Paula Scher et l’amour des cartes géographiques

9 février 2015

Pendant plusieurs années, mon père fût professeur de géographie. Pour rendre la matière à enseigner plus ludique, il assista ses élèves dans la création d’une grande carte du monde peinte sur un mur de sa classe. Je me rappelle avoir été impressionné en admirant cette murale collective. Encore aujourd’hui, je peux rester de longues minutes en pâmoison devant une carte géographique, comme face à une œuvre d’art.

J’ai découvert la designer Paula Scher par cette passion commune. Depuis les années 90, elle s’adonne à un passe-temps hors de l’ordinaire : peindre de grandes cartes géographiques où la typographie est à l’honneur. Aujourd’hui associée à la firme de design Pentagram, Paula Scher est l’une des grandes designers graphiques américaines. Son portefolio est colossal, tout comme l’impact de ses créations souvent de taille imposante.

J’ai le grand plaisir de vous partager mon entrevue avec Paula Scher, une femme inspirante aux idées de grandeur.

PAULASCHER-1PAULA SCHER ET SON OEUVRE TSUNAMI     PHOTO : JOHN MADERE

MAP-TSUNAMIDÉTAIL DE L’OEUVRE TSUNAMI

La géographie et les cartes font partie de votre vie depuis longtemps. Parlez-moi d’un souvenir de jeunesse où votre amour des cartes géographiques a commencé.

Je me rappelle de mon père me montrant une carte très détaillée de notre quartier. Je pouvais trouver tous les lieux qui avaient de l’importance pour moi : ma maison, mon école, les maisons de mes amis, et l’endroit de l’autre côté de la rue dans les bois ayant une formation rocheuse que j’utilisais comme forteresse. Tout cela me semblait si personnel, mais public en même temps.

Vos projets allouent une grande place à la typographie. D’où provient cette grande passion pour cet art?

J’ai toujours utilisé la typographie comme boîte à outils en toutes choses. Je résous presque tous mes problèmes de design à travers l’utilisation de lettres. Peindre le noms des lieux me permet de créer la forme et la narration en même temps.

MAP-MANHATTANDÉTAIL DE L’OEUVRE MANHATTAN

Comment la ville de New York où vous habitez, influence votre façon de créer ?

Manhattan est une île où tout est entassé dans un espace relativement restreint. Mes peintures ressemblent beaucoup à ça.

Pendant certains moments cruciaux de votre carrière, le fait de ne pas savoir ce que vous faisiez, être intuitive et sous-qualifiée pour l’emploi vous a entraîné vers vos projets les plus intéressants. Expliquez-moi comment tout cela peut arriver ?

Parfois, lorsque vous ne savez pas ce que vous faites, vous commettez d’intéressantes erreurs. Vous apprenez beaucoup de vos erreurs. C’est la façon dont vous faites le plus de découvertes.

MAP-AFRICADÉTAIL DE L’OEUVRE AFRICA

Vous avez enseigné à la School of Visual Arts de New York pendant plus de trois décennies. De quoi aimeriez-vous que vos étudiants se souviennent de vos cours ?

Mes premiers étudiants se souviennent de moi comme une fumeuse et ont toujours eu peur que ma cendre tombe sur leur travail, et ça arrivait parfois. J’espère que mes élèves ont surtout appris qu’il est important d’apprendre leur métier. Il est important qu’ils apprennent à expliquer leur processus créatif, le comment et le pourquoi de leurs projets.

Un jour, vos œuvres entrent dans une galerie d’art, se vendent bien, puis la galerie vous en demande plus, et plus vite. Est-ce que le succès peut tuer le plaisir de créer ?

Absolument. Le jeu peut devenir un travail très rapidement.

Dans une conférence, vous avez mentionné que votre travail est de jouer. Quel est le rôle du jeu dans votre processus créatif ?

Le jeu est la partie de la création qui se déroule sans aucun filet. Après avoir lu le briefing, oubliez le PowerPoint et laissez votre intuition prendre le dessus.

 

MAP-THEWORLD - 2THE WORLD, 1998, ACRYLIQUE SUR CANEVAS

MAP-JAPAN-2JAPAN, 2004, ACRYLIQUE SUR CANEVAS

Pour en savoir plus sur Paula Scher et son projet MAPS, un livre est disponible regroupant certaines de ses peintures, installations et dessins.

 

 

Patrick Dupuis (26 billets)

La nuit tombée, Patrick rêve qu’il habite une maison d’architecte signée Pierre Thibault quelque part entre Montréal, Tokyo et Frelighsburg. Il s’imagine partager un thé Darjeeling en discutant avec le réalisateur Wes Anderson, le designer Jony Ive, le photographe Anton Corbijn et l’ex-étoile du tennis Andre Agassi. D’ici à ce que le marchand de rêves lui livre toute la marchandise, il est designer graphique, motion designer et concepteur-réalisateur pour ICI ARTV.

Vos commentaires

  1. C’est beau j aime ça

    Commentaire de voilesdoiseaux
  2. J’aime ART-TV car j’ai un programme que j’enregistrais et c’était « Le temps d’une temps » que j’aimais beaucoup. Le Bon Vieux Temps comme on disait. j’ai hâte de le revoir, j’espère qu’il sera dans la programmation de cet automne et cet hiver. Lucille Arsenautl 140 2e avenue Louiseville J5V 1X1 tél: 819-721-1470 cellulaire: 438-492-2808. Courriel: lucille_arsenault@hotmail.com

    Commentaire de Lucille Arsenault
  3. Paula Scher sera au Cegep Édouard-Montpetit le 19 mars 2015 prochain dans le cadre au OFFF festival. Elle y donnera une conférence! –> http://offftourqc.ca/

    Commentaire de Catherine Sauzede

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