Rencontre avec India Desjardins

19 novembre 2014

Chaque année, j’attends impatiemment le mois de novembre pour une chose, une seule: le Salon du livre de Montréal! Quand j’étais jeune, ma mère m’amenait à l’événement et on pouvait vraiment y passer la journée entière. J’avais le budget pour m’acheter un ou deux livres et je prenais le temps de les choisir minutieusement. L’année de ma troisième secondaire, mon choix s’est arrêté sur un roman qui mettait en scène une jeune fille de mon âge, tout aussi peu sûre d’elle et maladroite que moi, dans une école qui ressemblait étrangement à la mienne. Cette année-là, j’ai fait une très belle rencontre avec India Desjardins, l’auteure derrière la série Le Journal d’Aurélie Laflamme

India2007

India et moi (15 ans) au Salon du livre de Montréal en 2007… ça trahit un peu mon âge! 


Entrevue avec une auteure que j’apprécie autant sur papier que dans la vie!

India, à combien de Salons du livre as-tu eu l’occasion de participer depuis tes débuts? 

Je ne sais pas… Je ne les ai pas comptés. Mais mon premier livre est sorti en 2005, donc ça fait depuis ce temps-là. Et, chaque année, je fais pas mal tous les Salons du livre, même en région.

Quelles étaient tes attentes lors de ton premier Salon du livre ? 

Je n’avais aucune attente! Évidemment, j’avais le goût de vivre ça et de rencontrer le public. Mon premier livre, c’était Les aventures d’India Jones et je m’étais dit que le Salon du livre c’était une bonne façon pour moi de rencontrer les gens. J’avais préparé un cahier avec une revue de presse en me disant que si quelqu’un passait à côté de mon kiosque et qu’il voulait en savoir un peu sur mon livre, il pourrait feuilleter ça. J’ai aussi eu quelques personnes qui sont venues me voir parce qu’elles avaient envie de me dire qu’elles avaient lu le livre et ça m’avait surprise. Après avoir écrit mon premier livre, j’avais fait beaucoup de sacrifices et je n’étais pas nécessairement sûre que j’en écrirais d’autres. Et il y a plein de monde que je ne connaissais pas qui m’ont encouragé. Il y a eu des rencontres déterminantes qui ont fait partie des raisons pour lesquelles j’ai écrit Aurélie Laflamme.

Tu dis que tu n’avais pas d’attentes, aujourd’hui est-ce que tu en as quand tu visites des Salons du livre? 

Je n’ai jamais d’attentes. La première fois que je suis allée dans un Salon du livre, ce n’était pas à Montréal, c’était en Abitibi. Et je savais que dans les salons du livre, les auteurs sont à leur table et attendent les lecteurs. Moi, j’avais peur de ça. Je me souviens que dans les premières minutes, j’étais toute seule à ma table et je me disais: «Bon. Là, je vais me lever et je vais dire bonjour aux gens». Même si le monde ne venait pas pour me voir, je me disais que, moi, j’allais les saluer et qu’au pire ça allait faire passer le temps plus vite que si je restais assise à ma table. J’ai jasé avec les gens et finalement, j’ai vendu les 30 livres que j’avais avec moi! Ça me reste tout le temps en tête; pour moi c’est comme ça que ç’a commencé les Salons du livre: en jasant avec le monde. Certains disent parfois, sur les blogues, que quelques auteurs et moi, nous ne connaitrons jamais de Salon du livre où nous serons seuls à notre table. Mais, ce n’est pas vrai. On a connu ça, nous aussi. Je n’écris pas des livres parce que je veux avoir des files dans les Salons du livre. J’écris des livres parce que j’aime ça. Le fait qu’il y ait une file, c’est incroyable et j’en suis vraiment touchée. Je suis touchée que les gens attendent pour me parler et je prends ça comme un privilège. Je sais d’où je viens. Et je sais que ça ne sera pas toujours comme ça. On ne peut jamais s’attendre à ce qu’une situation reste éternellement la même. Alors, j’en profite pour jaser avec le monde et passer un moment avec eux parce que c’est peut-être la dernière fois que je vis ça. J’aime ça jaser avec les gens; dans le temps où il n’y avait personne à mon kiosque, c’est moi qui allais chercher le monde pour discuter. Alors maintenant, même s’il y a une longue file lors de mes dédicaces, je fais la même chose. Je pense que je suis restée moi-même là-dedans. Chaque année, je suis surprise parce que, des fois, il y a trois heures d’attentes et à la fin… c’est juste moi!

Tous ces gens qui viennent te parler, est-ce que c’est une occasion de trouver de l’inspiration? 

Oui, c’est une grande source d’inspiration! Je reçois tellement d’anecdotes. Il y a des gens qui me donnent des idées et c’est tellement enrichissant toutes ces rencontres-là. Ça me touche de revoir les gens chaque année et de les voir évoluer! Par exemple, il y a une fille qui a lu mon premier livre quand elle avait vingt ans et, maintenant, elle est mère de famille.

Tu écris autant pour les jeunes que pour les adultes. Est-ce que tu vois des différences ou des ressemblances entre ton lectorat adolescent et ton lectorat adulte? 

C’est vrai qu’il y a quelques années, c’était plus des ados et des jeunes filles qui venaient me voir, mais maintenant c’est vraiment mélangé; il y a des gens de tous âges, des gars… Et tout le monde me parle et me partage des anecdotes. Tous âges et tous genres confondus!

Cette année, tu es nommée avec Le Noël de Marguerite pour les prix littéraires du Gouverneur Général (félicitations!). Qu’est-ce que ça change dans la carrière d’une auteure d’avoir cette reconnaissance-là? 

Je suis vraiment honorée d’être en nomination pour ce prix-là, mais ça ne fera pas que je vais essayer d’écrire des livres pour recevoir des prix. Et je ne pense pas que les gens soient comme ça dans la vie, du moins, je l’espère. Moi, ma plus belle récompense, c’est quand quelqu’un me dit qu’il se reconnait dans mon histoire et que ça l’a aidé. Il n’y a rien qui bat ça pour moi. Un jour, il y a un jeune garçon qui m’a raconté que le personnage de Jean-Félix dans Le Journal d’Aurélie Laflamme l’avait aidé à s’accepter et à faire son coming-out auprès de sa famille et ses amis. Une autre fille m’a dit que mes romans l’avaient aidée à passer à travers les épreuves de son adolescence. Pour moi, ça, c’est un très grand prix. Avoir une relation avec mes lecteurs et de savoir qu’ils se sentent moins seuls dans certaines situations, c’est ma plus belle motivation! Côté carrière, je ne manque pas de projets, mais je n’ai pas encore vu de répercussions suite à la nomination du Noël de Marguerite. 

Le Noël de Marguerite , DESJARDINS, INDIA*BLANCHET, PASCAL © PASTEQUE 2013

Le Noël de Marguerite , DESJARDINS, INDIA*BLANCHET, PASCAL
© PASTEQUE 2013

Pour Le Noël de Marguerite, est-ce que la collaboration avec Pascal Blanchet impliquait un travail semblable à celui que tu as fait avec Magalie Foutrier pour La Célibataire ?

Non. Pour Le Noël de Marguerite, le texte était déjà écrit et j’avais fait un peu de scénarisation pour les dessins. Sinon, on se faisait des commentaires, mais c’était un travail beaucoup moins proche. Avec Magalie, on a une super belle chimie. On a travaillé en équipe et j’aimais conforter mes idées à celles de quelqu’un d’autre.

Pour la bande dessinée La Célibataire, pourquoi avoir opté pour le format BD plutôt qu’un roman? 

Quand j’écrivais Le Journal d’Aurélie Laflamme, je me faisais plein de dossiers avec mes idées et je les classais par tome. J’avais des idées qui ne rentraient pas dans ces dossiers alors je m’en suis fait un nommé «prochain roman». Quand j’ai eu terminé d’écrire les romans d’Aurélie Laflamme, je me suis dit que je ne pouvais pas écrire un autre roman tout de suite parce que j’étais trop habituée à écrire Le Journal d’Aurélie Laflamme. Ça aurait été trop semblable. J’avais envie de faire quelque chose d’un peu différent, mais qui reste moi-même et que j’aime. J’aime la BD et de la bande dessinée pour filles, il n’y en avait pas vraiment au Québec. Alors je me suis dit : «Pourquoi ne pas essayer?» et prendre un petit risque. C’était un projet que j’avais vraiment envie de faire de cette façon-là. La BD, ça me permettait de raconter une histoire complètement différente. Au début, ça devait être un projet d’un seul tome, mais c’est Magalie Foutrier qui m’a convaincue d’en faire un deuxième. Je me suis même demandé si j’allais devenir une auteure de bande dessinée, parce que Le Noël de Marguerite est un livre illustré aussi. Mais là, si j’écris un autre roman, même si c’est une comédie romantique racontée avec humour, je pense que je serais capable d’être différente de mes romans d’Aurélie Laflamme.

Avec La célibataire, pourquoi aborder le thème du célibat en 2014 ? 

Je ne me suis pas dit que je voulais absolument parler du célibat en 2014 quand je l’ai écrit. C’est surtout que j’avais des histoires à raconter. Je ne vais pas développer quelque chose avec ma logique, je vais le faire avec mon instinct. J’avais le goût de raconter quelque chose qui me ressemble, une situation qui est vécue par plein de monde.   Dans le tome 1, je voulais l’aborder avec l’angle de la solitude et, dans le tome 2, avec celui de la zone de confort. Dans le premier tome, il fallait que la célibataire apprenne à être bien toute seule. Dans le deuxième, elle l’est, mais maintenant, elle doit trouver comment se sortir du célibat alors qu’elle est bien avec elle-même. C’est difficile de se sortir de sa zone de confort. Il y a plein de filles qui sont bien seules, mais je crois qu’on a toutes un peu envie de vivre une relation amoureuse. Souvent, on se complique la vie parce qu’on a peur et qu’on a été blessé.

Survivante , DESJARDINS, INDIA*FOUTRIER, MAGALIE © HOMME 2014

Survivante , DESJARDINS, INDIA*FOUTRIER, MAGALIE
© HOMME 2014

Le tournage du deuxième film d’Aurélie Laflamme s’est terminé récemment, est-ce que ça été plus facile d’écrire le deuxième scénario que le premier? 

Le premier film, je l’ai co-scénarisé avec le réalisateur, alors ç’a été plus facile dans le sens qu’on était deux et que je faisais confiance à la vision du réalisateur. Je dirais que le deuxième a été plus difficile à écrire parce que j’étais seule. J’ai moins de notions de scénarisation, ç’a donc été beaucoup plus long et beaucoup plus de travail. Mais j’avais envie de le faire toute seule parce que je voulais que ce soit ma vision.

Est-ce que tu développes tes projets de la même façon, que ce soit un roman, une BD ou un scénario de film? 

J’ai toujours eu une structure bien élaborée dans ma tête quand je travaille, mais c’est trois choses vraiment différentes l’écriture d’un roman, d’un scénario de film ou d’un scénario de bande dessinée. Mon écriture préférée, c’est le roman. Et en BD, c’est le fun de pouvoir trouver des idées d’images que je ne pourrais pas mettre dans un roman. Par exemple, dans le tome 2 de La Célibataire, tous les passages sur l’île déserte, ça n’aurait pas bien passé dans un roman parce qu’il aurait fallu que je l’explique. Pour ce qui est de l’écriture des scénarios de films d’Aurélie Laflamme, je n’aurais pas été capable de laisser ça entre les mains de quelqu’un d’autre. Des fois, j’ai dû faire des changements dans l’histoire parce qu’il y avait des choses qui fonctionnaient dans les livres, mais pas à l’écran. Donc, je dois vivre des petits deuils que je m’impose à moi-même.

Tu es productrice associée pour les films d’Aurélie Laflamme, qu’est-ce que ça implique? 

Ça implique seulement que lorsqu’il y a une décision à prendre, on m’implique. Je suis informée de tout et on m’explique pourquoi on veut faire les choses de telle ou telle façon. Avec ce titre-là, au moins, ça me permet de rester près du résultat final et d’assumer totalement le film. Je suis aussi très présente lors du tournage. J’arrive tout le temps sur le plateau et je me rappelle que j’ai créé Aurélie alors que j’étais en pyjama. Maintenant, il y a plein de monde qui travaille pour mettre en images mon histoire.

Ta feuille de route compte plusieurs romans et nouvelles, deux bandes dessinées, un album illustré, deux films et tu es même conseillère à la scénarisation pour la série Ces gars-là.  Quand tu as décidé de délaisser le journalisme pour être auteure, est-ce que tu t’imaginais avoir une carrière aussi diversifiée presque 10 ans plus tard? 

Jamais je  n’aurais pu croire ça. Mais là-dedans, j’ai seulement suivi mon coeur et mon instinct. J’ai beaucoup de reconnaissance pour ce qui m’est arrivé!

Est-ce qu’il y a un sujet sur lequel tu aimerais écrire prochainement? 

Pas particulièrement. Je laisse la place à l’inspiration et au moment. Et c’est formidable parce que l’année passée quand j’étais au Salon du livre, je demandais aux gens qui achetaient La Célibataire et Le Noël de Marguerite, s’ils étaient déçus que je n’aie pas écrit un autre roman et on me répondait: «India, écris ce que tu veux, nous on va te suivre quand même». Je me trouve tellement chanceuse que le public me dise ça! Il faut juste que j’écrive ce que je veux au moment que je le veux. J’ai beaucoup de liberté et c’est à moi de la prendre!

Actuellement, quels sont tes projets? 

C’est sûr qu’en ce moment, le film m’occupe beaucoup. J’ai aussi envie de faire un autre conte illustré et j’aimerais écrire un nouveau roman!


Vous vous en doutez sûrement, j’ai grandi avec les livres d’India Desjardins. Je suis une de ces lectrices qu’elle a vu évoluer. Année après année, mes discussions avec elle au Salon du livre étaient mes moments forts de l’événement. Tout comme son célèbre personnage, moi aussi j’ai grandi, mais aujourd’hui, je me retrouve autant dans les personnages de ses bandes dessinées ou de ses nouvelles qu’à l’époque d’Aurélie Laflamme!

Si vous aussi vous avez envie de jaser avec cette sympathique auteure, elle sera en séances de dédicaces au Salon du livre de Montréal :

  • Vendredi 21 novembre 2014 de 18h30 à 20h au kiosque de la maison d’édition de l’Homme pour La Célibataire: Survivante.
  • Samedi 22 novembre de 16h30 à 18h30 au kiosque de la maison d’édition de l’Homme pour La Célibataire: Survivante. 
  • Samedi 22 novembre 2014 de 19h à 20h30 au kiosque de la Pastèque pour Le Noël de Marguerite. 
  • Dimanche 23 novembre de 15h30 à 17h30 au kiosque de la maison d’édition de l’Homme pour La Célibataire: Survivante. 

 

Et vous, quels sont vos meilleurs souvenirs du Salon du livre?

 

SLM2014 avec India

Avec India Desjardins, lors de sa séance de dédicaces vendredi soir, au Salon du livre de Montréal 2014. 


Fidèles lectrices d'India

Avec de fidèles lectrices d’India Desjardins… on se reconnait dans la file d’attente, année après année ! 

Katia Landry (34 billets)

Katia est une passionnée d'arts et de culture. Après avoir étudié l'art dramatique au Cégep, elle s'inscrit en Stratégies de production culturelle et médiatique à l'UQÀM. C'est ainsi qu'elle atterrit chez ICI ARTV dans le cadre de son stage de fin d'études. Curieuse de voir tout ce qui se fait au théâtre, en cinéma et en télé, Katia se garde aussi du temps pour explorer toutes les autres formes artistiques. Si seulement les journées pouvaient être plus longues afin de pouvoir écouter, voir, lire et écrire davantage!

Vos commentaires

  1. India, je suis déjà au tome 3 d’Aurélie Laflamme et je me demande ou trouve tu toutes cette inspiration ?
    :)

    Commentaire de jade
  2. Salut Katia,
    Merci de me l’avoir fait connaître et appréciée!
    Moi qui adore la BD, tu peux être certaine que je vais me les procurer, les dévorer et t’en donner des nouvelles.
    À très bientôt!
    Michèle

    Commentaire de Michèle
  3. Katia,
    Tu me donnes trop hâte au Salon du livre de l’Outaouais qui aura lieu du 26 février au 1er mars 2015. Pour avoir moi aussi rencontré India Desjardins au SLO, je suis d’accord avec toi. C’est une auteure très sympathique et accessible. Son beau grand sourire nous accueille et nous invite à partager une anecdote.

    Pour moi, le salon du livre c’est un rendez-vous à ne pas manquer à chaque année. J’ai déjà ma journée de congé inscrite à mon agenda. En plus de tous les livres disponibles évidemment, j’aime bien assister aux entrevues, débats et discussions sur différents sujets avec les auteurs. C’est une façon de mieux les connaître dans une atmosphère convivial.

    Il doit y avoir quelque chose de vraiment spécial dans un salon du livre pour que mon fils de 14ans qui me dit ne pas vouloir lire un livre, me demande toujours pour aller faire un tour au salon du livre. Donc, je ne perds pas espoir et je l’amène chaque année en me disant qu’un jour il aura un coup de foudre pour un livre ou un auteur.

    Vive les livres! Vive les salons du livres!

    Élyse.

    Commentaire de Élyse Landry

Laisser un commentaire

(requis)