Profession : designer graphique

4 novembre 2016

«Le design est partout», disait le titre d’une de nos émissions. C’est vrai dans la vie, ça l’est encore plus sur le web, où chaque site, chaque publicité, chaque plateforme est passé (du moins c’est souhaitable), entre les mains d’un designer. À ICI ARTV, nous avons la chance de travailler avec des designers de talent, qui s’impliquent dans la production de nos produits numériques, de nos publicités, de nos bannières imprimées, de nos expositions à l’ARTVstudio et bien plus encore.

Étienne Dicaire est l’un d’entre eux. Il a créé la signature visuelle de plusieurs de nos émissions et campagnes, en plus d’avoir travaillé sur tous les articles de l’ARTVMAGAZINE. On a eu envie de discuter avec lui après avoir vu l’étonnante et magnifique capsule qu’il a récemment conçue pour résumer l’Opéra Don Giovanni de façon bien originale.

Peux-tu me parler de ton parcours pour devenir designer graphique? 

J’ai d’abord fait un DEC en arts visuels. Éventuellement, je me suis rendu compte que ce n’était pas vraiment un univers pour moi, alors j’ai fait mon bac en design graphique à l’UQÀM. C’est aussi simple que ça.

Tu exerces ce métier depuis plusieurs années. Est-ce que l’importance toujours croissante du numérique a changé beaucoup de choses dans le métier? 

Dans mon cas, ça n’a pas changé tant de choses que ça. Puisque je travaillais dans le domaine de la télévision, je faisais déjà beaucoup de graphisme dans une optique de motion design. Par ailleurs, il continue encore d’y avoir beaucoup d’imprimé, et c’est beaucoup ça que je fais. Lorsque j’ai eu à faire du design web, j’ai eu la chance de ne pas avoir à me soucier de l’aspect «programmation». Je travaillais toujours avec un intégrateur qui se chargeait de l’aspect technique plus plate. Pour moi, ça n’a pas été une transition douloureuse.

Le design, pour toi, c’est plus un art ou un métier?

Je dirais que c’est plutôt un métier. Je vois les designers graphiques plutôt comme des artisans que comme des artistes. Le seul mandat d’un artiste, c’est de créer. Il n’a pas de contraintes, il exprime juste sa vision personnelle, tandis qu’un designer graphique a le devoir de répondre à un mandat, aux exigences d’un client. Il y a bien évidemment un aspect artistique, mais ça demeure un service qu’on fournit à un client. La création, ici, a pour but de communiquer un message précis et, le plus souvent, de vendre quelque chose.

Quel est le type de design que tu préfères faire?

Personnellement, je n’ai pas tellement de plaisir lorsque je dois faire des trucs corporatifs. Par ailleurs, dans mon esthétique personnelle, je ne raffole pas du minimalisme. C’est généralement quand j’ai à créer des projets qui ont une dimension d’illustration, comme celui avec l’Opéra de Montréal où j’ai pu réaliser des images et des compositions très détaillées, que je m’amuse le plus .

Cette première capsule pour l’Opéra de Montréal impressionne par sa complexité. Peux-tu me parler un peu du processus de travail?

Le mandat premier, c’était de raconter l’histoire en trente secondes de façon comique, en rendant ça amusant, fantaisiste, humoristique, accessible. Le script m’a été fourni par le concepteur-rédacteur, c’était mon point de départ. L’étape suivante, c’était de construire un storyboard, afin de raconter l’histoire en images. L’histoire de Don Giovanni est en réalité beaucoup plus étoffée que ce qu’on laisse croire dans la vidéo. Il y a de nombreux personnages et plusieurs intrigues secondaires. Le texte de la capsule ramène cet opéra à sa plus simple essence, et c’est ce que j’ai voulu faire dans l’image également.

don-giovanni

J’ai donc essayé de rendre ça amusant en utilisant des espèces de visuels anachroniques, en faisant appel à des codes très contemporains pour raconter une histoire d’époque. Par exemple, avec ses lunettes fumées, Don Giovanni a un peu le look d’un Gino d’Instagram. La scène du combat ne ressemble pas non plus à un duel traditionnel, j’ai intégré des références issues de l’univers du jeu vidéo, un aspect Mortal Kombat. L’idée était d’amener des références dans ce genre là pour créer un effet humoristique. En ce qui concerne l’esthétique de la vidéo, tout a été réalisé avec du collage d’images stock, souvent avec des composites de plusieurs images, parce qu’on ne trouvera pas un Don Giovanni tout fait ou un Commandeur tout fait dans les banques d’images. On va assembler le corps de l’un avec le col à froufrous de l’autre, ajouter une tête de mannequin sur laquelle on va mettre des boudins et une queue de cheval… Tout ça est un assemblage, une forme de collage digital.

Qu’est-ce que ça prend comme qualités et atouts personnels pour être un bon designer?

Ça prend une bonne culture générale. Il faut connaître la pop culture,  la musique, le cinéma, afin de pouvoir utiliser des référents qui appuient  l’ambiance ou les thèmes qui doivent être véhiculés dans chaque projet. Il y a des références et des codes visuels qui font partie de notre inconscient collectif et c’est important d’être capable d’aller piger dans cette banque-là au besoin. Les notions de proportions et de typographie, c’est très mathématique, ça s’apprend sur le tas… Je dirais que ça prend aussi un esprit analytique et un bon jugement pour bien comprendre c’est quoi le message qui doit être véhiculé et être en mesure de bien hiérarchiser les éléments. Il y a des graphistes qui vont traiter toutes les informations sur le même niveau, ce qui fait que le message ne sera pas communiqué efficacement.

Quelles sont les erreurs ou les faux-pas de design qui t’agacent le plus?

Je sais pas si c’est ce qui m’agace le plus, mais à l’occasion je vais voir des choses qui sont clairement un «trip» de designer, comme si les graphistes s’étaient fait plaisir à eux-mêmes mais sans penser à ce que le client a besoin. Bien sûr, ça va être beau esthétiquement, mais sans remplir le mandat qui leur a été assigné.

À l’inverse, qu’est-ce qui peut énerver un designer de la part d’un client? 

Ce qui est parfois désagréable, c’est quand un client veut faire le travail à ta place. Quelqu’un qui a une vision trop précise de ce qu’il veut et considère que tu n’es là que pour l’exécuter, sans avoir vraiment de respect pour l’expertise que tu peux apporter. Parfois, tu vas faire des choix graphiques qui sont justifiés, et le client va te demander des changements qui sont un peu aléatoires et subjectifs. Ça, c’est difficile.

Pour découvrir le travail d’Étienne, consultez son site web. Nous ajouterons les prochaines capsules qu’Étienne fera pour l’Opéra de Montréal dans cet article au fur et à mesure qu’elles seront produites.