Les prisonniers VS Homeland

25 avril 2014

LESPRISONNIERS_VS_HOMELAND

Vous avez vu la série américaine Homeland et vous vous demandez si ça vaut le coup de voir la série israélienne Les Prisonniers (Hatufim)? «Ouiiiii!», vous crierais-je. Je suis de celles qui ont suivi les deux premières saisons de Homeland avec enthousiasme. Le rythme effréné, les surprises scénaristiques et les larmes de Carrie m’ont charmée et scotchée à mon futon inconfortable. Délibérément, je n’évoque pas la saison 3…n’ayant pu supporter jusqu’au bout ce troisième chapitre ennuyant. Lorsque l’occasion de visionner Les Prisonniers s’est présentée, j’ai évidemment hésité. Et je me suis lancée. Oh là, le jour et la nuit. Le yin et le yang. Les Capulet et les Montaigu. D‘accord , je m’emballe. Mais pas tant que ça. Si les prémisses de départ sont les mêmes (Gideon Raff, le créateur et scénariste de tous les épisodes des deux saisons des Prisonniers, a participé à la création de la version américaine Homeland), les deux séries sont très différentes.

LES PRÉMISSES
Les fiches Wikipédia des deux séries sont très évocatrices. Les synopsis démontrent à la fois les similitudes dans le scénario mais aussi leurs grandes différences.

Les Prisonniers:
«Deux soldats israéliens sont libérés après avoir été capturés lors d’une opération au Liban et gardés 17 ans en captivité en Syrie. De retour au pays, ils doivent apprendre à se réintégrer et surmonter le traumatisme dû aux mauvais traitements infligés durant leur captivité.» (Wikipédia)

Homeland:
«Après une confidence d’un de ses informateurs, Carrie Mathison, agent de la CIA souffrant en secret de trouble bipolaire, est la seule persuadée que Nicholas Brody, un marine américain libéré lors d’une opération commando en 2011 au terme de huit ans de détention par Al-Qaïda, a été « retourné » et représente un risque pour la sécurité nationale du pays. Sa persévérance pour suivre le comportement du marine, qui va virer à l’obsession maladive, va l’amener à déterminer si le traumatisme du soldat est réel ou s’il participe à une conspiration visant les États-Unis.» (Wikipédia)

Les similitudes? Les «soldats» et le «marine» qui sont «libérés» après une «captivité»/«détention» chez l’ennemi: la Syrie pour l’un et Al-Qaïda pour l’autre et la notion de «traumatisme». Si les deux séries ont en commun cette ligne scénaristique, elles sont différentes dans le ton, les moyens ($!) et l’angle du récit. Pour le plus grand bonheur du téléspectateur.

LES PERSONNAGES

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Il aurait été impossible de donner à Homeland le nom «Les prisonniers». Sans donner de détails (pour ne pas vous révéler des secrets du scénario), le marine de Homeland, Nicholas Brody (Damien Lewis), n’est pas l’unique soldat libéré, mais il sera celui que l’on suivra tout au long des trois saisons. L’unique héros à la fois inspirant et inquiétant, timide et sûr de lui, sexy et maladroit, père et amant…Toutes des caractéristiques qui se retrouvent dans les deux personnages principaux de la version israélienne : Nimrod (Yoram Toledano) et Uri (Ishai Golan). Le premier en apparence sûr de lui s’accroche avec droiture à sa nouvelle réalité d’homme libre auprès d’une épouse qui l’attendait depuis toutes ces années alors que Uri, timide et fragile, retrouve une femme qui ne l’a pas attendu. Nimrod et Uri permettent d’explorer une plus large palette d’émotions et de situations. Pour ce qui est du jeu, l’interprétation stoïque de Damien Lewis m’a toujours laissée perplexe alors que Yoram Toledano et Ishai Golan m’ont charmée par leur jeu physique et subtil.

Et les larmes de Carrie dans tout ça ? Et bien le personnage de Carrie Mathisson interprété par Claire Danes n’a pas vraiment d’équivalent dans la version israélienne. Ce personnage intéressant, intense et nerveux, est le moteur du récit. Accompagnée de son acolyte terre-à-terre Saul, c’est Carrie Mathisson qui met en doute l’intégrité de Brody et qui le poursuit jusque dans son lit.carrie_325X200_legende

Les nombreuses crises d’hystérie de Carrie ont été maintes fois tournées en dérision dans les médias mais Claire Danes se débrouille très bien pour interpréter ce personnage toujours sur la corde raide. Carrie et Saul pourraient être comparés à Haïm Cohen et Iris, deux psychiatres militaires présents lors des premiers épisodes des Prisonniers, mais ces deux derniers ne prendront jamais l’importance de Carrie et Saul.

 

À la demande générale…La parodie de Homeland par l’équipe de Saturday Night Live :


LE CONTEXTE SOCIO-POLITIQUE

On s’entend que les enjeux et la structure politique d’Israël sont immensément différents de ceux des États-Unis! Par exemple, dès le début, les États-Unis libèrent leur soldat à la suite d’une opération militaire alors que le gouvernement israélien réussit à faire libérer les 2 soldats suite à une négociation de longue haleine… La libération des soldats est un enjeu social important en Israël. Gideon Raff a voulu aborder une facette plus sombre et moins glorieuse de ce débat national : «Dans notre pays, nous sommes obsédés par le rapatriement de ces soldats, mais dès qu’ils sont revenus, nous ne nous intéressons pas à ce qui leur arrive.». Les enjeux d’Homeland se situent au niveau national alors que les enjeux des Prisonniers se retrouvent principalement au niveau de la cellule familiale. « Là où la première joue sur le registre anxiogène du thriller paranoïaque et sécuritaire, la seconde s’emploie à explorer le retour des soldats sur un mode intimiste et psychologique. » (Le Monde)

LA RÉALISATION
Homeland, c’est 24 heures chrono. Carrie Mathisson, c’est Jack Bauer. Même si Carrie Mathisson écoute du jazz dans sa voiture… Les scènes d’action sont à couper le souffle et la tension dramatique permet de s’immerger à 100% dans le récit. Dans Les prisonniers, les briques se posent une à une. Nous avons envie de voir le mur au complet mais savourons le travail minutieux du maçon.

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Le montage permet au téléspectateur de s’attarder sur le jeu subtil des personnages et met en valeur les regards et le langage corporel. Et quel plaisir de voir de nouveaux paysages ! Les paysages désertiques d’Israël tout comme la ville de Jérusalem que nous voyons si peu au cinéma ou à la télé (autrement qu’au Téléjournal!).

 

 

Vous l’aurez compris, Homeland et Les Prisonniers procurent deux expériences télévisuelles très différentes.

Les Prisonniers sera présentée dès le lundi 28 avril sur les ondes d’ICI ARTV.

Quelques liens intéressants:

Commentaire critique sur la série Les prisonniers.

Un dossier Les prisonniers (Hatufim) sur le site d’ARTE.

5 choses que vous ne saviez peut-être pas sur Les prisonniers

 

Pierre-Anaïs Parent St-Gelais (16 billets)

Pierre-Anaïs est une vraie Saguenéenne. Elle est aussi une véritable cinéphile. Une fois sa Maîtrise en cinéma terminée, elle s'inscrit dans un programme de gestion des arts à la Sorbonne. Depuis son retour au Québec, elle erre dans les grottes du cinéma underground de tous horizons. Elle assume néanmoins son plaisir coupable: écouter en rafales des émissions avec des vampires.

Vos commentaires

  1. Je suis une fan de Homeland et je viens d’écouter le premier épisode de la série Les Prisonniers que j’ai beaucoup aimé.

    Commentaire de France Jolicoeur

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