10 pièces de théâtre mémorables de 2015

24 décembre 2015

Trop de bonnes pièces, pas assez de temps : cela résume assez bien comment on se sent, en tant qu’amateur de théâtre à Montréal. En voici dix que notre équipe a particulièrement appréciées en 2015. Pour consulter tous nos coups de coeur culturels, c’est par ici!

La divine illusion de Michel Marc Bouchard, mise en scène de Serge Denoncourt au Théâtre du Nouveau Monde

Michel Marc Bouchard s’est inspiré des événements entourant la venue de Sarah Bernhardt à Québec au début du siècle dernier pour écrire cette oeuvre grandiose qui frôle la perfection, où les enjeux contemporains sont habilement évoqués / dénoncés à travers ceux de l’époque. Dans un texte fort bien ficelé où la comédie côtoie le drame, il aborde des sujets aussi actuels (devrait-on dire intemporels?) que l’omerta entourant la pédophilie dans l’Église catholique ou encore l’exploitation des travailleurs de l’industrie du vêtement. La mise en scène de Serge Denoncourt et l’interprétation à peu près irréprochable de la distribution rendent justice au texte. Saluons au passage le décor fort ingénieux et les costumes de Sarah Bernhardt (merveilleuse Anne-Marie Cadieux), assez mémorables merci. La pièce de plus de deux heures et demie nous tient en haleine du début à la fin.

Ennemi public d’Olivier Choinière au Théâtre d’Aujourd’hui

La plus récente oeuvre d’Olivier Choinière est un chaos magnifiquement orchestré, où plusieurs discussions ont parfois lieu en parallèle ; dans cette cacophonie, le spectateur doit faire des choix, il est impossible de tout saisir. Par la forme comme par le propos, la pièce offre une réflexion fort pertinente sur la famille, la société, notre manière de communiquer et les relations que nous entretenons les uns avec les autres. Le décor et la scénographie très habiles, qui rendent bien l’idée d’une pluralité de lieux, sont dignes de mention, tout comme le jeu des comédiens, notamment les enfants, d’une grande justesse.

Un tramway nommé désir de Tenessee Williams (traduction de Paul Lefebvre) mise en scène de Serge Denoncourt, au Théâtre ESPACE GO

Céline Bonnier porte le classique de Tennessee Williams avec son interprétation nuancée et poignante de Blanche Dubois, mythomane sudiste à la dérive. Le décor remarquable nous entraîne dans la Nouvelle-Orléans des années 30, alors que l’actualisation du langage et des accents permet d’ajouter une touche de réalisme à l’action et aux personnages tout en ambiguité. La mise en scène de Serge Denoncourt accentue le côté charnel, tendu, un peu sale, de la pièce. Nous avons par ailleurs adoré l’idée d’intégrer le personnage de l’auteur à l’action, qui exerce une forme de réflexivité sur le processus créatif. Il y aura des supplémentaires cet hiver et il reste quelques billets, faites vite!

Le tour du monde en 80 jours d’après l’œuvre de Jules Verne,
adaptation et mise en scène par Hugo Bélanger au Théâtre du Nouveau monde

Le classique de Jules Vernes continue de charmer et la mise en scène ingénieuse de Hugo Bélanger offre une toute nouvelle lecture du périple fou de Phineas Fogg, qui nous a tant fait rêver enfants. Différentes disciplines (danse, marionnettes) sont conviées sur scène pour stimuler notre imaginaire, les tableaux s’enchaînent et nous font voyager, un spectacle plein de surprises qui a su réjouir les jeunes et les moins jeunes.

Chatroom d’Enda Walsh (traduite par Étienne Lepage), mise en scène de Sylvain Bélanger à la salle Fred-Barry

La pièce, destinée aux adolescents, explore de belle manière la question des rapports sociaux virtuels et met en lumière les jeux de pouvoir et de manipulation à l’heure du numérique. On parvient notamment à y aborder la difficile question du suicide sans tomber dans le piège de la moralisation. On a apprécié que la pièce parvienne à injecter une bonne dose d’humour dans ces thématiques douloureuses, mais surtout qu’elle ne prenne pas les adolescents pour des imbéciles.

Et au pire on se mariera de Sophie Bienvenu, mise en scène de Nicolas Gendron au Prospero

Pour ceux qui, comme nous, ont adoré le merveilleux roman de Sophie Bienvenu, la pièce lui rend tout à fait justice. Dans le rôle d’Aïcha, la comédienne Kim Despaties est très bonne. Elle réussit à bien rendre l’intensité et les paradoxes de ce personnage d’adolescente un peu perdue, à la découverte de l’amour.

J’accuse d’Annick Lefebvre, mise en scène de Sylvain Bélanger au Théâtre d’Aujourd’hui

Un texte complexe et poignant, d’une rare force, qui jette une lumière crue sur la société contemporaine et ses périls insidieux. Cinq monologues puissants portés avec brio par cinq comédiennes extraordinaires (Ève Landry, Catherine Trudeau, Alice Pascual, Debbie Lynch-White et Léane Labrèche-Dor), qui nous envoûtent et parviennent véritablement à créer un lien avec le public. On a souvent l’impression de voir des âmes mises à nu plutôt que d’assister à une pièce. J’accuse est une pièce qui touche, fait rire parfois, mais entraîne surtout une profonde réflexion. On en est sorti complètement secoué et on a très, très hâte de voir évoluer la prometteuse dramaturge Annick Lefebvre, dont la carrière est en plein essor.

Five kings – L’histoire de notre chute d’Olivier Kemeid (d’après Shakespeare), mise en scène de Frédéric Dubois, au Théâtre ESPACE GO. 

La pièce dure cinq heures, mais on jure nos grands dieux qu’on n’a pas vu le temps passer. L’idée, à l’origine, était celle d’Orson Welles : s’inspirer des pièces du «cycle des rois» de Shakespeare dans un seul et même spectacle-fleuve. Le pari, si ambitieux que même le grand Welles a abandonné en chemin, est admirablement relevé ici. D’une pièce à l’autre, les visages des acteurs sont les mêmes, mais les univers sont transformés, oscillant entre sobriété et éclatement. On a vraiment eu l’impression d’assister à quelque chose d’unique!

Cet endroit entre tes cuisses, par This is better than porn au Cabaret lion d’or.

Puisqu’il n’y a pas que les grands théâtres et les compagnies bien établies dans la vie, nous tenions à mentionner ce spectacle, qui nous a beaucoup plu. La performance théâtrale intimiste imaginée par l’équipe du blogue érotique soft This is better than porn nous a entraînés hors des sentiers battus pendant deux soirs au Lion D’or. Il y a beaucoup de nudité assumée ; on mise sur la diversité des corps et sur le fait qu’érotisme et sexualité ne riment pas obligatoirement avec pornographie. En attendant de nouvelles représentations (sait-on jamais?), on vous conseille vivement de visiter le site!

Madama Butterfly de Puccini à la Salle Wilfrid-Pelletier, présenté par l’Opéra de Montréal

Bon, c’est un opéra et pas une pièce de théâtre à proprement parler, mais il était hors de question de le passer sous silence. Ce classique parmi les classiques, qui nous tire systématiquement des larmes, était très bien supporté par une distribution au talent certain et par une direction artistique époustouflante.

Ces choix sont ceux de Alexandra, Catherine, Jeanne, Katia, Karyne et Marion. Pour en savoir plus sur notre démarche, c’est par ici.

Quelles pièces de théâtre avez-vous appréciées en 2015?

ICI ARTV (260 billets)

L'équipe éditoriale d'ARTV rédige des billets liés à la programmation de la chaîne, mais également des billets à plusieurs mains, sur différents sujets.

Vos commentaires

  1. Je reviens sur le texte de présentation. Talbot travaille dans une usine de chaussures et non de fabrication de vêtements. Ce qu’on ignore dans le texte de Paul Lefebvre (lire L’EMPORTE-PIÈCE), c’est que l’industrie de la chaussure è Québec avait été paralysée pas un lock out en décembre 1900, les patrons refusant de reconnaître le droit aux travailleurs de se syndiquer. À la suggestion du journal conservateur L’Événement, le gouvernement avait demandé à nul autre que Mgr Louis-Nazaire Bégin de servir de médiateur entre les deux partis. Lire la suite dans un ouvrage d’histoire contemporaine du Québec ou dans les débats de l’Assemblée législative de 1900 et 1901.

    Commentaire de Mireille Barrière
  2. Bonjour Alain,
    Comme il s’agit des coups de coeur de l’équipe et que la plupart d’entre nous n’ont pas d’enfants, il n’est pas surprenant que le théâtre jeunesse soit un peu laissé pour compte. Nous avons néanmoins inclus la pièce Chatroom, destinée aux ados. Et nous avions consacré tout un article à cette production de La Roulotte au début de l’été: http://blogue.artv.ca/2015/06/theatre-la-roulotte/

    Commentaire de ICI ARTV
  3. Bonjour,

    Il n’y a pas une semaine depuis cet été où la plus électrisantes des artistes québécoises ne me rejoue une partie, une réplique ou ne me refasse la mise en scène de Fifi Brindaciet. Grand absent de votre classement, les pièce pour la jeunesse. Des cinq dernières productions de La Roulotte, celle-ci fut la plus réussie, et de loin.
    Ma fille ne cesse de me faire jouer le « papa-piate » depuis!
    Mais je ne puis comparer aux multiples pièces pour enfants présentées cette année.

    Commentaire de Alan Lalumiere
  4. Bonjour Jean-Pierre,
    Cette pièce a été présentée en 2014 à l’origine et était présentée en reprise en 2015. Nous avons choisi de prioriser les productions de 2015 dans cette rétrospective annuelle.

    Commentaire de ICI ARTV
  5. Pourquoi ne pas avoir mentionné la pièce « Tu te souviendras de moi » que j’ai vue récemment à La Licorne et dans laquelle Guy Nadon est remarquable.

    Commentaire de Jean-Pierre Rivel
  6. Dommage qu’il n’y ait aucun théâtre originaire de l’extérieur du Québec. Il faudrait s’aventurer au-delà de l’île pour faire des découvertes qui parlent d’autres réalités que les québécoises. Venez chez-nous en Ontario, par exemple… à la Nouvelle Scène à Ottawa (http://nouvellescene.com/), au Théâtre français de Toronto (http://theatrefrancais.com/fr/?gclid=CLno-oCIh8oCFQ-RaQodqqkL7Q) ou le Théâtre du Nouvel-Ontario (http://www.letno.ca/fr/). SVP ICI Radio-Canada ou ICI ArtTV, un peu d’effort pour être le diffuseur national incluant en matière de culture. On dirait qu’on répète la même chanson d’une année à l’autre. Puisque mon ICI c’est l’Ontario, et pour d’autres c’est ICI en Acadie, ou ICI dans l’Ouest.
    «L’art, la littérature, la culture; ce n’est pas l’affaire des autres. C’est la nôtre.» Jean Marc Dalpé

    Commentaire de Éric Stephenson
  7. À Madama Butterfly, j’ai préféré Elektra qui, enfin était présenté à la scène depuis 1967 (abstraction faite de la version concert de l’OSM). Je trouve que le ténor Antoine Bélanger était peu convaincant dramatiquement et qu’il a une voix terne.

    Commentaire de Mireille Barrière
  8. J’ ai aimé La Divine Illusion. Cependant il semble que le début du 20 ième siècle ressemble étrangement à celui du 21 ìeme siècle . Lorsque Sarah Berhnart se moque de l’ accent québécois dans la pièce, il y avait un groupe de français européens , en arrière de moi qui riaient très forts et à còté de moi, un couple de québécois qui riaient d’ un air de colonisés.
    J’ ai peut être l’ épiderme sensible mais je ne l’ ai pas trouvé drôle du tout.
    Peut être devriez vous beurrer moins épais la prochaine fois que vous vous moquerez de l’ accent québécois.

    Commentaire de Michèle Roy
  9. Il semble que ce soit un oubli du théâtre. C’est cependant spécifié dans leur programme de saison!

    http://www.theatreprospero.com/wp-content/uploads/2015/06/Prospero_Prog_Saison2015-2016_web.pdf

    Commentaire de Maxime
  10. Le site du Prospero indique pourtant que la pièce est de Sophie Bienvenu et la mise en scène de Nicolas Gendron. http://www.theatreprospero.com/spectacle/et-au-pire-on-se-mariera/

    Commentaire de ICI ARTV
  11. Une petite note: l’adaptation de Et au pire on se mariera n’est pas de Sophie Bienvenu, mais de Nicolas Gendron.

    Commentaire de Maxime

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