L’été du MAC s’ouvre sur une rétrospective Edmund Alleyn

19 mai 2016

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Edmund Alleyn, Sans titre, vers 1976
Crayon de couleur sur papier, 57,1 × 83,8 cm
Succession Edmund Alleyn

La programmation estivale du Musée d’art contemporain de Montréal est des plus ambitieuses ; six artistes différents y seront mis en lumière au cours de la saison chaude. Dès maintenant, le public a l’occasion de découvrir Orchestre à géométrie variable de Jean-Pierre Gauthier et data.tron de Ryoji Ikeda, deux nouvelles acquisitions du musée, où le son et la musique figurent au premier plan. Au même moment sera lancée l’exposition «Dans mon atelier, je suis plusieurs»,  première rétrospective de l’oeuvre d’Edmund Alleyn depuis le décès de l’artiste canadien en 2004.

Nous avons visité l’exposition en présence du conservateur Mark Lanctôt et de Jennifer Alleyn, la fille de l’artiste, cinéaste à qui l’on doit le documentaire «L’atelier de mon père» (2008). Cette dernière, qui détient les droits de succession pour l’oeuvre d’Edmund Alleyn, a joué un rôle de premier plan dans la conception de la rétrospective.

La bande annonce du film L’atelier de mon père de Jennifer Alleyn. Le film est projeté au MAC dans le cadre de l’exposition.

Un projet de longue haleine

Il y a déjà plus de quatre ans que l’idée de consacrer une rétrospective à Edmund Alleyn a commencé à germer dans l’esprit de Mark Lanctôt. Il a contacté Jennifer Alleyn, qui a été enthousiasmée par le projet d’exposition. Celui-ci a ensuite été lentement mûri et développé. Ce n’est pas une mince tâche que de rendre justice à un artiste dont l’oeuvre est aussi vaste et éclectique que celle d’Alleyn. « C’est un projet qu’on a pu vraiment amener à bon port dans la durée, explique Mark Lanctôt. On a pu aiguiser vraiment la réflexion, pour arriver à rendre l’esprit d’un artiste et de son travail, sans la présence de l’artiste. C’est un peu inédit pour nous au Musée d’art contemporain, où environ 8 artistes sur 10 qui sont présentés dans la collection sont encore vivants. »

Jennifer Alleyn compare à un vaste chantier archéologique les trois années passées à fouiller et effectuer des recherches pour l’exposition, à déterrer des toiles enroulées depuis parfois 40 ans. L’exercice lui a fait prendre pleinement conscience du caractère actuel de l’oeuvre de son père. «Ce travail nous ramène vraiment au présent, précise-t-elle. C’est vraiment le sentiment qui m’habite aujourd’hui et c’est pour ça que je trouve extrêmement pertinent que cette rétrospective ait lieu au Musée d’art contemporain. Ses œuvres étaient déjà, il y a 30 ans en dialogue avec le futur et avec notre temps présent».

50 ans de création en une soixantaine d’oeuvres

L’oeuvre d’Edmund Alleyn est notoirement inclassable ;  il serait bien ardu d’associer l’artiste à un courant précis. «Je pense qu’il revendiquait cette liberté qui l’autorisait à explorer toujours plutôt qu’à rester confiné à une zone de confort dictée par des attentes extérieures ou le marché de l’art», explique Jennifer Alleyn. Au fil du temps, les techniques et le style préconisés par Alleyn, tout comme les thématiques explorées dans son art se sont constamment transformés. « C’est vraiment un artiste qui était pluriel, qui accueillait en lui plusieurs voix, qui se sont exprimées par des médiums très différents, ajoute Mme Alleyn. Je le découvre à travers cette exposition tour à tour photographe dans ses cadrages, physionomiste et métaphysique dans ses dessins, peintre dans ses lumières et ses couleurs, cinéaste, metteur en scène, philosophe et libre-penseur doté d’une curiosité infinie envers ses confrères humains.»

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Edmund Alleyn, Fête aux lanternes chez les Sioux, peuple pacifique, 1964
Huile sur toile 154,7 × 195 cm – Collection du Musée d’art contemporain de Montréal C

Comment créer un parcours cohérent à partir d’une production si polymorphe? On a pris le parti d’exposer les œuvres en ordre chronologique, afin d’accentuer les points forts de la carrière de l’artiste, tout en mettant en lumière des travaux plus marginaux. Ce choix permet par ailleurs de saisir le discours de l’œuvre d’Edmund Alleyn sur son époque. L’exposition s’ouvre sur les tableaux abstraits produits à Paris à la fin des années 50 et la période dite «indienne», après quoi on suit le cheminement de l’artiste alors qu’il délaisse peu à peu l’abstraction au profit d’œuvres résolument figuratives, mais aussi de ces créations à composante technologiques si avant-gardistes. Des œuvres de «La suite québécoise», des grands tableaux monochromes de la fin des années 1980 et certaines des hypnotisantes «Éphémérides» sont également de la partie. Certaines des pièces de l’exposition n’ont jamais été présentées au Canada auparavant.

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Edmund Alleyn, L’Invitation au voyage, 1989–1990
Huile, résine alkyde sur toile, 236,5 × 467,5 cm
Collection du Musée des beaux-arts de Montréal

Si l’œuvre d’Alleyn est surprenante et hétérogène, on y observe des leitmotiv, thèmes et motifs récurrents. Les références maritimes sont légion, tout comme les indices de la fascination de l’artiste pour la technologie. The Big Sleep, une de ses seules oeuvres à composante technologique encore fonctionnelle, a été restaurée pour l’exposition. Le fameux Introscaphe s’y trouve également, bien qu’il ne soit plus en état de marche. Cette curiosité de forme ovoïde, expérience de réalité virtuelle avant la lettre, est le fruit de plus de deux ans de travail. Il ne sera pas possible pour les visiteurs du MAC de faire l’expérience de la projection cinématographique privée accompagnée de vibrations, de changements de température au rythme du montage. Le film qui était jadis projeté à l’intérieur d’IntroscapheAlias,  peut cependant être visionné dans une pièce adjacente.

 

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Edmund Alleyn, Introscaphe Ⅰ, 1968–1970.
Bois, fibre de verre, peinture, circuits électriques et électroniques, système de projection et autres matériaux 155 × 365 × 105 cm – Collection du Musée national des beaux-arts du Québec 

L’Introscaphe devait à l’origine être un prototype, dont les copies auraient bien pu se retrouver dans des fêtes foraines, accessibles au public. Alleyn croyait à la démocratisation et au décloisonnement de l’art. Si on devait identifier une constante à travers son oeuvre, il pourrait s’agir de ce désir qu’il avait de toucher les gens. «Je crois que ce qu’il cherchait vraiment, explique Jennifer Alleyn, c’était à transmettre une émotion, à briser la solitude, à parler de cette solidarité humaine par le biais de la beauté. Mais au-delà de cette ambition, il demeurait très humble par rapport à l’entreprise artistique. Il se plaisait à dire : ­­ »Ce que nous faisons nous échappe toujours, comme nous échappons aux autres, comme nous nous échappons à nous-mêmes. ».»

L’exposition «Dans mon atelier, je suis plusieurs» se poursuit jusqu’au 25 septembre au Musée d’art contemporain de Montréal. Le magnifique et très pertinent catalogue de l’exposition est disponible à la Boutique du Musée. Par ailleurs, jusqu’au 9 juillet, la Galerie Simon Blais consacre également une exposition à Alleyn : «Un été indigo».  

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Edmund Alleyn, From the Dark Within, 1987
Gouache sur carton, 60,5 × 109 cm
Collection Hydro-Québec

 

Jeanne (26 billets)

Toujours tiraillée entre 30 projets et 1000 idées, Jeanne est passionnée de cinéma, de musique, de lecture, d'écriture, bref, d'arts en tous genres.

Vos commentaires

  1. Une excellente lecture qui prépare et agrémente la visite de cette exposition, merci!

    Commentaire de Louise Fortin

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