Édito d’une geek

17 novembre 2014

geek

Le #GamerGate, ça vous dit quelque chose? C’est une énorme controverse qui sévit depuis quelques mois dans le monde du jeu vidéo. À l’origine, il s’agissait d’une critique des  liens étroits qu’entretiennent les concepteurs de jeux vidéo et les médias spécialisés. Cependant, l’importante discussion sur l’intégrité des journalistes a rapidement dévié (pour ne pas dire dérapé) suite à des commentaires douteux de la part d’un groupe misogyne.

La controverse prenait ainsi une tout autre direction avec, en trame de fond une histoire de cœur qui avait mal tourné et s’est vite transformée en campagne de salissage. En résumé, l’ex-ami de coeur de Zoe Quinn, une conceptrice de jeux vidéo, prétendait que celle-ci avait couché avec des journalistes afin d’obtenir une meilleure couverture pour son nouveau jeu, Depression Quest. Coucher pour réussir? Ce n’est pas la première fois qu’on entend une aberration du genre.

Le #GamerGate ramène donc, malgré lui, la question du sexisme qui est, on ne se le cachera pas, encore très présent de nos jours. Étant une geek assumée, c’est-à-dire une fille qui joue à des jeux vidéo, j’ai décidé de partager avec vous quelques réflexions et quelques anecdotes sur le monde des gamers.

Tout d’abord, un peu de statistiques. 59% des Américains jouent à des jeux vidéo. Vous serez certainement étonné d’apprendre que près de la moitié des joueurs, plus exactement 48%, sont des femmes! De plus, sur l’ensemble des joueurs, les femmes âgées de 18 ans et plus sont beaucoup plus nombreuses (36%) que les garçons de 18 ans et moins (17%).

J’adore jouer à des jeux de guerre et Call of duty, c’est ma série préférée – même si certains disent que ça se répète toujours, moi je trippe.  Et, ô surprise, c’est vraiment une bonne façon de se détendre! (Si, si! Je vous le jure!)  Je me plonge tellement dans cet univers hostile, qu’une fois armée d’un sniper, je retiens mon souffle, comme un vrai soldat, afin de bien viser. C’est le meilleur anxiolytique sur le marché, rien de moins.

Je me souviens encore de la première fois que j’ai essayé de jouer à ce jeu en ligne. Je me sentais enfin prête à affronter d’autres joueurs. J’ai donc enfilé mes écouteurs et branché mon microphone, sans savoir que finalement, j’étais bien mieux de jouer en solo.

Dès que j’ai eu prononcé mes premiers mots, tout de suite on m’a demandé si j’étais une fille. J’en conviens, on n’est peut-être pas des millions à jouer à ce genre de jeux, mais dès que je confirme que c’est bien le cas, trois types de conversations sont susceptibles d’être engagées:

1) Je me fais dire de retourner à la cuisine. De retourner jouer avec mes poupées. 

Je vous précise que j’ai commencé à jouer en ligne en 2012. Pas en 1950! Ça va, les préjugés?

2) Je me fais aborder directement et les joueurs me proposent de rester près d’eux afin d’être protégée. 

Non, mais, est-ce que j’ai l’air d’avoir besoin d’un sauveur? Tout de suite, parce que je suis une fille, je suis automatiquement faible, c’est quoi? Et pourquoi tu m’appelles baby à toutes les deux secondes?

3) Les demandes d’amitiés et les messages privés abondent. «As-tu une webcam?» «Envoie-moi une photo de toi SVP!» «Hey sexy!»

Désagréable, tout simplement. Moi, je suis là, les deux mains sur ma manette, je veux seulement me faire du fun et tirer du gunEux, ils sont là, les deux mains sur leurs manettes… à me donner le goût de tout arrêter.

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Quand mon copain joue en ligne, il est considéré comme un allié et non comme un faible qu’il faut protéger. Il peut avoir des conversations normales, plaisanter et élaborer des stratégies en équipe. On ne lui demande jamais son âge, sa taille de bonnet ou ce qu’il porte. Pourquoi est-ce que je n’ai pas droit à une expérience de jeu comme un gars? 

La gent féminine est mal représentée dans le milieu du jeu vidéo et l‘image de la femme est en fait complètement ridicule. Un jour, peut-être, je pourrai choisir un personnage féminin avec des seins de taille normale et habillée décemment. (Peut-être même que l’option pour grossir les seins de mon personnage n’existera plus… On peut rêver non?) D’ici là, la présence féminine dans tel ou tel jeu vidéo se résume à des gros plans de décolleté bien garni et de fesses bien moulées. Mais bon, on pourrait en parler longtemps, de tout ça… Et m’emporter servirait à quoi? À part me faire traiter de féministe hystérique?

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Tout ça pour vous dire que je tenais simplement à partager mes expériences avec vous, et vous rappeler que quand vous dites «Je pensais que c’était juste les gars qui jouaient aux jeux vidéo», eh bien, c’est insultant. 

Certes, le débat originel du #Gamergate n’a peut-être finalement pas eu lieu, mais il a donné une occasion de se rappeler que la culture misogyne existe et demeure un problème, autant dans les jeux vidéo que dans la rue (comme nous le présentait récemment la vidéo Catcalled in New York. Au final, messieurs, changez donc vos idées préconçues. Mesdames, osez crier votre inconfort. 

Alex Beausoleil (31 billets)

Passionnée de culture, Alex croit, tout comme Dostoïevski, que c’est l’art qui sauvera le monde. C’est pourquoi elle prend plaisir à enchaîner les séries télévisées les unes après les autres, visionner les nouveautés cinématographiques, gaver ses oreilles de délicate musique, voyager avec la littérature et pitonner sur sa manette de Xbox pour se divertir. Elle est coordonatrice au contenu pour ICI ARTV.

Vos commentaires

  1. Je crois que le terme « mysoginie » est exagéré dans votre texte et les exemples que vous donnez. « Condécendence » serait plus approprié. L’image sexuelle de la femme est utilisé à outrances avec les stéréotypes qui s’y rattachent. Il y a toute une conscience sociale qui doit évoluer et, malheureusement, il y a encore beaucoup de travail à faire à ce sujet.

    Commentaire de Jean-Pierre Ebacher
  2. Juste un commentaire sur tes statistiques par tranche d’ages… Y’a pas mal plus de fille de 18 ans et plus que de gars de 18 ans et moins. L’espérance de vie étant de 78 ans, même en gardant que les gens de 18 à 60 ans, c’est pas mal plus de monde que de 1 à 18.

    En ce qui attrait à la réaction face aux femmes en ligne, c’est typiquement l’anonymat d’internet. Ils n’agiraient pas ainsi, si leur véritable nom était visible et ce n’est pas seulement vrai pour les femmes. Le mot « faggot » se fait attendre à peut près une fois par minute en général sur des jeux comme Call of Duty.
    Il s’agit d’une série très appréciée par les plus jeunes, souvent mineurs. Si tu recherches une expérience plus mature, je t’inviterais à rechercher des jeux plus sérieux comme Arma III ou dans un tout autre domaine, des mobas. Surtout que tu peux faire des salaires allant chercher dans les 200 000$ à streamer LoL/Dota2/Smite.

    Commentaire de Jean-Francois Fournier
  3. Malheureusement, il est difficile de faire une éducation des jeunes sur des questions sensibles (Arts, sexualité, genre, Histoire, Philo, etc) car il n’y a pas de volonté politique et une certaine haine sociale des sujets entrainant des remises en question. L’impact est qu’encore aujourd’hui, le choix de 10 personnages masculins a l’équivalence de 3 poulettes.

    Certains jeux s’améliorent (Diablo 3) et, si sur 5 personnages une femme est sexy pour certaines raisons, je peux comprendre et l’accepter. Plusieurs domaines demeurent encore très patriarcaux, évidemment sur dans lesquels les femmes ont une place inférieure et, par la nature des relations entre les individus, il n’est pas intéressant d’y accéder.

    Des gens comme vous, avec votre blogues, devriez commencer par la base; qu’est-ce que le féminisme, quelles sont les revendications de ces groupes, quelle est la pluralité de la pensée féministe, quelle est la différence entre sexe et genre, etc. Vous pouvez facilement recouper le jeu vidéo avec ces thématiques et toucher des gens.

    Commentaire de Guillaume Fournier
  4. Bravo :) Un sujet trop peu abordé selon moi. Il ne faut pas oublier qu’il y a des filles qui jouent aussi et que le milieu devrait donc les représenter aussi!

    Commentaire de Mariève

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