Susan Kare et l’art au coeur de l’ordinateur

24 octobre 2014

Devant mon premier ordinateur, pendant mes études en design graphique, deux illustrations aux antipodes l’une de l’autre me sont restées en mémoire. Le petit Macintosh qui m’accueillait en souriant quand j’allumais mon ordinateur, et la montre indiquant désespérément les longues minutes passées à sauvegarder un fichier trop lourd. À l’époque, je ne connaissais aucunement la personne à l’origine de ces petits dessins originaux.

L’icône de la poubelle au coin de votre écran, c’est son idée à elle. Le dessin des cartes à jouer du Jeu de Solitaire, c’est elle aussi. Son portefolio est garni de milliers de minuscules illustrations réalisées pour une centaine d’entreprises dont Apple, Microsoft et Facebook. Depuis que l’ordinateur est entré dans nos vies, ses créations font partie de notre quotidien.

Je vous présente mon entrevue avec Susan Kare, une femme pleine d’idées qui a su apporter chaleur et humour au monde de l’informatique.

susankareCRÉDIT PHOTO: ANN RHONEY

Parlez-nous d’un souvenir de jeunesse ayant eu un impact sur votre choix de devenir artiste.

Je me souviens d’avoir aimé dessiner et peindre depuis ma première année à l’école, et ma mère m’y encourageait beaucoup. Quand je suis née, elle souffrait de la polio et n’était pas en mesure de pratiquer beaucoup de sports. Par contre, elle m’a toujours aidé dans mes projets artistiques.

En 1982, comment une artiste ne connaissant presque rien aux ordinateurs s’est retrouvée dans l’une des équipes les plus créatives de la révolution informatique ?

Ce fût un coup de chance, gracieuseté d’Andy Hertzfeld un ami de l’école secondaire. Il était l’un des principaux programmateurs de la division Mac chez Apple. C’est lui qui m’a informé d’une ouverture de poste de designer graphique dans la division logiciel.

Parlez-nous de votre entrevue d’embauche chez Apple. Comment leur avez-vous prouvé que vous étiez la personne idéale pour l’emploi ?

Je n’avais aucune expérience en informatique. Mais j’avais fait une recherche sur le design de la typographie et je l’ai présenté à l’entrevue avec une pile de livres sur le sujet. Puis,  j’ai esquissé quelques icônes de base sur du papier quadrillé. J’espérais leur démontrer que j’étais vraiment intéressée et que j’avais un ensemble de compétences adaptées à l’emploi.

Quel était votre rôle chez Apple ?

Le titre sur ma carte d’affaires disait : Artiste du Macintosh. Mon travail consistait à créer des fontes digitales, des icônes et autres interfaces graphiques. Avec le temps, j’ai aussi fait du pixel art pour des manuels et de la publicité.

Créer des icônes est devenu votre spécialité. Lesquelles de vos créations vous apportent le plus de fierté ?

Je suis reconnaissante que plusieurs icônes que j’ai créées soient encore utilisées 30 ans plus tard. Je pense au contenant de peinture pour le remplissage de couleurs, au lasso, et à la main pour les déplacements latéraux. Mes icones favorites sont le Smiling Macintosh et la montre.

Quelles sont les clés pour créer une icône qui durera longtemps ?

Bien, il n’y a pas de recette magique parce que chaque problème de design est différent. Mais je crois qu’un symbole simple, utile et reconnaissable peut surmonter l’épreuve du temps.

De vos débuts jusqu’à aujourd’hui, quels sont vos outils de création ?

J’ai utilisé le locigiel d’icônes créé par Andy Hertzfeld, et ensuite le logiciel MacPaint développé par Bill Atkinson. Plus tard, ce fut le logiciel Studio 8 par Electronic Arts. Et maintenant, j’utilise les fabuleux logiciels Photoshop et Illustrator de Adobe.

Dans votre portefolio figure un dessin inusité : une bombe. Quel est l’histoire de sa création ?

J’ai eu la commande de créer un symbole pour illustrer la défaillance d’un système informatique. On m’a informé que cette icône ne serait quasiment jamais vue. C’est pourquoi j’ai eu un certain plaisir avec ce dessin. Malheureusement, il y eut plus de défaillances que prévu !

Peu de temps après le lancement de l’ordinateur Macintosh, l’appel téléphonique d’une utilisatrice Mac fut dirigé vers la division logiciel car la personne au bout du fil était dans tous ses états. Elle avait aperçu l’icône de la bombe sur son écran et avait peur que son ordinateur explose !

D’où provient votre inspiration, et quel est votre modèle en tant qu’artiste ?

Je suis inspirée par la nature, les artistes et tout les types d’art. Certains de mes héros du design sont Charles Eames et Paul Rand. J’ai étudié l’histoire de l’art et je suis attiré par les mosaïques, les hiéroglyphes, la couture et les pétroglyphes, en relation à la création de pixel art.

Plusieurs de vos créations sont devenues des images cultes et se sont propagées dans différentes sphères du monde des arts. Donnez-nous un exemple.

Je suis une admiratrice de l’artiste du graffiti connu sous le nom d’Invader. Il incorpore certaines de mes icônes dans son travail.

Quel est votre meilleur conseil pour être créatif et le rester ?

Je pense que l’inspiration est partout. J’essaie de prendre beaucoup de photos de détails graphiques, de graffitis, de signalisation, de design de produits, etc. C’est aussi intéressant et stimulant de relever de nouveaux défis de conception qui testent votre capacité à résoudre des problèmes.

En écoutant l’une de vos conférences sur internet, j’ai noté votre grand sens de l’humour. Croyez-vous que cet aspect de votre personnalité vous aide à mettre de l’art et de l’humanité dans la froideur de l’ordinateur ?

Merci! Oui, je crois qu’un peu de chaleur humaine ou de l’humour (avec modération) peut être un excellent atout dans la communication.

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Susan Kare est bien présente sur le web par son compte Twitter, son site web personnel incluant un portefolio de ses créations, et un magasin en ligne où l’on peut se procurer ses oeuvres signées en édition limitée. Enfin, un livre autographié par l’artiste illustre ses plus célèbres icônes.

Patrick Dupuis (27 billets)

La nuit tombée, Patrick rêve qu’il habite une maison d’architecte signée Pierre Thibault quelque part entre Montréal, Tokyo et Frelighsburg. Il s’imagine partager un thé Darjeeling en discutant avec le réalisateur Wes Anderson, le designer Jony Ive, le photographe Anton Corbijn et l’ex-étoile du tennis Andre Agassi. D’ici à ce que le marchand de rêves lui livre toute la marchandise, il est designer graphique, motion designer et concepteur-réalisateur pour ICI ARTV.

Vos commentaires

  1. Vraiment intéressant comme article! Bravo Patrick!

    Commentaire de Alex Beausoleil

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