréalaise, Daina traduit en gestes des états d’être touchants qui visent justes et profondément. Impossible, selon moi, de rester indifférent devant la vulnérabilité ainsi exposée. Mon gros coup de coeur de la saison.

    Commentaire de Robert St-Amour

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