Ode à la création en 5 œuvres marquantes

31 janvier 2014

Série Noire, la nouvelle – et jusqu’ici plutôt excellente – série des auteurs François Létourneau et Jean-François Rivard traite avec un humour jouissif des thèmes de la fiction et de la création. Au fil de répliques savoureuses poussées par des personnages au jugement plus ou moins déficient, on entre lentement mais sûrement dans un monde parsemé d’innombrables doutes, mais garant d’infinies possibilités. Et non, on ne parle pas du salon de massage visité par les deux protagonistes de Série Noire.

En jouant avec les codes de l’écriture de fiction, Létourneau et Rivard ouvrent la porte à un univers où tout peut arriver. En cette ère par excellence de la postmodernité, de nombreuses œuvres ont exploré, détourné et même annihilé ces codes. Que ce soit au cinéma, au théâtre ou en littérature, ces auteurs se sont mis en tête de « révolutionner l’histoire mondiale de la création », comme le dit si bien Denis dans Série Noire.

Comment innover et repousser les limites de la création? Jusqu’où peut nous mener un récit de fiction? Quels liens peut-on faire entre réalité et fiction? Toutes ces œuvres répondent à ces questions toujours de manière différente.
Voici un (très petit) tour d’horizon d’œuvres qui, à l’instar de Série Noire, posent ces questions d’une façon ou d’une autre.

Et pour paraphraser Jean-Guy Boissonneau, acteur dans Série Noire, alias le juge Boivin dans La Loi de la justice, alias Guy Nadon dans la vraie vie : « Il n’est jamais trop tôt pour se faire… plaisir! »

Adaptation – Spike Jonze

Avec Adaptation, le réalisateur Spike Jonze, grand adepte des scénarios délirants (dans le bon sens du terme), a fait équipe avec le scénariste Charlie Kaufman (à qui l’on doit les excellents Being John Malkovich et Eternal Sunshine of the Spotless Mind) pour nous offrir une mise en abyme de haute voltige! En effet, Kaufman se met lui-même en scène dans le rôle du scénariste Charlie Kaufman qui doit adapter pour le cinéma l’essai Le Voleur d’orchidées de la (vraie) journaliste Susan Orlean, un ouvrage qui a bel et bien été publié. Un pur délice!

Abraham Lincoln va au théâtre – Larry Tremblay

Le dramaturge Larry Tremblay aime bien jouer avec la perception des spectateurs. Lorsque la pièce commence, deux acteurs s’apprêtent à se glisser dans la peau de Laurel et Hardy, le célèbre duo burlesque. Les deux comiques doivent recréer la mort du président américain Abraham Lincoln, assassiné par… un acteur. Une pièce qui en cache une autre, qui en cache une autre…

Deconstructing Harry – Woody Allen

Dans cette comédie, à classer dans les « bons Woody », le prolifique réalisateur incarne Harry Block, un écrivain qui souffre du syndrome de la page blanche. Pour surmonter son mal, il s’inspire de sa vie, mais aussi des personnages de ses nouvelles, brouillant ainsi la frontière entre réalité et fiction. Sans oublier les innombrables et délicieux questionnements existentiels qui ont fait la marque du cinéaste à lunettes.

Barton Fink – Les frères Coen

Encore une histoire de page blanche. Pour leur quatrième film, lauréat de la Palme d’or à Cannes en 1991, les frères Joel et Ethan Coen mettent en scène un dramaturge qui, fort de son succès à Broadway, est engagé par un grand studio hollywoodien pour écrire le scénario d’un film de lutte. Quand la muse de Barton Fink l’abandonne, c’est à ce moment que l’humour noir des frère Coen arrive à la rescousse.

Saga – Tonino Benacquista

La plume agile du romancier Tonino Benacquista sert à merveille l’histoire de ces quatre scénaristes que tout sépare, excepté leur situation désespérée. Leur mission : écrire le scénario d’une série télé diffusée à heure de très faible écoute. Loin de souffrir de la page blanche, ils ont plutôt carte blanche, pourvu que ça coûte le moins possible en frais de production. Un hommage vibrant aux ressources infinies de la fiction!