À voir à New York: le spectacle «Sleep No More»

9 octobre 2014

sleepNoMoreFinal (1)Crédit : Amélie Haeck

Mes week-ends à New York, beaucoup trop rares, s’organisent avec soin. J’ai donc choisi avec attention l’unique spectacle (payant!) au calendrier de mon dernier séjour. Éclairée par les conseils enthousiastes de la moitié de mes collègues, mon choix s’est arrêté sur Sleep No More. Produit par la compagnie britannique de théâtre immersif  Punchdrunk, ce spectacle est présenté depuis mars 2011 dans l’hôtel McKittrick. Ce lieu fictif, dont l’historique créé de toutes pièces nourrit le mystère entourant l’expérience théâtrale, est en fait constitué de trois entrepôts contigus d’une petite rue de Chelsea qui ont été réaménagés pour le spectacle.

photo_masque

Premier acte: la mise en place
On attend sagement en rang d’oignons le long de l’édifice. Dès que l’on nous laisse entrer, on nous remet une carte à jouer (premier «?!» de la soirée) et on nous dirige dans un couloir labyrinthique obscur (vraiment obscur: ai-je payé pour visiter la maison des horreurs?) jusqu’à ce que nous arrivions enfin dans un bar digne des années 30, où on nous accueille avec de l’absinthe. Le niveau d’emballement augmente.

On fait l’appel en utilisant les cartes à jouer: «les 3 de coeur, présentez-vous à la porte sur votre droite!» Quoi ? Mon acolyte possède un 3 et moi un 5: «Bye-bye Sébastien!». Je me résigne, un peu angoissée. Quelques minutes plus tard, alors que c’est moi qui est appelée, on me donne un masque blanc et on m’explique rapidement les règles de bonne conduite d’une expérience Sleep No More réussie: silence, ne toucher à personne, vivre l’expérience en solo, interagir comme on le souhaite avec le décor, expérimenter au gré de nos envies. En cas de malaise (un malaise?!?), adressez-vous aux personnes qui portent un masque noir. Okaiiiiiis. Les portes de l’ascenseur (qui a monté ou descendu, je ne saurais le dire) ouvrent enfin: que l’aventure commence.

Deuxième acte: la découverte

Dès la sortie de l’ascenseur, on entre dans un univers étrange, macabre et sombre. Des pièces s’alignent les unes après les autres: chambre, hall d’un hôtel, jardin labyrinthique, boutique de taxidermie, cordonnier, salle de soins d’un hôpital psychiatrique, salle à manger d’un hôtel, et j’en passe. J’arpente les quatres étages avec minutie et attention. Jusqu’à ma rencontre avec des interprètes. Une scène se joue au centre d’un cimetière, les visiteurs masqués s’agglutinent autour de l’action, je les observe autant que la scène elle-même. Peu importe notre sexe, âge, origine, qu’on soit touriste ou non… armés de notre masque, nous sommes anonymes. Les acteurs dialoguent par le mouvement. C’est davantage de la danse contemporaine que du théâtre. Intéressant… Mais je décide d’aller voir plus loin s’il n’y aurait pas autre chose à voir. Cette liberté d’action est assez agréable.

Troisième acte: la chute
Au bout de 2h30 à arpenter les étages et à observer les spectateurs impétueux (certains suivent les acteurs avec passion n’hésitant pas à courir dans les couloirs et à bousculer d’autres spectateurs pour ne pas perdre de vue l’acteur qu’ils suivent ), je réalise que peu de sens lie les scènes auxquelles j’ai assisté et que la douleur de mes jambes commence à prendre le dessus sur l’adrénaline des premiers instants. Bref, je suis «à boutte». J’attends la scène finale annoncée pour 21h. Surtout impressionnante parce que tous les spectateurs, normalement éparpillés sur les quatre étages se retrouvent finalement dans un même lieu. 150 ou 200 masques blancs qui regardent dans la même direction, ça donne froid dans le dos.

Quatrième acte: l’échange
De retour dans le bar qui nous a accueillit. Je retrouve mon acolyte le sourire aux lèvres. Il s’avère que notre expérience fut tout à fait différente. Il me parle de sorcières nues en plein rituel païen, poupée démembrée dans un bénitier rempli de morceaux de jell-o rouge, une chapelle funéraire, QUOI? Mais j’ai rien vu de tout ça! Je me rends compte que chacune de nos décisions: tourner ici, monter l’escalier, suivre ou non un acteur, ont déterminé le récit et ont amené chaque visiteur à créer sa propre expérience. On essaie de comprendre le sens du spectacle en partageant les scènes auxquelles nous avons assisté sans grand succès. Mais quelle importance? Ce fut une soirée hors du commun, qui a fait appel à tous nos sens! Que demander de mieux?

Après réflexion, je me dis que les producteurs de ce grand spectacle (qui est présenté pratiquement en continu) sont bien astucieux, j’ai envie d’y retourner ! Le vague souvenir de mon mal de jambes s’est rapidement évanoui devant l’envie de voir ces sorcières !

Pierre-Anaïs Parent St-Gelais (16 billets)

Pierre-Anaïs est une vraie Saguenéenne. Elle est aussi une véritable cinéphile. Une fois sa Maîtrise en cinéma terminée, elle s'inscrit dans un programme de gestion des arts à la Sorbonne. Depuis son retour au Québec, elle erre dans les grottes du cinéma underground de tous horizons. Elle assume néanmoins son plaisir coupable: écouter en rafales des émissions avec des vampires.

Vos commentaires

  1. Ce spectacle fera clairement partie de mon prochain voyage à NYC!!

    Commentaire de Alex Beausoleil

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