Entrevue avec Catherine Lepage

26 août 2016

Je serai franche avec vous : l’oeuvre de Catherine Lepage représente une bouée pour moi. Quand les nuages viennent rôder près de ma tête, je relis systématiquement ses livres 12 mois sans intérêt et Fines tranches d’angoisse. Les illustrations, le choix des mots et expressions, tout est juste, tout fait du bien. Je me sens moins seule tout à coup.

Cette illustratrice, cofondatrice du studio Ping Pong Ping, a étudié au Cégep Ste-Foy en graphisme et à l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg. Toute jeune, elle rêve d’illustrer des livres pour enfants. Le métier d’auteure s’est tranquillement imposé avec le temps.

Ces jours-ci, elle publie chez Somme Toute, Zoothérapie, un nouvel album sur la difficulté et la nécessité d’être soi. Afin de mieux connaître cette artiste, je me suis entretenue avec elle à propos de son histoire, son processus créatif et ses inspirations.

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Comment te sens-tu avec le lancement de ce nouveau livre illustré?

C’est drôle, mais je ne l’avais pas vu venir, ce lancement-là. J’ai déposé mes dessins juste avant de partir en vacances et là… PAF! Je suis de retour et le livre est sorti! Je ne le réalise pas encore, je pense.

Quel message souhaitais-tu transmettre à travers ton nouvel album Zoothérapie?

Quand on essaie trop de tout contrôler, ça ne marche pas. Il faut apprendre à lâcher prise, mais sans non plus baisser complètement les bras et ne plus rien contrôler. Pour ce livre, je m’étais mis cette contrainte de ne travailler qu’avec des animaux, et avec eux me venait le mot dompter, mais je trouvais ça trop rigide. C’est plutôt de s’apprivoiser, de se tourner vers ce que l’on est vraiment. La pression est tellement forte de nos jours afin d’être conforme. Quand on est jeune, on veut être comme les autres, mais ça nous suit aussi à l’âge adulte! T’sais, avoir une maison, une tondeuse à tel âge, ça ne convient pas à tout le monde. Aussi, avec les médias sociaux aujourd’hui, on ne veut partager que ce qui est beau et on enterre ce qui ne fait pas notre affaire. Le moins beau finit toujours par ressortir un peu plus tard et à ce moment-là, il faut accepter d’afficher un peu de vulnérabilité. Il faut remettre en question nos choix.

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Crédit :  Zoothérapie de Catherine Lepage
La santé mentale a une place centrale dans tes œuvres. Pourquoi?

Pour mon premier livre, je ne l’ai pas réfléchi. C’était un besoin pour moi de témoigner au sujet de la dépression et d’en faire quelque chose de positif. Ça ne représentait que du négatif et j’ai voulu transcender le négatif dans ma vie et en faire du beau. Après [la publication de 12 mois sans intérêt], la démarche est devenue plus affirmée. Ce sujet-là n’est pas beaucoup traité, surtout sous cette forme de témoignage. La maladie mentale, c’est encore tabou; c’est un gros stigmate à porter. C’est en parlant que les gens auront moins honte de ça.

La façon dont tu illustres tes propos est très juste, très sensible. Comment arrives-tu à ce degré de vérité?

Là-dedans, il y a toute une mécanique. C’est mon métier, t’sais! J’ai travaillé en pub et mon cerveau travaille encore avec les méthodes utilisées dans ce domaine-là. J’aime travailler un concept simple et le rendre d’une manière surprenante. Souvent quand les gens viennent me parler de mes livres, ils me disent « comment tu fais pour voir dans mon cerveau?» Il faut dire que je puise beaucoup en moi pour créer. Je pense qu’en étant authentique et en disant ce que l’on a moins envie de dire, ça touche le monde parce que justement personne n’aime en parler! Aussi, c’est important de le dire : je n’ai aucune prétention médicale! Y’a pas un psychologue qui signe ma préface et qui a validé ce que je dis. C’est mon témoignage, mes réflexions à moi! Ce sont les bons mots pour moi, alors c’est ma vérité à moi. Mais je me rends compte que c’est la réalité de plusieurs…

Est-ce que ça te fait du bien à toi de partager tes réflexions, tes expériences?

12 mois sans intérêt, je l’ai fait après coup, donc ce n’était pas thérapeutique. Mais pour les autres, oui, ça m’a probablement accompagnée dans mes réflexions. Ça m’a un peu obligée à approfondir mon analyse sur mon angoisse et mes périodes plus down.

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Crédit :  Zoothérapie de Catherine Lepage
Préfères-tu écrire ou illustrer? Pourquoi?

Illustrer, parce que j’ai toujours aimé dessiner. Je dessine depuis que je suis toute petite et c’est pour ça que je fais ce métier-là. Écrire, c’est moins mon médium. Tant que ça reste des petites phrases, ça va! Je n’écrirai jamais un roman, du moins ce serait surprenant. Ça me prend les images!

Quelle technique artistique préfères-tu et pourquoi?

Probablement le crayon à mine. C’est peut-être juste le médium avec lequel je suis le plus à l’aise, par habitude. C’est un outil polyvalent qui me permet de faire des dessins plus réalistes ou très simples. C’est peut-être plus méditatif aussi! Je varie beaucoup, j’aime ne pas limiter à un traitement. En fait, ce que j’aime c’est la variété.

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Crédit :  Zoothérapie de Catherine Lepage
Qu’est-ce que l’art t’apporte dans ton quotidien, dans ta vie en général?

Je m’intéresse beaucoup aux arts visuels et contemporains et je lis! Ça m’apporte de la beauté, de l’apaisement.

Quelle est ta routine d’écriture, de création? As-tu un rituel?

En fait, mes projets de livre sont toujours faits sur le coin de la table. J’ai rarement une semaine à consacrer juste au travail d’un de mes livres. Ça va être plutôt des demies-heures ou des demies-journées. Je prends des notes au moment où j’ai des idées, j’y replonge quand j’ai le temps de m’y mettre et j’explore à partir de là! Définitivement, la prise de notes est au cœur de ma démarche. Je suis probablement toujours en introspection et il me vient spontanément des images et à un moment donné, je me dis «tiens j’en ai assez pour faire un livre!»

Qui ou qu’est-ce qui t’inspire dans ton travail?

C’est vraiment la vie! Des fois je marche de la maison pour me rendre au bureau et c’est souvent dans ces périodes-là que je vais chercher et trouver des idées. J’avoue que je suis très souvent dans la lune en fait. Souvent mon chum me parle et je ne l’écoute pas (il pourrait le confirmer!), je suis souvent dans ma tête! Donc, ce qui m’inspire c’est vraiment le quotidien,  la vie actuelle. Graphiquement, c’est plutôt l’inverse. Je suis plutôt inspirée par les images du passé : les vieux livres, les icônes de culture pop, les clichés visuels. Ce sont des éléments forts qui sont le fun à détourner et à retravailler.

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Quels sont tes projets pour les prochains mois?

J’ai un projet et je ne sais pas s’il va finir par aboutir, mais c’est plus autobiographique. C’est même plus près de la BD, mais ça risque d’être un hybride. Ça reste dans mon introspection. Je ne peux m’en sortir et me sauver du sujet de la santé mentale. Sinon, je planche aussi sur livre pour enfants que je risque de réaliser cet automne. C’est complètement autre chose comme sujet! C’est sur le thème de l’environnement, mais ça reste ludique. Ça sera une façon pour moi de déclarer mon amour pour la nature.

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Alex Beausoleil (34 billets)

Passionnée de culture, Alex croit, tout comme Dostoïevski, que c’est l’art qui sauvera le monde. C’est pourquoi elle prend plaisir à enchaîner les séries télévisées les unes après les autres, visionner les nouveautés cinématographiques, gaver ses oreilles de délicate musique, voyager avec la littérature et pitonner sur sa manette de Xbox pour se divertir. Elle est responsable de la production de contenu web et des médias sociaux d'ICI ARTV.

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