15 livres étrangers dévorés cette année

11 décembre 2015

Après vous avoir présenté nos romans québécois préférés de 2015, voici une quinzaine de bouquins venus d’ailleurs qu’on a dévorés au cours des douze derniers mois. Dans la plupart des cas, il s’agit de romans français ou de traductions parues cette année, mais nous avons inclus deux essais en anglais dans notre liste, parce qu’on les a trop appréciés pour les passer sous silence!

Vous pouvez trouver tous nos coups de coeur culturels ici. Revenez nous voir le 17 décembre pour connaître les 10 essais québécois qui nous ont marqués en 2015!

ROMANS

pauvres-petits-chagrinsPauvres petits chagrins de Miriam Toews (Boréal)

Que peut-on faire lorsqu’une personne qu’on aime appelle sans cesse la mort de ses vœux? Comment réagir devant la souffrance brute et apparemment sans issue d’un proche? Pauvres petits chagrins place le lecteur devant ces questions difficiles, sans jamais tomber dans le piège du pathos. La plume de la Canadienne Miriam Toews est vive, d’une beauté hors du commun, et le récit est ponctué de traits d’humour qui contrebalancent le caractère un peu sombre du propos. Il est aussi beaucoup question dans ce roman de l’importance capitale du lien qui peut unir deux soeurs, la relation pleine de paradoxes qu’entretiennent les protagonistes Yoli et Elf servant de ligne directrice à l’histoire. Pauvres petits chagrins  est un livre dur et triste par endroits, mais la joie, l’amour et l’espoir parviennent toujours à s’y frayer un chemin.

 

 

EvaEva de Simon Liberati (Stock)

Le sulfureux écrivain consacre son plus récent roman à la femme de sa vie, la non moins controversée Eva Ionesco. Si leur histoire d’amour n’a pris son envol qu’en 2013, leur destin commun a des origines lointaines. À la fin des années 1970, la petite Eva était déjà célèbre ; fille de la photographe Irina Ionesco, elle était régulièrement encouragée à se dénuder et prendre des poses suggestives devant l’objectif manié par sa mère. Les images érotiques qui résultèrent de ces séances firent scandale, mais également la renommée d’Irina. Sans grande surprise, l’enfant-femme hypersexualisée et exploitée devint une adolescente troublée, puis une femme blessée. Âgé de 19 ans, Simon Liberati croise pour la première fois la gamine à la réputation terrible, un soir d’excès ; elle est hors de contrôle. Plus tard, il s’inspirera d’Eva pour un personnage de prostituée dans le roman culte Anthologie des apparitions. En 2013, les chemins de ces deux êtres se croisent à nouveau et cette fois, ils ne se quitteront plus. Dans Eva, Liberati raconte sans pudeur leurs amours mouvementés. Son récit n’épargne ni sa femme, ni lui-même ; il expose tous leurs travers au grand jour. Mais au bout du compte, ce livre est une superbe déclaration d’amour d’un homme écorché par la vie à une femme qui l’est encore davantage.

 

gloire-et-decheanceGloire et déchéance des grandes puissances de Tom Rachman (Québec Amérique)

C’est un livre qu’on savoure à petites doses bien plus qu’on ne le dévore. On y fait la connaissance de Tooly, la propriétaire d’une petite librairie située dans un village perdu de la campagne galloise. La jeune trentenaire s’apprête à retourner sur les traces de son passé, pour enfin comprendre d’où elle vient.  Le long de son parcours, on croisera des personnages formidablement bien construits, mystérieux et hauts en couleur qui, chacun à leur façon, ont joué un rôle dans la vie houleuse de Tooly. Il ne faut jamais se fier aux apparences dans ce roman où les alliés et les ennemis ne sont peut-être pas ceux que l’on croit.  Soulignons les dialogues purement jouissifs, mais également la traduction française singulièrement réussie.

 

 

 

couverture_petit_piment_mabanckou

Petit Piment de Alain Mabanckou (Seuil)

Dans ce roman semi-finaliste au Goncourt, l’auteur franco-congolais qui vit présentement aux États-Unis retourne aux sources, c’est-à-dire à Pointe-Noire, terre de son enfance. L’histoire est celle d’un jeune orphelin qui vit en institution, alors que la révolution socialiste s’abat sur le pays. Au terme de moult péripéties, il parvient à fuir l’orphelinat et la tyrannie de ceux qui la contrôlent. Il vit de menus larcins pendant quelque temps, avant de finalement trouver refuge auprès d’une maquerelle au coeur tendre. Quand ce refuge lui est enlevé, Petit Piment perd la tête pour de bon… mais il n’a pas dit son dernier mot! Mabanckou possède un incroyable talent de conteur, il insuffle humour, fraîcheur et réflexion dans les histoires les plus dures. Dès les premiers instants, on s’attache au garçonnet et on veut absolument savoir où son destin le mènera.

 

 

livre baltimoreLe livre des Baltimore de Joël Dicker (Éditions de Fallois)

Le jeune trentenaire à qui l’on doit le succès planétaire La vérité sur l’affaire Harry Quebert revient trois ans plus tard avec une saga assez costaude, dans laquelle on retrouve le protagoniste du précédent roman, Marcus Goldman. Cette fois, on s’intéresse à son histoire familiale et plus particulièrement à un mystérieux « Drame » qui aurait bouleversé la trajectoire des siens. Sans être un livre qui réinvente la roue, il s’agit sans contredit d’un divertissement de haute voltige, redoutable page-turner à la construction complexe et efficace, qu’on dévore goulûment jusqu’à la dernière ligne sans pouvoir s’arrêter.

 

 

avant-que-toutAvant que tout s’effondre de Liz Worth  (XYZ)

C’est un livre atypique que signe la jeune auteure torontoise Liz Worth avec Avant que tout s’effondre. Très sombre, cet étrange conte futuriste entraîne le lecteur dans un univers post-apocalyptique, où l’espoir est mort et les humains, perdus. Ang, la principale protagoniste, est une jeune femme très portée sur l’auto-destruction et complètement accro à une drogue étrange appelée «grayline».  Seule survivante d’un pacte de suicide, elle assistera à la transformation d’un monde qui, déjà peu accueillant, devient encore plus dur et terrifiant.

 

 

 

 

la gaietélLa gaieté de Justine Levy (Stock)

C’est bien connu : il n’y a rien comme la maternité pour transformer une femme et changer à jamais le regard qu’elle pose sur le monde. En devenant mère, Louise, la narratrice alter-ego de l’auteure, a «décidé d’arrêter d’être triste.» Devenir mère, c’est aussi faire face à sa propre enfance, à ses blessures mal cicatrisées, et c’est refuser de voir ses enfants souffrir à leur tour du même mal. Si l’angoisse et la tristesse pointent encore souvent le bout de son nez au détour des pages, si on ne peut jamais faire table rase du passé, cette oeuvre d’autofiction fait place à l’espoir d’un avenir plus clément.

 

 

 

soumissionSoumission de Michel Houellebecq (Flammarion)

Le dernier Houellebeck a fait couler quantité d’encre et polarisé les opinions. Ses pourfendeurs l’ont dit islamophobe, nous ne sommes pas convaincus qu’il le soit. Pessimiste, oui, misanthrope, certainement, misogyne, à n’en pas douter, francophobe à la rigueur. Néanmoins, avec les horreurs sans nom qui ont frappé la France dans la dernière année et la montée de l’extrême-droite un peu partout dans le monde, le roman pose un regard assez déprimant sur l’avenir de la société française. François, énième alter-ego de l’auteur, est un professeur de littérature solitaire et désabusé spécialiste de Huysman. Il ne s’occupe guère de politique, mais dans cette France imaginée de 2022, où les extrêmes sont au sommet et la menace d’une guerre civile gronde sourdement, la politique, elle, se mêlera de sa vie. Avec sa plume glaciale et acérée, Houellebecq n’épargne au final personne, et surtout pas les politiciens français actuels (Sarkozy, Bayroux, Le Pen etc.), qu’il projette dix ans en avant et dont il dresse un portrait sans merci, mais qui résonne de façon étrangement réaliste.

 

 

luminairesLes luminaires d’Eleanor Catton (Alto)

L’oeuvre est dense, mais tellement palpitante et bien construite qu’il ne s’en dégage pas la moindre impression de lourdeur. On est en pleine ruée vers l’or en Nouvelle-Zélande, pendant la seconde moitié du 19e siècle. Dans ces terres sauvages, une petite communauté est affectée par une série d’incidents étranges : un homme a disparu, un autre est mort et une prostituée opiomane a tenté de mettre fin à ses jours. Quelques semaines après les incidents, le nouveau venu Walter Moody interrompt malgré lui une réunion confidentielle à laquelle participent douze hommes du village, qui tentent d’élucider le mystère. Le livre met en scène des personnages splendides et complexes, qu’on apprendra à connaître dans toute leur complexité pendant près de 1000 pages, dans une atmosphère de Far West pesante et enfumée.

 

 

delivrancesDélivrances de Toni Morrisson (Christian Bourgeois Éditeur)

Parmi les grandes écrivaines contemporaines afro-américaines, Toni Morrison plante le récit de son onzième roman dans l’ère contemporaine, contrairement à son habitude. Une jeune femme noire dans la trentaine, Bride, directrice d’une ligne de produits cosmétiques promise au succès, se voit rattrapée par les fantômes de son passé suite à une rupture. Elle plonge alors dans une crise identitaire aigüe allant jusqu’à percevoir que son corps redevient celui d’une petite fille. L’ancrage contemporain de l’intrigue permet un style plus direct et réaliste dans l’écriture des monologues intérieurs des personnages – l’une des marques de fabrique de l’auteure -, la polyphonie (qui instaure un dialogue entre des êtres en mal de communication qui, autrement, ne se rejoindraient pas) gagne en profondeur au fil des pages. Le plaisir qu’on a à suivre l’héroïne va en crescendo, révélant toute l’ampleur de l’univers et du talent d’écriture de Toni Morrison. Délivrances est un parcours initiatique, de femme, de femme-fille à femme-mère, de femme noire du 20e siècle à femme afro-américaine qui entre dans le 21e siècle. Un hymne à la résilience et à la vie.

 

vernonVernon Subutex de Virginie Despentes (Grasset)

L’auteure de Baise-moi et King Kong théorie revient en force avec cette trilogie qui pose un regard sans complaisance sur une société française en perte de repères. Despentes s’attarde plus spécifiquement à sa propre génération, c’est-à-dire la génération X, autrefois révoltée et punk rock, désormais vieillissante, écartelée entre conformisme et désespoir. Le roman s’articule autour du personnage de Vernon Subutex, ancien disquaire qui a été contraint de vendre sa boutique et, au terme d’une période de lente déchéance, se retrouve devant rien. Il sera contraint d’aller à la rencontre de ses anciens amis, une série de personnages issus de toutes les couches de la société, souvent plus ou moins marginaux, marqués par les excès, désabusés. Les nombreuses références à la musique feront le bonheur des amateurs de rock.

 

ESSAIS

humansHumans of New-York, de Brandon Stanton (St. Martin’s Press)

Le blogue créé par Brandon Stanton, qui va à la rencontre des individus lambda dans les rues de New York pour connaître leur histoire et les photographier, est devenu un véritable phénomène. Il prend maintenant la forme d’un livre. Souvent touchant, parfois amusant, ce livre nous rappelle que la beauté de l’humanité se trouve dans sa diversité. Le feuilleter vous mettra inévitablement le sourire aux lèvres.

 

 

 

hungerHunger Makes Me a Modern Girl de Carrie Brownstein (Riverhead books)

La cofondatrice du groupe Sleater-Kinney, icône du courant musical Riot Grrrl et star de la série Portlandia revient sur les moments marquants de son histoire personnelle dans ce formidable essai biographique. Le besoin de créer, les difficultés familiales, la nécessité d’être authentique et l’amour de la musique sont quelques-uns des thèmes qui s’en dégagent, portés par la très jolie plume de Brownstein, et sa capacité à imager son propos. Seulement disponible en anglais pour le moment (dans une très belle édition, par ailleurs).

 

 

 

conversationConversations d’un enfant du siècle de Frédéric Beigbeder (Grasset)

Cette série d’entretiens avec des auteurs célèbres tels que Bret Easton Ellis, Michel Houellebecq et Umberto Eco plaira aux fans de Beigbeder et, plus largement, à tous ceux qui s’intéressent de près à la littérature du vingtième siècle.

 

 

 

 

 

intestin

Le charme discret de l’intestin de Giulia Enders (Actes Sud)

L’Allemande Giulia Enders, une étudiante en médecine de 25 ans, a entrepris de démystifier cet organe plein de surprises et trop souvent incompris qu’est l’intestin. Elle l’a fait avec beaucoup d’humour et un talent d’écriture indéniable. Cet ouvrage de vulgarisation, qui a connu un succès absolument phénoménal depuis sa parution, deviendra le meilleur ami de tous ceux qui rêvent de mieux comprendre les aléas de leur digestion.

 

 

 

 

Les coups de coeur de cet article ont été choisis par Alex,  Alexandra, Alexandre, Jeanne, Katia et Marion. Pour en savoir plus sur notre démarche, c’est ici.

Quels livres étrangers avez-vous feuilletés avec plaisir en 2015?

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Vos commentaires

  1. Encore trouvé personne qui a réussi à lire Les luminaires jusque au bout: histoire étrange, lieux déshumanisés et personnages non attachants. Un livre bizarre qui jouit d’une bonne réputation non méritée. Après 600 pages on cherche encore où on s’en va. L’histoire est si compliquée que l’auteur doit la résumer à deux reprises pour ne pas perdre le lecteur.

    Commentaire de Louise Plante

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